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Des détenus du Centre de détention provisoire d’Edmonton craignent la COVID-19

Le centre de détention d'Edmonton l'hiver.

Les conditions d'emprisonnement au Centre de détention provisoire d'Edmonton

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Des détenus du Centre de détention provisoire d’Edmonton soutiennent qu’ils ne peuvent se protéger contre la COVID-19 parce qu’il leur est difficile de respecter la distanciation physique, de maintenir de bonnes pratiques d’hygiène et d’avoir accès à des masques.

Selon eux, certains codétenus omettent de déclarer leurs symptômes ou refusent de subir un test de dépistage de peur d’être envoyés à l’unité de quarantaine, qu’ils appellent l’enfer et où ils sont en isolement 22,5 heures par jour, ont peu de temps pour prendre une douche et n’ont pas accès à la bibliothèque ou à la cantine.

Des inquiétudes ont également été soulevées par un spécialiste des maladies infectieuses, un juge et des avocats.

Ils demandent aux autorités de désengorger les prisons, d’adopter des politiques obligatoires et d’assurer une surveillance des établissements carcéraux afin d’éviter des éclosions qui pourraient se propager hors des murs.

Les conditions d’isolement sont généralement cruelles, on n’a rien à y faire et je dois vivre avec la peur intense d’attrapper la COVID-19 et d’en mourir, écrit un détenu dans une déposition du 25 juillet.

Radio-Canada ne nomme pas les détenus qui se sont confiés pour la réalisation de ce reportage pour leur protection et en raison d’interdits de publication.

Des normes existantes

Les recommandations faites aux établissements carcéraux de la province sont formulées dans le Guide de gestion de la maladie à coronavirus (COVID-19) dans les établissements correctionnels et de détention provisoire de l’Alberta.

Le guide suggère notamment au personnel de renforcer les pratiques d’hygiène, d’augmenter la distance entre les détenus et de désinfecter les aires communes de l’établissement plus souvent.

Le document insiste en outre sur l’importance d’offrir des activités individuelles afin d’assurer le maintien de la santé mentale des prisonniers pendant la suspension des activités de groupe.

La province demande en outre aux établissements visés d’assurer un approvisionnement suffisant d’équipement de protection personnelle, de désinfectant et de produits nettoyants.

Les employés sont tenus de porter un couvre-visage en tout temps.

« Pas de masque ni de gants »

Si le couvre-visage et la distanciation sont la norme à l’extérieur des prisons, le milieu carcéral est plutôt habitué à l’occupation double, où la proximité et la circulation de gouttelettes d’un lit à l’autre d’une même cellule, tout comme le lavage irrégulier des mains, peut contribuer à la propagation du coronavirus.

Selon les détenus interrogés, des surfaces touchées régulièrement ne sont pas adéquatement nettoyées et les produits désinfectants sont rarement disponibles.

L’avocat Steve Smith soutient qu’avant d’être déclaré positif, un des détenus qu’il représente était dans une cellule en compagnie de sept autres détenus ne portant pas de masque.

L’inquiétude ronge les plus vieux, ils sont terrifiés, confie un détenu. Des gars sont en sevrage, sont malades, épuisés, émaciés et sans abri. Ils n’ont aucun sens de l’hygiène.

Selon les détenus, le peu d’activités proposées et l’augmentation du nombre d’agressions ont tôt fait de prolonger la liste d’attente pour rencontrer un psychologue.

Une proximité dangereuse, dit un médecin

Dans une déposition du 3 mai, le Dr Stephen Sahfran, un spécialiste en maladies infectieuses de l’Université de l’Alberta, note que les hospitalisations et les décès liés à la COVID-19 sont plus probables chez les détenus que dans le reste de la population.

Selon lui, il faut éviter tout risque d’éclosion parce qu’un virus peut se répandre comme une traînée de poudre dans un établissement carcéral et le risque augmente proportionnellement à la taille de l’établissement.

Il ajoute qu’il faudrait réduire la population des prisons et donner aux détenus des cellules, des éviers et des toilettes individuels, tout en nettoyant plus.

Dans un jugement rendu dans la cause où témoignait le Dr Sahfran, la juge Donna Shelley, de la Cour du Banc de la Reine de l’Alberta a souligné que l’implémentation [du guide] était incomplète et que [le détenu visé] avait peu de contrôle sur l’application des mesures qui pouvaient lui éviter d’être à risque.

Peu de tests ont été réalisés et aucun processus de tests aléatoires n’existe pour contrôler ceux qui sont emprisonnées ou ceux qui entrent et sortent de l’établissement quotidiennement, poursuit-elle.

Le président de l’Association canadienne des avocats de détenus, Tom Engel, soutient pour sa part avoir informé la médecin hygiéniste en chef de la province, la Dre Deena Hinshaw des problèmes des établissements carcéraux dès le mois d’avril. Il affirme avoir demandé à ce que des inspections aléatoires soient faites dans les prisons.

Selon la province, l’inspection, la prévention et le contrôle des mesures sanitaires des établissements carcéraux relèvent toutefois de Services de santé Alberta, du ministère de la justice et du solliciteur général de la province, pas de la Dre Hinshaw.

Selon le ministère, les établissements carcéraux de la province ont envoyé 5290 tests de dépistage aux laboratoires de la province entre le 15 mars et le 7 août. Aucun détenu n’est décédé et neuf ont été déclarés positifs.

Le gouvernement ajoute que Services de santé Alberta inspecte régulièrement les établissements afin de s’assurer du respect de protocoles adéquats pour assurer la santé physique et mentale des détenus.

Avec les informations d’Andrea Huncar

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