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À Beyrouth, plusieurs ministères pris d'assaut par des manifestants en colère

Un soldat libanais fait face à une femme en colère et à des dizaines de manifestants derrière elle.

Les Libanais ne décolèrent pas et manifestent intensément contre leur gouvernement à la suite de l'explosion meurtrière du port de Beyrouth mardi.

Photo : Getty Images

Radio-Canada

Des manifestants en fureur ont pris d'assaut plusieurs ministères à Beyrouth alors que la colère a explosé parmi les Libanais après la gigantesque déflagration qui a fait des centaines de milliers de sans-abri et provoqué une onde de choc à travers le monde.

Vengeance, vengeance, jusqu'à la chute du régime, scandaient les manifestants qui ont afflué par milliers vers la place des Martyrs dans la capitale pour un important rassemblement contre la classe politique qu'ils tiennent pour responsable de la terrible explosion qui a dévasté une partie de la capitale mardi.

Les déflagrations ont fait au moins 158 morts, dont 43 Syriens et l'épouse de l'ambassadeur des Pays-Bas au Liban Jan Waltmans. La double explosion a également fait plus de 6000 blessés, tandis qu'une soixantaine de personnes sont toujours portées disparues.

Selon des médias locaux, les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes pour empêcher des manifestants d’entrer dans le périmètre du Parlement.

Assistance consulaire d’urgence
L’ambassade du Canada au Liban étant temporairement fermée en raison de l’explosion, les Canadiens qui ont besoin d'aide doivent communiquer avec le Centre de surveillance et d'intervention d'urgence (Nouvelle fenêtre) ou composer le +1 613 996 8885.

Dans un message sur Twitter, les forces de l’ordre, qui disent comprendre la colère des manifestants, ont appelé à la retenue, en insistant sur la nécessité de préserver le caractère pacifique de la manifestation.

Une foule rassemblée sur la place des Martyrs.

Des milliers de Libanais ont afflué vers le centre-ville de Beyrouth samedi, quatre jours après la double explosion meurtrière dans le port de la capitale libanaise.

Photo : Reuters / THAIER AL-SUDANI

Des ministères pris pour cible

Selon la Croix-Rouge libanaise, plus de cent personnes ont été blessées lors de la manifestation, dont 32 ont été transportées dans des hôpitaux et 110 soignées sur place.

L'attention des forces de sécurité se concentrant sur les heurts, environ 200 manifestants menés par des officiers à la retraite en ont profité pour prendre d'assaut le siège du ministère des Affaires étrangères, le proclamant quartier général de la Révolution , selon des images diffusées en direct par les chaînes de télévision.

Des manifestants devant le ministère des Affaires étrangères.

Environ 200 manifestants menés par des officiers à la retraite ont occupé le siège du ministère des Affaires étrangères à Beyrouth.

Photo : Getty Images / STR

L'armée libanaise les a délogés en envoyant des renforts, samedi soir, ont rapporté des correspondants de l'AFP.

Hurlant dans un mégaphone, l'ex-général Sami Rammah a appelé au soulèvement et à la poursuite de tous les corrompus  tandis que des manifestants décrochaient et piétinaient le portrait du président Michel Aoun.

Des médias locaux ont rapporté que le ministère de l'Énergie avait également été occupé par des manifestants, alors que celui de l'Économie était incendié. Les bureaux de l'Association des banques ont eux aussi été incendiés et attaqués par des manifestants en colère.

Un manifestant masqué à l'intérieur des bureaux incendiés.

Le siège de l'Association des banques libanaises incendié et pris d'assaut par des manifestants à Beyrouth.

Photo : Getty Images / ANWAR AMRO

Sur la place des Martyrs, épicentre de la contestation populaire depuis octobre dernier, des militants ont déjà dressé une potence, rapporte notre envoyé spécial à Beyrouth , Philippe Leblanc.

On en a marre!

On est en train de demander des droits qu’on était censés avoir il y a au moins 30 ans, lance Tamara Hamadé, dans la vingtaine. Elle rappelle le poids de la crise économique et celui de la pandémie qui étaient là avant l’explosion.

Jeunes, vieux, nous sommes tous descendus dans la rue pour nous battre pour nos droits.

Tamara Hamadé, manifestante
Nœud de pendu à la place des Martyrs de Beyrouth.

Nœud de pendu à la place des Martyrs de Beyrouth.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Pour Siham Mitri, dans la cinquantaine, tout le régime doit démissionner tout de suite. Ce sont des meurtriers, on ne veut plus d’eux, c’est fini, dit-elle.

Les gens ont perdu leurs maisons, qu’attend-on encore? Qu’ils sortent de notre vie, on n’en peut plus.

Siham Mitri, manifestante

Elle appuie les manifestants qui expriment leur colère de façon violente dans la rue, affirmant : C’est normal, on veut les chasser . On ne peut plus attendre, c’est fini, on en a marre. [...] Les gens ont perdu leurs maisons, qu’attend-on encore? Qu’ils sortent de notre vie, on n’en peut plus, ajoute Mme Mitri.

Il faut que ça change, lance de son côté Georges El-Zir, dans la soixantaine. Il accuse toute la classe politique de ne pas écouter le peuple.

Des dizaines de Libanais rassemblés autour d'un drapeau au milieu d'une place publique.

Après trois jours de déblayage, place à la colère dans le centre-ville de Beyrouth.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Il faut un changement, il faut de nouvelles élections.

Georges El-Zir, manifestant

M. El-Zir, qui se dit contre la violence dans la rue, affirme comprendre la colère des Beyrouthins qui ont perdu leurs maisons.

Démissions en série de députés

Le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, a annoncé samedi sa démission ainsi que les deux autres députés du parti historique chrétien, affirmant que le temps était venu de bâtir un nouveau Liban.

Deux autres élus avaient fait pareil cette semaine.

Le député Marwan Hamadé, du bloc du chef druze Walid Joumblatt, avait officiellement présenté sa démission mercredi du Parlement de 128 membres dominé par les partis traditionnels, au lendemain du drame. Affirmant ne plus avoir aucune confiance dans les institutions libanaises, et notamment dans le Parlement, il avait réclamé une enquête internationale sur l'explosion.

La députée Paula Yacoubian, élue sur la liste de la société civile au Parlement, a également annoncé sa démission et appelé les autres parlementaires à suivre son exemple.

De son côté, le premier ministre Hassan Diab a annoncé samedi soir qu'il allait proposer des élections parlementaires anticipées, tout en affirmant qu’il était prêt à rester au pouvoir « pendant deux mois », le temps que les forces politiques s'entendent à ce sujet.

Dimanche, la France organisera avec l'ONU une visioconférence des donateurs dans le cadre des efforts déployés pour mobiliser la communauté internationale à la suite de l'explosion.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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