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Histoires de vies perdues dans les explosions de Beyrouth

Un jeune homme allume des bougies devant des photos en noir et blanc de victimes des explosions.

Les photos des victimes ont été collées sur un monument au centre de la place des Martyrs, à Beyrouth.

Photo : Reuters / AZIZ TAHER

« Des victimes, pas des martyrs »… C’est ainsi que les Libanais souhaitent se souvenir des plus de 158 personnes tuées dans la double explosion survenue mardi dernier dans le port de Beyrouth. Parmi elles se trouvent des enfants, des femmes et des hommes de tous les âges et de toutes les confessions. Voici trois histoires qui ont marqué les Libanais endeuillés.


Alexandra Naggear, 3 ans

Elle était surnommée papillon de la révolution . Âgée de trois ans, Alexandra Naggear est l’une des plus jeunes victimes des déflagrations qui ont rayé une partie de la capitale libanaise de la carte.

Une photo d’elle, assise sur les épaules de son père et brandissant le drapeau libanais sur la place des Martyrs, lors des soulèvements populaires d’octobre 2019, fait le tour du web.

Selon ses parents, qui étaient à la maison avec leur fille lorsque les déflagrations d’une intensité inouïe ont eu lieu, Alexandra, ou Lixou , comme ils l’appellent affectueusement, a été propulsée vers l’autre bout de la pièce où elle se trouvait, heurtant sa tête contre un mur. Leur maison est juste en face du port.

Vous êtes tous des criminels. Vous avez meurtri notre famille. Vous nous avez tués à l’intérieur de notre maison, là où on est supposés nous sentir en sécurité.

Paul Naggear, père d’Alexandra

Ma fille n’est pas une martyre, elle est victime d’un crime dont les auteurs sont connus, a-t-il ajouté dans une entrevue à la chaîne locale LBC.

Dans une entrevue à la chaîne locale MTV, le père de la fillette a appelé les Libanais à l’unité pour faire face à la classe politique en place, appelant ses compatriotes à ne pas laisser sa fille être morte en vain.


Sahar Fares, la secouriste tuée au port

Elle était l’une des premières personnes sur la scène de l’incendie qui a entraîné les explosions dévastatrices dans le port. Sahar Fares, 26 ans, était l’une des rares femmes secouristes au sein de l’équipe des pompiers volontaires de Beyrouth.

Elle était sur un appel vidéo avec son fiancé pour le rassurer, pendant que ses collègues tentaient d’éteindre le feu. Cours, cours, cours, lui aurait lancé son fiancé, Gilbert Karaan, à la suite de la première déflagration. Elle essayait de se mettre à l’abri lorsque la deuxième explosion, la plus dévastatrice, l’a soufflée.

Sahar et Gilbert devaient se marier le 6 juin prochain. Dans un message publié sur Instagram, son amoureux se vide le cœur endeuillé.

Sahar Fares sourit.

Une photo de Sahar Fares accompagnant un texte émouvant de son fiancé publié sur Instagram.

Photo : Gilbert Karaan / Instagram

Je suis brisé […] la vie n’a plus de goût maintenant que tu n’es plus. Que Dieu brûle le cœur de ceux qui m’ont privé de ton sourire et de ton affection. Tu es mon âme et je t’aimerai jusqu’à ce que je sois réuni à nouveau avec toi.

Gilbert Karaan, le fiancé de Sahar

Les funérailles de la jeune femme aux longs cheveux noirs se sont déroulées dans son village natal de Qaa, au nord du Liban, non loin de la frontière syrienne.


Jihad Saadé, mort au chevet de sa fille

Il a traversé plus de 6000 kilomètres pour être aux côtés de sa fille Gemma, 6 ans, atteinte d’un cancer. Émigré au Nigeria, Jihad Saadé est venu au Liban pour être à son chevet. Il se trouvait à l’hôpital Saint-Georges à Beyrouth avec sa fille, qui s’apprêtait à subir un traitement de chimiothérapie, lorsque la catastrophe a frappé de plein fouet.

Je me rappelle de chaque seconde de ce jour-là, raconte sa femme, Soha, dans une entrevue au quotidien An-Nahar. On se trouvait au 9e étage de l’hôpital, dans la chambre 919, qui avait une vue qui donnait sur le port. J’étais assise sur un canapé et ma fille allongée à côté de moi en train de jouer avec sa tablette. Mon mari était sur une chaise en face de la fenêtre.

Des débris et des vitres cassées sur le sol et sur des lits dans une chambre d'hôpital.

Un chambre dévastée à l'intérieur de l'hôpital Saint-Georges de Beyrouth.

Photo : Reuters / MOUHAMED ALTI

L’explosion a eu lieu à 18 h 08 exactement. Avant de ressentir le souffle, on a vu les vitres des bâtiments en face de nous voler en éclat. Je me rappelle avoir eu une pensée pour les résidents, puis nous avons été touchés nous aussi et tout le monde a été propulsé dans les airs.

Soha Saadé, épouse de Jihad

Grièvement atteint, Jihad a dû être transféré vers un autre hôpital en raison de l’état dans lequel se trouvait l’hôpital Saint-Georges, presque entièrement détruit par l’énorme déflagration qui a aussi causé la mort de quatre membres du corps soignant de l’hôpital, selon Antoine Nehmé, un proche de la famille. Ses propos ont été rapportés par le quotidien libanais L’Orient-Le Jour. L’homme est mort pendant son transfert vers un autre établissement.

Avec les informations de L'Orient le Jour, Al-Jazira, LBC, MtV, et An-Nahar

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