•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Affaire Meng Wanzhou : des manifestants auraient été payés pour demander sa libération

Des personnes debout et montrant des pancartes demandant la libération de Meng Wanzhou.

La manifestation du 20 janvier 2020 en soutien à la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, aurait été orchestrée par une femme du nom de Joey Zhang, révèle une enquête de la CBC.

Photo : Radio-Canada

Une récente enquête de CBC suggère qu’une manifestation, organisée le 20 janvier dernier en soutien à la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, aurait été montée de toutes pièces. Des manifestants auraient été payés pour protester devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique afin de demander sa libération.

En ce début d’année, l’affaire Meng Wanzhou bat son plein et attire les journalistes des quatre coins de monde plus d'un an après l’arrestation de la directrice financière de Huawei, à Vancouver, en lien avec des accusations de fraude lancées par les États-Unis.

Le 20 janvier 2020, une audience était prévue à la Cour suprême de la Colombie-Britannique, à Vancouver, dans le dossier de sa possible extradition vers les États-Unis. L’enjeu est notamment de juger si les gestes reprochés à Meng Wanzhou constituaient un crime au Canada, une condition préalable à son extradition vers les États-Unis en vertu du droit canadien.

Cependant, la manifestation aux abords de la Cour suprême de la Colombie-Britannique sonne faux. Selon l’enquête de CBC, les manifestants seraient en réalité des acteurs qui ont été payés pour participer au rassemblement.

MeKenna Bonson, 20 ans, faisait partie de cette manifestation factice. Cette dernière affirme, dans une entrevue à CBC, avoir été conviée à la manifestation par une amie, tout en se voyant attribuer une somme de 150 $ pour deux heures de travail. MeKenna Bonson explique que, en arrivant devant l'édifice le 20 janvier au matin, elle a rencontré une personne du nom de Joey.

Deux jeunes hommes qui tiennent des pancartes demandant la libération de Meng Wanzhou.

Des faux manifestants auraient été payés entre 100 et 150 $ pour participer à la manifestation du 20 janvier 2020.

Photo : Radio-Canada

Après s’être absentée un moment, Joey est revenue. Elle avait les pancartes rouges que vous pouvez voir sur les photos. Je suppose donc que, soit elle les a faites, soit quelqu'un les a faites pour elle, et elle nous les a simplement distribuées ensuite, explique la jeune femme.

CBC a montré des photos en provenance des réseaux sociaux de Joey Zhang à MeKenna Bonson.

De mémoire, [les photos] ressemblent beaucoup à la personne à qui j'ai parlé, a affirmé la jeune femme.

Des propos corroborés par un autre participant, Rudy Varona. Dans une autre entrevue à CBC, il explique avoir été approché par un producteur de films lui ayant proposé un cachet de 100 $ pour participer au rassemblement.

Afin de s’organiser, MeKenna Bonson et Rudy Varona ont tous deux récupéré le numéro de téléphone de cette mystérieuse Joey, le 306 999-***9. Pour tenter d’en savoir plus, un journaliste de CBC qui parle le mandarin a appelé ce numéro de téléphone à l’indicatif correspondant à la zone géographique de la Saskatchewan.

Au bout du fil, Joey Zhang a répondu qu’elle n’était pas à Vancouver, mais plutôt à Toronto lors de la manifestation. Questionnée pour obtenir plus de détails, la femme a raccroché au nez du journaliste.

De son côté, la société Huawei nie tout rapport avec la manifestation, déclarant dans un communiqué que l’entreprise n'a eu aucune implication avec les manifestants ou les partisans devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique et n'est pas au courant des plans des responsables.

Des commerces fantômes en Saskatchewan...

L’enquête a aussi permis de retrouver la trace de Joey Zhang. En l’espace d’une dizaine d’années seulement, cette femme aurait été à l’origine de la création d’une trentaine d’entreprises éparpillées en Saskatchewan et en Ontario.

Joey Zhang aurait également créé, en 2011, 6 sociétés différentes en Saskatchewan et aurait déclaré 3 adresses résidentielles différentes entre Saskatoon et Regina. Le tout, en six mois seulement.

Selon l’enquête de CBC, la plupart de ces sociétés n’étaient en fait que des coquilles vides, les compagnies n’existant en réalité que sur les papiers administratifs.

