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Envoyé spécial

Les visages de la colère libanaise

Un manifestant avec un drapeau du Liban.

Des milliers de manifestants ont défilé dans le centre-ville de Beyrouth samedi et ont pris d'assaut le siège du ministère des Affaires étrangères.

Photo : Reuters / GORAN TOMASEVIC

Philippe Leblanc

Pendant que des groupes de manifestants provoquaient les affrontements avec les policiers, tentaient de s'approcher du parlement et prenaient d'assaut le siège de trois ministères du gouvernement libanais, des milliers d'autres scandaient des slogans pour réclamer la fin du régime politique.

Vêtue de noir avec ses lunettes rouges qui illuminent son visage, Rita Hage Boutros comprend la rage populaire des Libanais contre leur gouvernement.

Moi, normalement, je suis très peaceful, mais là c'est la colère. On a été [attaqués] par notre propre gouvernement qu'on ne veut pas, explique-t-elle. C'est un gouvernement terroriste et on le dit à haute voix.

Ce sont des corrompus, ils nous ont tout pris : la ville et les êtres qu'on aime. C'est à eux de quitter, [alors qu'ils] prétendent ne pas être responsables [de la catastrophe].

Rita Hage Boutros
Une manifestante avec un drapeau du Liban.

Rita Hage Boutros comprend la colère de ses concitoyens contre le gouvernement de son pays.

Photo : Radio-Canada

Une colère ravivée

La dévastation provoquée par l'explosion de mardi qui a fait plus de 220 morts et 7000 blessés a ravivé la colère bouillonnante des Libanais qui rugit depuis l'automne dernier. Le pays traverse sa pire crise économique depuis la fin de la guerre civile en 1990, une crise ponctuée d'hyperinflation, d'une dévaluation sans précédent de la monnaie (la livre libanaise) et d'un taux de chômage avoisinant les 30 %.

Ce qu'on vit, c'est la dépression. Vous pouvez voir la déprime dans les yeux de tous les Libanais. C'est ce gouvernement qui nous a conduits là où nous sommes et il est responsable de cette situation.

Rita Hage Boutros

On n'a pas d'électricité, certaines personnes vivent 20 heures par jour sans électricité, explique-t-elle. On est au chômage. On n'a plus de rêve, à part nous rendre au supermarché et nous procurer de la nourriture de base.

Elle parle du stress que ressentent les Libanais à l'idée de manquer de produits de première nécessité : On est tout le temps stressé, on cherche à stocker. On va au supermarché et on achète de grandes quantités de mouchoirs, de nourriture, de détergent. On a peur que les prix augmentent. Quand il y a des rabais, les gens courent pour stocker.

En raison de la dévaluation de la livre libanaise, cette enseignante de yoga dans la quarantaine qui vend aussi des produits de beauté a vu son pouvoir d'achat diminuer. Son mode de vie en est complètement bouleversé.

Je touchais l'équivalent d'entre 2500 $ US et 3000 $ US par mois. Maintenant, c'est un revenu de 250 $ US. C'est horrible!, lance-t-elle. Si jamais ma voiture tombe en panne, je ne peux pas la réparer. Si j'ai besoin d'acheter quelque chose, je ne peux pas l'acheter. Une robe pour sortir coûte 100 $ alors que mon salaire est de 250 $, voilà!

Croire au changement

Une manifestante dans la rue, le poing levé.

Malgré la crise qui perdure, Reem Farakha fait le choix de croire au changement et reste au Liban malgré tout.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Un peu plus loin dans la rue, la jeune étudiante de 21 ans Reem Farakha se promène avec ses copains, balai à la main. Avant de manifester, elle est allée aider sa sœur dont la maison a été soufflée par l'explosion.

J'en ai beaucoup fait cette semaine, affirme-t-elle. On s'est mobilisés dans la rue au lendemain des explosions, il y a beaucoup de gens en besoin.On est descendus dans la rue au lendemain des explosions. Il y avait tellement de gens en besoin, des milliers de gens demandaient de l'aide.

Alors que beaucoup de Libanais quittent leur pays à la recherche d'une vie meilleure ou songent à partir, Reem Farakha fait le choix de croire au changement. C'est pour ça qu'elle a fait un détour pour participer à la manifestation.

Honnêtement, dans une situation comme ça, on ne peut pas rester à la maison, assis devant la télévision, sans rien faire.

Elle avoue cependant qu'il est difficile de songer à son avenir dans le Liban actuel.

Mon avenir maintenant, c'est d'essayer de rester ici, dans la révolution, et d'essayer de chasser les politiciens corrompus et en finir avec ce régime.

Reem Farakha, étudiante

Il n'y a pas beaucoup d'opportunités de travail ici. On voit les gens qui deviennent de plus en plus pauvres se retrouver dans la rue, observe-t-elle.

Notre qualité de vie a changé, mais en tant que jeune étudiante, ça veut quasiment dire qu'il n'y a plus d'espoir pour moi ici. Je ne peux pas travailler, je ne peux pas fonder une famille, ni avoir une vie stable, à cause de cette inflation, de cette crise économique.

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