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Le Québec inc. réclame l'intervention d'Ottawa au Port de Montréal

Des grévistes du SCFP tenant des pancartes appelant au respect de la conciliation travail-famille.

Les pourparlers achoppent principalement sur la question des horaires de travail. La convention collective entre le syndicat et l'AEM est échue depuis le 31 décembre 2018.

Photo : Radio-Canada / Vincent Resseguier

Radio-Canada

Cinq associations qui représentent les entreprises privées du Québec ont fait front commun, lundi, pour réclamer une intervention du gouvernement fédéral et ainsi forcer la reprise des activités du Port de Montréal, paralysé par une grève générale des débardeurs. Pour le moment, le gouvernement Trudeau mise sur la conclusion d'un accord négocié entre les parties.

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), le Conseil du patronat du Québec (CPQ), la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) ont tenu une conférence de presse conjointe, lundi après-midi, pour sonner l'alarme sur une situation économique critique.

Ces cinq associations ont signé une déclaration commune demandant à Ottawa de nommer un médiateur et de forcer le retour au travail.

Les représentants du patronat rappellent que la reprise économique est déjà assez fragile en raison de la pandémie de COVID-19 et ils craignent un effet catastrophique sur les entreprises si les marchandises ne peuvent plus circuler librement.

Carl Blackburn, président du CPQ, considère que la situation est extrêmement préoccupante. Il est clair que le contexte actuel requiert une action exceptionnelle. C’est pour cela d’ailleurs que tous ensemble, nous avons collectivement signé une demande pour que le gouvernement fédéral puisse le plus rapidement possible mettre en place les outils permettant de régler ce conflit, a-t-il déclaré.

De son côté, Michel Leblanc, président de la CCMM, juge la situation critique et avise le gouvernement fédéral que les effets de ce litige pourraient se faire sentir dans toute la province.

Au-delà des entreprises de l’écosystème de logistique, ce sont toutes les entreprises du Québec, ce sont tous les travailleurs, toutes les familles du Québec qui pourraient être impactés si ça dure, prévient-il.

Michel Leblanc tient des feuilles blanches dans ses mains assis à une table.

Michel Leblanc est président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Photo : Radio-Canada

Il appelle Ottawa à passer à l’action, évoquant entre autres l’identification d’un arbitre et l’élaboration d’une loi spéciale pour forcer le retour au travail des grévistes.

Ça ne peut pas être simplement qu’on observe une détérioration d’une situation de conflit de travail qui mène à une grève illimitée au Port de Montréal. La dernière grève en 2010 avait duré six jours et c’était le maximum qu’on avait pu supporter, souligne-t-il.

Pour sa part, François Vincent, vice-président pour le Québec de la FCEI, explique que les petites et moyennes entreprises ont été durement éprouvées au cours des derniers mois.

Le présent conflit ne pourrait pas arriver à un pire moment. Il s’ajoute à la longue liste des chocs que les PME ont dû encaisser depuis le début de l’année – les blocages ferroviaires et le confinement, illustre-t-il.

Chose certaine, il ne faut pas laisser ça (le conflit) durer trop longtemps. Les entreprises et l’économie ne pourraient pas supporter un choc comme celui-là.

François Vincent, vice-président pour le Québec de la FCEI

D'après des données de l'Administration portuaire de Montréal, près de 6300 entreprises en transport dépendent du port et il est à l'origine de 19 000 emplois.

Délais dans la production

Véronique Proulx, PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, assure qu’une grande partie de ses membres ont recours aux services du port.

Le Port de Montréal est le seul port de conteneurs au Québec. Donc, toutes les entreprises qui importent ou qui exportent [des marchandises transportées] par bateau doivent passer par le Port de Montréal, a-t-elle expliqué en entrevue à l’émission RDI Économie.

Mme Proulx soutient que chaque journée de grève risque d’entraîner davantage de délais dans la production des compagnies.

Pour certaines entreprises, ne pas avoir la marchandise comme c’était prévu cette semaine, plusieurs sont dans un modèle de juste à temps, cela peut remettre en question la capacité de production, cela peut faire en sorte qu’on va livrer en retard à des clients et qu’on va avoir des pénalités. C’est pourquoi on dit que l’impact économique va être important, a-t-elle dit.

De plus, elle soutient que des licenciements et une hausse des prix à la consommation ne sont pas exclus.

Si cette grève devait perdurer dans le temps, on pourrait parler d’entreprises qui pourraient fermer des lignes de production, qui pourraient mettre à pied des employés. Et cette grève se passe dans un contexte de COVID-19, dans un contexte de ralentissement économique. Il est urgent pour nous que le gouvernement agisse, a-t-elle affirmé.

Elle rappelle que certaines entreprises canadiennes ont été confrontées à plus d’un problème en moins d’un an : tarifs douaniers américains, problème d’approvisionnement avec la Chine, grève au Canadien National (CN), barrages ferroviaires, crise sanitaire et maintenant la grève au Port de Montréal.

