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Avec ses rabais alléchants, Air Canada est sur la défensive, disent des élus

Un avion s'envole à l'aéroport de Sept-Îles.

L'aéroport de Sept-Îles est beaucoup moins achalandé depuis le début de la pandémie (archives).

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle

Radio-Canada

Les prix extraordinairement bas pour les vols Montréal–Sept-Îles proposés par Air Canada ne sont qu’une stratégie temporaire et prévisible pour se débarrasser de la concurrence, selon des élus municipaux.

Après avoir annulé tous ses vols entre Montréal et Sept-Îles cet été, Air Canada propose cette liaison au coût de 219 $ l'aller-retour dès le 8 septembre et ce, pour plusieurs semaines.

De la poudre aux yeux, selon Porlier

Alors que plusieurs élus et organisations ont déposé des mémoires au ministre des Transports la semaine dernière pour changer pour de bon le modèle du transport aérien en région, le maire de Sept-Îles pense qu’Air Canada réagit avec ces rabais alléchants pour tenter d’écraser la concurrence qui pourrait surgir de ces démarches politiques.

C’est carrément de la poudre aux yeux, mais c’est la même poudre aux yeux qu’on a vu toutes les fois qu’on a vu quelque chose de menaçant dans le paysage pour Air Canada.

Réjean Porlier, maire de Sept-Îles

C’est carrément impossible qu'Air Canada ait à offrir des billets à 200 dollars sur le moyen et sur le long terme. Ce qui va arriver, c’est ce qu’on a vu par le passé : des billets pouvant aller jusqu’à 1200 $, on a même vu plus, rien que pour l’aller entre Sept-Îles et Québec ou Sept-Îles et Montréal, affirme le maire Porlier.

La FQM tout aussi sceptique

Pour sa part, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) ne pense pas qu’Air Canada a une volonté de desservir l’Est-du-Québec à long terme.

Je pense que c’est un cri d’alarme, c’est un dernier essai qu’Air Canada fait, croit le maire des Îles-de-la-Madeleine et deuxième vice-président de la FQM, Jonathan Lapierre.

Il insiste sur le fait que peu importe la solution qui sera choisie par les gouvernements pour assurer le transport aérien régional au Québec, ceux-ci doivent s’assurer d’éviter une compétition de prix avec Air Canada.

M. Lapierre croit cependant que le transporteur aérien n’est pas là pour rester dans l’Est-du-Québec. Pour le moment, tous les indicateurs que nous avons sont à l’effet qu’Air Canada va, à terme, se retirer des régions du Québec, va laisser cette place-là à un autre joueur ou à d’autres joueurs, prévoit-il.

Même son de cloche du côté de l’UMQ

Le président du comité sur le transport aérien de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Daniel Côté, pense lui aussi que cette stratégie d’Air Canada était prévisible.

Chaque fois qu’il y a un concurrent qui est débarqué sur une ligne d’Air Canada, il y a toujours eu un dumping de fait pour écraser toute forme de concurrence. Dans ce cas-ci, il constate qu’il y a une mouvance au Québec pour changer le transport aérien. Tant mieux à court terme pour les citoyens qui peuvent en profiter. Mais sur le moyen et le long terme, on s’entend qu’il faut absolument changer le modèle quand même, indique M. Côté.

On ne peut pas se fier à ces prix-là et on ne peut pas se fier à la bonne volonté et au bon cœur d’Air Canada : ils nous ont toujours prouvé le contraire.

Daniel Côté, président du comité sur le transport aérien de l'UMQ

Vers un nouveau système aérien en région?

La semaine dernière, la Ville de Sept-Îles a déposé un mémoire au ministre des Transports en faveur d’un modèle de transport sous forme de coopérative avec une grille tarifaire.

La Fédération québécoise des municipalités a aussi déposé à François Bonnardel un mémoire qui détaille une proposition pour l'avenir du transport aérien régional au Québec.

La FQM suggère une structure dans laquelle le gouvernement provincial, les MRC et les municipalités entreraient en partenariat avec des transporteurs privés existants.

Cela permettrait de mutualiser certaines décisions, comme les liaisons et les prix des billets, mais aussi des activités qui coûtent particulièrement cher aux compagnies d'aviation régionales, comme la vente, les communications ou les systèmes d'information.

Les opérations aériennes seraient quant à elles sous la responsabilité unique des entreprises existantes.

Jonathan Lapierre compare la structure proposée à celle que la compagnie Amazon applique au commerce de détail.

Amazon, c'est quoi? C'est une plateforme. […] Ce sont des partenaires qui vendent leurs produits via une plateforme qui mutualise, qui met en marché, qui fait la promotion, qui fait le marketing. […] C'est un principe qu'on propose qui se répète dans le modèle aérien. Donc on se sert d'entreprises qui existent déjà, mais on vient mutualiser les coûts d'opération qui sont les plus coûteux, vulgarise M. Lapierre qui est également le président du groupe de travail sur le transport aérien de la FQM.

De son côté, l’UMQ a joint sa voix à d’autres organisations telles que la Fédération des chambres des commerces du Québec pour déposer un mémoire qui réclame plutôt la mise en place d’un système d’appel d’offres publics pour les transporteurs aériens en région.

Ces mémoires ont été déposés à la demande du ministre Bonnardel. La date d’échéance pour les dépôts de ces mémoires était le 7 août et le ministre a prévu une période d’analyse de trois semaines, indique M. Côté. Le ministère du Transport devrait donc revenir sur la question d’ici la fin du mois d'août.

Avec des informations de Marie Kirouac et de Djavan Habel-Thurton

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