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Trois ans de prison pour le journaliste algérien Khaled Drareni

Le patron du Casbah Tribune a été condamné pour « atteinte à la sécurité nationale » après avoir couvert une manifestation antirégime. Il assure qu'il n'a fait que son travail.

Khaled Drareni, porté par des manifestants dans une rue bondée, salue la foule.

Khaled Drareni avait été porté par une foule manifestant contre le régime en place, le 6 mars dernier, après avoir été arrêté, puis relâché. Il a finalement été arrêté de nouveau le lendemain, et n'a pas plus recouvré sa liberté depuis.

Photo : Getty Images / AFP/RYAD KRAMDI

Agence France-Presse

Le journaliste algérien Khaled Drareni, en détention provisoire depuis la fin mars, a été condamné lundi à trois ans de prison ferme, une peine très sévère, à l'issue d'un procès considéré comme un test pour la liberté d'information et d'expression en Algérie.

C'est un verdict très lourd pour Khaled Drareni. Trois ans ferme. On est surpris. Le dossier est vide, a déclaré à l'AFP Me Nouredine Benissad, un avocat de son collectif de défense qui a l'intention de faire appel.

Le 3 août, le procureur avait requis quatre années de prison ferme contre le directeur du site d'information en ligne Casbah Tribune, qui est aussi correspondant en Algérie pour la chaîne de télévision française TV5 Monde et pour l'ONG Reporters sans frontières (RSF).

Cette décision soulève le coeur et l'esprit par son caractère arbitraire, absurde et violent. #FreeKhaled #FreeKhaledDrareni, a tweeté le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, fustigeant une justice aux ordres et une persécution judiciaire.

Incarcéré depuis le 29 mars au centre pénitentiaire de Kolea, près d'Alger, Khaled Drareni était accusé d'incitation à attroupement non armé et d'atteinte à l'unité nationale après avoir couvert le 7 mars à Alger une manifestation du Hirak, le soulèvement populaire qui a secoué l'Algérie pendant plus d'un an jusqu'à sa suspension, il y a quelques mois, en raison de la pandémie de COVID-19.

Les poursuites étaient infondées. Cela relève du travail de journaliste, a estimé Me Benissad, qui est également le président de la Ligue algérienne des droits de l'homme (LADDH).

Sous le coup des mêmes chefs d'accusation, les deux coaccusés de Khaled Drareni, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, deux figures du mouvement de contestation antirégime, ont quant à eux écopé chacun de deux ans de prison, dont quatre mois ferme.

Ayant déjà purgé la durée de leur peine en détention, ils ne retourneront pas en prison.

Samir Benlarbi parle avec un homme dans une rue.

Samir Benlarbi (au centre), photographié ici avant l'ouverture du procès, le 3 août, a recouvré sa liberté parce qu'il avait déjà purgé quatre mois de prison ferme.

Photo : Getty Images / AFP/RYAD KRAMDI

Les appels à la libération de Drareni se multiplient

Lors de son procès par visioconférence, au cours duquel il est apparu amaigri, Khaled Drareni, âgé de 40 ans, avait rejeté les accusations portées contre lui.

Il avait assuré n'avoir fait que son travail en tant que journaliste indépendant et avoir exercé son droit d'informer.

Au cours de l'audience, il lui a été reproché d'avoir critiqué sur Facebook le système politique et d'avoir publié le communiqué d'une coalition de partis politiques en faveur d'une grève générale, selon RSF.

Les appels à libérer le journaliste se sont multipliés ces dernières semaines.

Les autorités algériennes doivent relâcher immédiatement et sans condition Khaled Drareni, d'autant qu'il n'existe aucune preuve qu'il ait fait autre chose que son métier de journaliste.

extrait du communiqué du Comité pour la protection des journalistes, basé aux États-Unis

Si Khaled Drareni n'est pas libéré et relaxé dans les prochaines semaines, nous nous emploierons à faire savoir à l'opinion publique la réalité de la répression en Algérie et à mobiliser les organisations internationales et les gouvernements, avait promis RSF avant le verdict.

Slimane Hamitouche.

À l'instar de Samir Benlarbi, Slimane Hamitouche, photographié ici le 3 août, n'aura pas à retourner en prison.

Photo : Getty Images / AFP/RYAD KRAMDI

Un verdict qui remet les pendules à l'heure sur la justice algérienne

Le quotidien francophone El Watan avait qualifié l'annonce du verdict de test majeur pour le pouvoir politico-judiciaire actuel.

Soit il manifeste une volonté franche d'ouvrir une nouvelle ère d'apaisement politique, soit il reste figé dans le mauvais statu quo actuel, dont la principale marque est l'atteinte à la liberté d'expression, estimait le journal dans un récent éditorial.

La justice algérienne a multiplié ces derniers mois les poursuites judiciaires et les condamnations de militants du Hirak, d'opposants politiques, de journalistes et de blogueurs.

Certains journalistes ont été accusés par le régime de semer la discorde, de menacer l'intérêt national et d'être à la solde de parties étrangères.

Plusieurs sont en prison et des procès sont en cours.

L'Algérie figure à la 146e place (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par Reporters sans frontières. Elle a perdu cinq places par rapport à 2019 (141e) et 27 par rapport à 2015 (119e).

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