Des milliers de conteneurs en attente

Selon l'Administration portuaire de Montréal (APM), le conflit de travail empêche en ce moment d'expédier l'équivalent de 40 000 conteneurs d'une longueur de six mètres. Ces conteneurs sont actuellement sur les quais ou sur des navires qui ont été détournés vers d'autres ports, indique l'APM dans un courriel transmis à Radio-Canada. Ce volume équivaut à environ une semaine de manutention de conteneurs au port de Montréal, précise l'APM. Selon elle, le déchargement de près de 325 000 tonnes de vrac solide pourrait aussi être compromis si la grève devait durer des semaines.

Ottawa mise sur la négociation

La ministre fédérale du Travail Filomena Tassi n’envisage pas de loi spéciale pour forcer les grévistes à retourner au travail pour le moment.

Filomena Tassi parle aux médias assise devant des drapeaux canadiens.

La ministre fédérale du Travail Filomena Tassi.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Par communiqué, Mme Tassi dit qu’elle et le ministre des Transports Marc Garneau ont contacté les deux parties pour leur faire part de nos attentes pour qu'elles concentrent leurs efforts à résoudre leurs différends en vue de parvenir à une entente et éviter de nouvelles perturbations.

Nous avons confiance dans le processus de négociation collective. Comme nous le savons tous, les meilleures ententes sont conclues à la table de négociation. L’attente claire de notre gouvernement c’est que les deux parties travaillent ensemble pour résoudre leurs différends le plus rapidement possible, a-t-elle déclaré.

Elle dit surveiller l'évolution du dossier : Nous suivrons la situation de près et nous continuerons d’évaluer comment soutenir les efforts de médiation continus.

Grève générale illimitée

Les 1125 débardeurs du port ont entamé une grève générale illimitée ce matin à 7 h faute d’accord avec l'Association des employeurs maritimes (AEM).

Le syndicat des débardeurs a affirmé dans un communiqué avoir fermé le port parce que des conditions salariales ont été modifiées mercredi dernier et qu'il a constaté un lock-out technique depuis une semaine lorsque plusieurs navires ont été détournés vers d'autres ports, ce qui retirait du travail aux syndiqués.

Le regroupement, affilié au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), avait déposé vendredi matin un préavis de grève en prévision de lundi.

Des débardeurs en grève devant le Port de Montréal.

Quelques dizaines de débardeurs et membres du syndicat SCFP faisaient du piquetage, rue Notre-Dame, lundi matin.

Photo : Ivanoh Demers

Les négociations entre l’AEM et ses débardeurs sont en cours depuis septembre 2018. Les discussions se sont poursuivies jusqu'à 1 h lundi pour tenter d'éviter le conflit de travail, mais en vain.

L'AEM, les compagnies maritimes et les lignes maritimes sont les seules responsables à la fois de la fermeture du port, et de sa non-réouverture. Le syndicat poursuivra les négociations en présence de la médiatrice et maintiendra ouvert le canal de communication entre les parties touchant une possible trêve.

Michel Murray, conseiller syndical du SCFP

M. Murray souligne que les syndiqués exercent légitimement leur droit de grève, et qu'il n'y a pas lieu de réclamer une loi spéciale pour y mettre fin.

Le défi des partis, c’est de trouver une façon de convenir d’une possible trêve ou d’une convention collective dans les plus brefs délais, a-t-il résumé.

Le canal de communication demeure ouvert, selon l'AEM

Dans un communiqué publié lundi matin, l’AEM, qui regroupe notamment des propriétaires et des exploitants de navires, se dit hautement préoccupée, tout particulièrement en cette période de pandémie et de crise économique.

Elle affirme qu’un arrêt des opérations portuaires a des répercussions importantes pour les entreprises canadiennes qui dépendent du commerce international et, ultimement, pour l’approvisionnement en biens et produits pour les citoyens.

L'Association affirme que plusieurs échanges avec le syndicat dimanche soir n'ont malheureusement pas résulté en une trêve. L'AEM croit toujours que la solution passe par une trêve avec obligation de résultat, tel que l'arbitrage de différends.

Le conflit porte essentiellement sur les horaires de travail, selon le syndicat, qui souligne que ses membres travaillent actuellement 19 jours consécutifs sur 21, 365 jours par an, mis à part les jours fériés et ceux où le port est fermé.

En 2015, les débardeurs du Québec gagnaient en moyenne 110 000 $, selon les chiffres du ministère du Travail de la province. Les avantages sociaux des débardeurs montréalais s'élèvent à 22 000 $ annuellement, ce qui comprend un régime de retraite à prestations déterminées payé par l'employeur.

Selon le président du Conseil canadien du commerce de détail au Québec, Marc Fortin, les huit jours de grève déclenchés par les débardeurs depuis les deux dernières semaines causent déjà des retards importants aux activités du port.

M. Fortin déplore la situation actuelle et affirme que la grève générale, si elle perdure, aura des impacts importants, autant sur les commerçants que sur les consommateurs.

Il y a sept bateaux, si je ne me trompe pas, qui ont été renvoyés vers Halifax ou Saint-Jean au Nouveau-Brunswick pour être déchargés pour que les biens puissent être mis sur des trains et envoyés [à leur destinataire].

Marc Fortin, président du Conseil canadien du commerce de détail au Québec

Par ailleurs, un deuxième syndicat du port de Montréal, la section locale 1657 de l'Association internationale des débardeurs-vérificateurs (AID), menace lui aussi de déclencher une grève pour une durée indéterminée.

Avec les informations de La Presse canadienne

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