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Envoyé spécial

Les Libanais ne croient pas qu’ils verront l’aide internationale promise

Une femme, couverte de bandages, est assise sur une chaise usée devant un commerce en désordre.

Sihan Keekyan dit ne pas avoir confiance en l'aide internationale promise. Elle se fie plutôt au soutien de ses proches et de ses amis.

Photo : Radio-Canada / Jean Brousseau

Philippe Leblanc

Au moment où les leaders politiques de la planète, réunis virtuellement à l'initiative de la France et de l'ONU, promettaient 285 millions de dollars américains en aide au Liban, à Beyrouth, Sihan Keekyan, couverte de bandages rappelant les blessures causées par des éclats de verre lors de l'explosion, regardait la véritable aide, celle du voisinage, s'organiser pour elle.

L'appartement de la femme de 62 ans et de son conjoint a été lourdement endommagé dans l'explosion du port de Beyrouth, le 4 août dernier. Les vitres ont volé en éclat, des murs sont fissurés.

Sihan Keekyan se trouvait sur les lieux. Elle a dû faire presque tous les hôpitaux débordés de la ville avant de pouvoir être soignée et recevoir des points de suture sur le ventre et la jambe droite.

Depuis, elle vit jour et nuit dans son petit commerce situé au rez-de-chaussée de l'immeuble, un petit marché aux étalages dégarnis par la crise économique. Elle dort tant bien que mal sur une petite chaise de plastique devant le commerce aux vitres fracassées et à la porte arrachée.

La noirceur et les bruits soudains l'effraient maintenant.

Mes amis sont toujours prêts, dit-elle, ils sont venus m'aider. Ils ont nettoyé tout le verre et ils m'apportent des denrées de toutes sortes pour que j'essaie de faire plus de ventes afin de payer les réparations.

L'entraide communautaire est au cœur de la vie au Liban, où les citoyens se disent abandonnés, laissés à leur sort par leur gouvernement corrompu.

Sihan Keekyan n'a pas confiance en l'aide internationale promise, même si les dirigeants mondiaux ont exigé que cette aide soit directement distribuée à la population.

Non, non, non. Je ne fais pas confiance à ce qu'ils ont dit. Vous savez pourquoi? Parce que l'aide des pays étrangers passe par notre gouvernement.

Sihan Keekyan

La directrice des communications de l'Association arabe des libertés et de l'égalité, Myra Abdallah, abonde dans le même sens. Le passé est garant de l'avenir, dit-elle.

On sait tous le niveau de corruption qu'on a au Liban, dit-elle. Donc, on a peur que les Libanais qui ont besoin de cette aide n'y aient pas accès. C'est ce que nous avons vu dans le passé, et les politiciens qui ont fait ça sont toujours au gouvernement et sont toujours au pouvoir.

Mira Abdallah garde toutefois espoir que les choses changent et qu'une partie des millions de dollars d'aide promise se rendent dans les rues de Beyrouth en contournant le gouvernement libanais.

La France et le Canada connaissent ces corruptions ici, ajoute-t-elle. Et ils essaient de passer par des partenaires locaux en qui ils ont confiance, ou bien ils essaient de gérer eux-mêmes ces dons.

Un manque d’organisation criant

Gabriel Fernaine, un élu municipal de Beyrouth, a passé les derniers jours à essayer d'aider des pompiers venus de Marseille et de Limoges, en France, à prêter main-forte dans le port de Beyrouth. Les sapeurs ont été coincés et refoulés à l'aéroport pour des raisons administratives avant de pouvoir effectuer leur travail.

L'élu, qui affirme lui-même en avoir marre du système politique libanais et qui songe à emboîter le pas aux ministres et députés démissionnaires en guise de protestation, affirme qu'il y a un manque criant d'organisation pour l'aide sur le terrain.

Tous les Libanais du monde veulent aider, mais ils ne savent plus qui aider, lance-t-il. Ils ne savent plus qui est vraiment crédible et quelles sont les associations crédibles au Liban.

Ce n'est pas bien organisé et coordonné, mais nous avons besoin de chaque dollar d'aide de l'extérieur.

Gabriel Fernaine, élu municipal de Beyrouth

Gabriel Fernaine prône davantage de transparence pour rassurer les Libanais ainsi que les pays donateurs qui exigent que l'aide se rende directement au peuple.

Je pense qu'il faut créer un site central, dit-il. Tout dollar et tout euro qui entre dans cette caisse-là doivent être divulgués aux Libanais. S'ils sentent que cet argent rentre et qu'on ne sait pas trop ce qui se passe... [...] Il doit y avoir une compagnie internationale d'audit comptable et il faut que ça soit transparent.

Dans les rues de Beyrouth, Sihan Keekyan ne veut plus parler d'aide internationale, d'argent promis aux Libanais. Ses proches et ses amis sont là pour elle. Tout ira bien, lance-t-elle, sourire en coin.

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