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L'opposition bélarusse conteste les résultats de la présidentielle

La rivale d'Alexandre Loukachenko, Svetlana Tikhanovskaïa, affirme qu'on lui a volé la victoire. L'Allemagne évoque une reprise des sanctions européennes contre le Bélarus.

Gros plan de Svetlana Tikhanovskaïa en conférence de presse.

Svetlana Tikhanovskaïa, en conférence de presse, lundi à Minsk. La jeune femme s'est muée en phénomène populaire au Bélarus. Elle est entrée dans la course de façon inopinée après l'emprisonnement de son mari, le blogueur Sergueï Tikhanovski.

Photo : Reuters / VASILY FEDOSENKO

Radio-Canada

Svetlana Tikhanovskaïa, rivale du président bélarusse sortant Alexandre Loukachenko, rejette les résultats officiels de la présidentielle tenue dimanche, affirmant que la victoire lui a été volée. Les rues de Minsk et d'autres villes du pays se sont de nouveau enflammées et un manifestant y a laissé la vie.

Au terme d’un scrutin qui n’a pas été surveillé par des observateurs étrangers, les autorités de l’ex-république soviétique ont crédité M. Loukachenko de 80 % des suffrages contre moins de 10 % pour son opposante.

Devant la presse, à Minsk, la femme âgée de 37 ans a dit être persuadée de l’avoir emporté face à l’autocrate de 65 ans, qui dirige le pays de 9,5 millions de personnes d’une main de fer depuis 1994.

Après avoir félicité ses concitoyens pour avoir vaincu leur peur, leur apathie, leur indifférence, la candidate a même appelé le régime à réfléchir à comment [lui] céder le pouvoir.

Les autorités ne nous écoutent pas. Les autorités doivent penser à des façons pacifiques de céder le pouvoir. Évidemment, nous ne reconnaissons pas les résultats.

Svetlana Tikhanovskaïa, candidate à l'élection présidentielle au Bélarus

Selon Mme Tikhanovskaïa, le scrutin a été entaché par des fraudes massives, de sorte que son équipe de campagne a demandé un nouveau décompte dans des bureaux de vote où des problèmes ont été signalés.

M. Loukachenko, qui a déjà rempli cinq mandats à la tête du Bélarus, a pour sa part fait savoir qu’il ne permettrait pas que le pays soit déchiré par l’instabilité politique, selon des propos rapportés par l’agence de presse Belta.

Ils tentent de créer du grabuge. Mais j'ai déjà prévenu : il n'y aura pas de révolution.

Alexandre Loukachenko, vainqueur déclaré de la présidentielle

Aucun scrutin organisé au Bélarus depuis un quart de siècle n'a été considéré comme libre et équitable par les observateurs étrangers.

La commission électorale interdit à l'opposition de procéder à son propre décompte des voix et la dernière campagne présidentielle a été marquée par l'ouverture d'enquêtes criminelles à l'encontre de plusieurs candidats d'opposition, dont certains ont été incarcérés.

Des civils, masqués pour la plupart, font face à des policiers antiémeutes disposés en rangée dans la rue.

Des partisans de Mme Tikhanovskaïa ont confronté des policiers dans les rues de Minsk après le scrutin.

Photo : La Presse canadienne / AP

Nouveaux heurts dans plusieurs villes

Scandant Honte! ou encore Longue vie au Bélarus!, des milliers de partisans de l'opposition sont descendus dans la rue une nouvelle fois lundi soir à plusieurs endroits à Minsk et dans d'autres villes du pays, au lendemain d'une importante mobilisation.

De nouveaux affrontements entre manifestants et police ont rapidement éclaté.

Un manifestant a été tué par son propre engin explosif, d'après la police. L'un des protestataires a essayé de lancer une bombe sur les forces de l'ordre, mais celle-ci a explosé entre ses ses mains, le tuant, a-t-elle relaté dans un communiqué.

Selon un témoin de Reuters, des manifestants ont été battus à coups de matraque. Des photos de l'Agence France-Presse (AFP) semblaient dépeindre une telle scène.

Plusieurs policiers semblent battre deux manifestants à coups de matraque.

Nombreux, les policiers en tenue antiémeute ont maté les manifestants.

Photo : Getty Images / AFP / Sergei Gapon

Un témoin interrogé par l'AFP de même que plusieurs médias russes et bélarusses ont fait état de l'utilisation de gaz lacrymogène, de tirs de balles en caoutchouc et de grenades assourdissantes par les forces de l'ordre. Selon ce témoin, au moins une journaliste a été blessée à la jambe.

La police a ainsi fini par disperser les protestataires. Elle a confirmé avoir procédé à des arrestations de manifestants et assuré avoir la situation sous contrôle. Au moins une trentaine de personnes ont été interpellées.

Alexandre Loukachenko a qualifié les manifestants de moutons téléguidés depuis Londres, Varsovie et Prague, assénant qu'il ne laisserait pas le pays être mis en pièces.

Au terme du scrutin, dimanche soir, des milliers de personnes étaient descendues dans les rues de Minsk pour afficher leur solidarité avec l'opposition et dénoncer un scrutin sans légitimité.

Certains manifestants avaient mis en place des barricades et la police avait utilisé des canons à eau, des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes pour les disperser.

Selon l'association de défense des droits de l'homme Spring 96, au moins une personne est morte après avoir été percutée par un fourgon de police dimanche soir à Minsk, dans un accident qui a également fait une dizaine de blessés.