Une photo de face montrant le visage de Joey Zhang.

En 2011, Joey Zhang aurait créé six sociétés différentes en Saskatchewan et aurait déclaré trois adresses résidentielles différentes entre Saskatoon et Regina.

Photo : Radio-Canada

À travers ces entreprises, Joey Zhang aurait tenté de faciliter l’immigration de ressortissants chinois et l’obtention d’un titre de résident permanent, en passant par le Programme des candidats à l'immigration de la Saskatchewan (SINP), révèle l’enquête.

En 2012, selon des documents internes obtenus par CBC, le gouvernement de la Saskatchewan a signalé sept entreprise détenues par Joey Zhang qui offraient des emplois à des ressortissants chinois cherchant à immigrer au Canada.

Les fonctionnaires de l'immigration de la Saskatchewan ont ensuite déterminé que les emplois étaient faux et ont rejeté les demandes.

… et des commerces intrigants

Le numéro de téléphone utilisé par Joey Zhang, le 306 999-***9, est partout. L’enquête a permis de retrouver ce numéro comme ligne de contact pour des salons de spa ouverts en Saskatchewan au cours des cinq dernières années.

Dans la petite ville d'Esterhazy, dans le sud-est de la Saskatchewan, l’un de ces salons a fait jaser. Quelqu'un qui avait loué un local rue Main, l'avait rempli de tout ce dont une esthéticienne a besoin et avait mis un panneau indiquant que le salon était ouvert, indique un résident d'Esterhazy, Jamie Stomp. Sur la devanture, on pouvait lire : Green Spa 306-999-***9.

Jamie Stomp, qui gérait un salon dans le même bâtiment, affirme n’avoir jamais vu de clients. Je n'ai jamais vu personne y travailler. Les stores étaient toujours fermés, explique-t-il.

La devanture d'un magasin avec les mots GREEN et SPA écrits en lettres majuscules.

L'un des salons ouverts par Joey Zhang à Esterhazy.

Photo : Radio-Canada

Une situation semblable s’est aussi déroulée dans la petite ville de Lanigan, à l’est de Saskatoon. Là encore, un salon Green Spa a subitement ouvert ses portes. Les témoignages recueillis par CBC abondent dans le même sens : la clientèle était aux abonnés absents.

Une activité jusqu’en février 2020

Selon CBC, les sociétés ouvertes par Joey Zhang, et parfois par un partenaire du nom de Yanling Zhang, se situent dans des domaines d’activités bien différents. Sur une carte de visite au nom de Joey Zhang, on peut apercevoir une liste de commerces.

Une carte de visite au nom de Joey Zhang.

Le recto de la carte de visite de Joey Zhang.

Photo : Radio-Canada

Sur cette petite liste apparaissent notamment une boîte de nuit, un restaurant, un spa nommé Great Plains ou bien encore une prétendue École de médecine naturelle. Selon l'enquête de CBC, il semble que Joey Zhang souhaitait rassembler ces différentes affaires sous le même toit, dans une zone industrielle reculée.

Deux sociétés de conseil en stratégie commerciale auraient aussi été ouvertes par Joey Zhang et son partenaire. Des compagnies décrites comme aidant les entreprises pour leurs besoins d'emplois, comme pour recruter des employés au niveau national ou international.

Une carte de visite avec des inscriptions en chinois et une liste de sociétés .

Le verso de la carte de visite de Joey Zhang, affichant une partie de ses entreprises.

Photo : Radio-Canada

Malgré les signalements des autorités saskatchewanaises en matière d’immigration, et la possible implication de Joey Zhang, l’enquête de CBC a montré que les deux partenaires Joey et Yanling travaillaient encore dans le domaine au mois de février 2020.

Afin d’obtenir leur point de vue sur l’affaire, CBC a tenté de contacter à de nombreuses reprises Joey Zhang et Yanling Zhang. Joint par téléphone, Yanling a immédiatement raccroché.

La CBC a communiqué avec Joey Zhang par le biais de son numéro de téléphone, soit le même qui a été utilisé pour organiser le faux rassemblement à Vancouver et qui a été rattaché à de nombreuses entreprises.

Joey Zhang a alors affirmé qu'elle ne parlait pas beaucoup l'anglais et a refusé de parler par l’intermédiaire d’un traducteur.

Avec les informations de Geoff Leo

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !