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L'oratoire Saint-Joseph privé d'importants revenus en raison de la COVID-19

L'oratoire Saint-Joseph, à Montréal.

Les étrangers forment une bonne partie des visiteurs – et des donateurs – de l'oratoire Saint-Joseph.

Photo : Radio-Canada / Luc Lavigne

La Presse canadienne

Deux millions de visiteurs se rendent chaque année à l'oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal, mais en raison de la pandémie de COVID-19, les touristes ne sont pas au rendez-vous cette année. Cette situation entraîne de lourdes pertes financières pour cet emblème de Montréal.

En ce dimanche 9 août, le père Claude Grou s'apprêtait à célébrer la messe soulignant l'anniversaire de naissance du saint frère André, fondateur de la chapelle sur le mont Royal devenue l'oratoire que l'on connaît. Toutefois, contrairement à la tradition, quand jusqu'à 1500 fidèles se rassemblent dans la basilique, il n'y avait pas plus de 250 sièges disponibles afin de respecter les règles de la santé publique.

Habituellement, on fait quelque chose de beaucoup plus festif, qu'on ne peut pas faire, concède-t-il. Par contre, dans la grande place des pas perdus, notre archiviste va présenter un retour historique sur le frère André.

Ce sont donc plus de 1000 fidèles qui ne verseront pas de dons à la quête ni dans les boîtes mises à la disposition des visiteurs. Par un dimanche estival sans crise sanitaire, ce sont entre 4000 et 5000 personnes qui assistent à l'une ou l'autre des célébrations de la journée. Autant de gens qui ne passeront pas par la boutique, qui n'allumeront pas de lampions et qui ne s'arrêteront pas pour manger au café de l'endroit.

Portrait du père Claude Grou.

Un pourcentage important du budget provient des activités habituelles de l'oratoire, explique le père Claude Grou.

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

On n'a pas encore été en mesure d'évaluer les montants exacts, mais c'est sûr qu'il y a un manque à gagner important dans un lieu comme l'oratoire parce que notre magasin de souvenirs fonctionne à environ 20 % de ce qu'il fait normalement durant l'été, reconnaît le père Grou qui occupe également la fonction de recteur de l'oratoire.

L'oratoire prêche un tourisme local

D'après des analyses menées il y a quelques années, près de 50 % des gens qui visitent l'important lieu de pèlerinage de confession catholique proviennent de l'extérieur du Québec. Et une importante part de 35 % de tous les visiteurs provient de l'extérieur du Canada. Une clientèle qui se trouve actuellement en dormance, selon les mots du père Grou qui se réjouit toutefois de voir l'affluence de visiteurs de l'Ontario et de Québécois de toutes les régions.

C'est sûr qu'il y a une diminution très importante et il va falloir qu'on regarde comment on peut se réajuster à la réalité financière qui se présente actuellement.

Claude Grou, prêtre

Les sources de revenus de l'institution incluse dans le site patrimonial du Mont-Royal proviennent d'un programme de donateurs privés — qui pourraient s'avérer moins généreux en période de crise, mais un pourcentage important du budget provient des activités habituelles à l'intérieur des murs.

Ce pourcentage-là n'est pas à zéro. Il y a encore des gens aux célébrations et des gens qui viennent au magasin. Je crois qu'il faut passer la période d'été pour faire une évaluation plus globale, résume l'homme de foi.

Le père Grou en profite d'ailleurs pour inviter les Montréalais et les Québécois à redécouvrir l'endroit en l'absence des étrangers, un peu comme les Parisiens qui se réapproprient la tour Eiffel.

C'est plus facile d'accès, on n'a pas 25 autobus de touristes qui bloquent les entrées! Pour les gens du Québec, c'est une occasion de venir découvrir des choses qu'ils n'ont pas visitées depuis des années et de s'émerveiller de voir comment les choses se sont développées.

Chantier majeur

La pandémie du coronavirus n'a pas uniquement nui aux finances, elle a retardé de deux mois le chantier de rénovations majeures entreprises pour doter le dôme d'une tour d'observation de Montréal.

Heureusement, le financement de ce projet n'est pas compromis, puisque les fonds proviennent d'une campagne distincte. Le tout devrait donc suivre son cours.

On a confiance que lorsque le plan va être complété vers 2023-2024, le flot de touristes aura repris son cours assez normalement, soutient avec optimiste le père Grou.

L'absence de visiteurs a tout de même permis à l'oratoire de procéder à certains travaux internes, dont l'amélioration de la sonorisation des lieux de célébration.

Retour des messes

Malgré les circonstances difficiles, le recteur considère tout de même que l'oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal bénéficie d'un certain avantage puisqu'il compte deux lieux de célébration. Sa crypte permet d'accueillir 125 à 150 fidèles et sa basilique peut facilement en recevoir plus de 200.

Depuis le 29 juin, les messes ont repris leur rythme, mais la mécanique met beaucoup de pression sur le personnel de l'institution montréalaise. Afin de respecter toutes les règles d'hygiène et de distanciation physique, l'oratoire doit mobiliser plus de ressources humaines.

Ça demande un effort particulier. On a quelqu'un à chaque entrée de l'oratoire pour indiquer aux gens de se purifier les mains, de porter le masque. Quand ils arrivent dans le lieu de culte, on a aussi des placiers pour s'assurer que l'on respecte la distanciation, décrit le recteur qui estime la réponse du public comme étant à la mesure de ce que l'on peut absorber.

Le père Grou estime que plusieurs fidèles sont sans doute plus craintifs. Certains préfèrent probablement suivre la messe à la radio ou à la télévision, croit-il.

Lui-même, âgé de 78 ans, confie avoir passé les premiers moments de la crise en isolement comme la santé publique le recommandait aux personnes de plus de 70 ans. Depuis, il a repris ses fonctions presque normalement en s'assurant de respecter les protocoles imposés.

Qu'on ait 78 ans ou 38 ans, il faut mettre un masque en public, il faut suivre toutes les règles et on les suit très fidèlement. Moi-même, je les respecte comme les autres.

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