Les autorités bélarusses soutiennent plutôt que les affrontements de la soirée n'ont fait aucun mort et font état de dix policiers blessés. Le ministère bélarusse de l’Intérieur a tout de même admis l’arrestation de 3000 manifestants.

Une répression musclée des manifestations pourrait nuire aux tentatives de M. Loukachenko d'améliorer ses relations avec l'Occident, alors qu'une rupture est récemment survenue avec la Russie, traditionnelle alliée du Bélarus, qui a tenté de la pousser à renforcer leur union économique et politique.

Un secouriste est agenouillé près d'un homme étendu au sol.

Selon l'ONG Spring 96, plusieurs personnes ont été blessées lors des affrontements de dimanche soir dans les rues de Minsk.

Photo : Reuters / VASILY FEDOSENKO

Des voix européennes s'élèvent pour dénoncer

Les pays européens et l’Union européenne n’ont pas tardé à contester la tournure des événements.

Dès lundi matin, l'Allemagne, par la voix du porte-parole de la chancelière Angela Merkel, a exprimé de sérieux doutes concernant le déroulement et le caractère démocratique de ce vote.

Les critères démocratiques minimaux pour une élection n'ont pas été remplis, a ajouté Steffen Seibert.

Berlin a également déploré les limitations de l'accès à Internet sur le territoire bélarusse, que des médias d'opposition sur place ont qualifié de manœuvre délibérée du pouvoir pour museler l'opposition.

Au vu des circonstances, il est regrettable que le Bélarus n'ait offert aucune possibilité de faire leur travail aux observateurs internationaux, a encore regretté l'Allemagne.

Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, est allé plus loin, en évoquant une reprise des sanctions européennes contre le Bélarus.

Je veux rappeler que l'Union européenne a levé ses sanctions contre le Bélarus, car le pays avait fait des pas dans la bonne direction, comme la libération de prisonniers politiques, a-t-il commenté.

Nous devons maintenant sans aucun doute discuter au sein de l'UE pour déterminer si cela est encore valide à la lumière des (événements) de ces dernières semaines et ces derniers jours.

Heiko Maas, ministre des Affaires étrangères de l'Allemagne
Alexandre Loukachenko, devant une affiche des candidats à la présidentielle.

Alexandre Loukachenko dirige le Bélarus sans interruption depuis 1994. Il a déjà effectué cinq mandats à la tête de l'État.

Photo : La Presse canadienne / AP/Sergei Grits

Vers un sommet extraordinaire de l'UE?

La plupart des sanctions européennes contre le Bélarus ont été levées en 2016, mais le pays reste sous le coup d'un embargo sur les ventes d'armes et de matériel pouvant être utilisé pour la répression.

Quatre personnes sont encore interdites de séjour dans l'UE et leurs avoirs ont été gelés.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a quant à elle condamné la répression et réclamé un comptage exact des votes exprimés.

Le harcèlement et la répression violente des manifestants pacifiques n'ont pas leur place en Europe. J'appelle les autorités du Bélarus à veiller à ce que les votes de l'élection d'hier soient comptés et publiés avec exactitude, a-t-elle déclaré.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a pour sa part dénoncé une violence d'État disproportionnée et inacceptable à l'encontre de manifestants pacifiques et a mis en garde les autorités du Bélarus.

Nous continuerons à suivre de près l'évolution de la situation afin d'évaluer la manière dont l'UE pourrait mieux orienter sa réponse et ses relations avec le Bélarus compte tenu de l'évolution de la situation, a-t-il averti.

La Pologne a appelé à un sommet extraordinaire de l'Union européenne sur la situation au Bélarus, après les heurts à Minsk.

Les autorités ont fait usage de la force contre leurs citoyens réclamant un changement dans le pays. Nous devons soutenir le peuple bélarusse dans sa quête de liberté.

Mateusz Morawiecki, premier ministre de la Pologne

Le président russe Vladimir Poutine a été l’un des rares à envoyer lundi un télégramme de félicitations à son homologue bélarusse.

Je compte sur le fait que votre action à la tête de l'État va permettre le développement futur de relations russo-bélarusses mutuellement avantageuses, lui a-t-il écrit.

Le Canada « profondément préoccupé »

Dans une déclaration publiée lundi après-midi, le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a affirmé que le Canada était profondément préoccupé par les actions des autorités bélarusses suite à la présidentielle. Il a dit y voir une détérioration de la légitimité démocratique du vote.

Le peuple bélarusse a démontré son désir pour la démocratie à travers des mobilisations sans précédent au cours des dernières semaines. Des élections libres, équitables et inclusives sont essentielles au fonctionnement de toute démocratie, a-t-il écrit.

Selon le ministre Champagne, Ottawa a fait part avant les élections de ses préoccupations face aux arrestations de candidats de l'opposition, d'éminents blogueurs et militants bélarusses pour avoir participé à des manifestations pacifiques.

Nous appelons le gouvernement bélarusse à faire preuve de retenue et à respecter les droits de la personne.

François-Philippe Champagne, ministre des Affaires étrangères du Canada

Le Canada continue de soutenir le peuple du Bélarus, a ajouté le chef de la diplomatie canadienne. Nous continuerons de suivre de près les développements et nous demandons que les résultats des élections de dimanche reflètent la volonté du peuple bélarusse.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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