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Envoyé spécial

Après la catastrophe, un message de résilience à Beyrouth

Cinq personnes assises à une table sur une terrasse.

Le quartier Gemmayzé de Beyrouth, qui est normalement animé et rempli de passants, a des airs de quartier fantôme quelques jours après l'explosion qui a ravagé la ville.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Les rues sont jonchées de débris et d'éclats de verre rassemblés en amoncellements par des bénévoles venus nettoyer leur ville plus tôt dans la journée. Des gardes armés patrouillent dans le secteur. Des gardiens de sécurité veillent en silence, dans le noir presque total, sur ce qui reste des édifices éventrés ou soufflés par les explosions de mardi.

Le quartier Gemmayzé de Beyrouth, normalement animé et rempli de passants venus découvrir ses nombreux restaurants et bars, ressemble maintenant à un quartier fantôme. Seules les lumières des quelques voitures et motocyclettes qui circulent viennent troubler la noirceur. Il n'y a plus de courant depuis mardi.

Puis, au loin, de la lumière et un peu d'animation. Des jeunes sirotent une bière, leur masque de protection contre la COVID pendant d'une oreille. Trois tables de bois et des chaises accueillent les clients sur le trottoir. Sur une autre table, quelques bouchées gratuites pour ceux qui ont faim et de l'eau, plusieurs bouteilles d'eau.

Le bar Smalls est le seul endroit ouvert du quartier. Il a rouvert vendredi soir. Pas de soirée karaoké ou de musique comme à l’habitude. L’écran géant à l’intérieur ne diffuse, sans son, que les plus récentes nouvelles.

Une femme assise à un bar regarde un écran de télévision.

Malgré sa proximité des lieux de l'explosion, le bar Smalls n'a subi que des dommages mineurs.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Nous sommes ouverts pour dire que nous sommes vivants et qu'il faut continuer d'avancer, explique Tamim Abou Chakra, copropriétaire et gérant de l'établissement. Nous remettons une partie des profits aux gens du quartier pour aider à la reconstruction. Je suis encore sur l'adrénaline depuis mardi.

Je voulais démontrer aux gens d'ici qu'on peut se relever.

Tamim Abou Chakra, copropriétaire et gérant

« Un petit miracle »

Les employés encore sous le choc ont nettoyé les bouteilles fracassées par terre et préparé la réouverture la veille, jeudi. Le bar Smalls n'a subi que des dommages mineurs même s'il n'est situé qu'à quelques coins de rue des silos de blé du port de Beyrouth qui ont explosé.

C'est un petit miracle que Tamim Abou Chakra soit en vie et qu'il soit à l'origine de cette relance, petite oasis dans un désert de noirceur et de débris. Il était sur la terrasse du bar mardi lors des explosions.

J'étais assis exactement à la même place qu'aujourd'hui, mardi, dit-il. Je prenais une bière avec un ami pour sa fête. J'ai entendu comme un bruit d'avion ou quelque chose du genre, un son très fort. Puis il y a eu une petite explosion. J'ai poussé la serveuse à l'intérieur et mon ami est parti se cacher, raconte-t-il.

Puis, la grosse explosion a tout soufflé. Je ne me rappelle plus si je me suis levé d'un bond ou si j'ai été projeté, mais je me suis retrouvé dans le commerce voisin. J'ai regardé dans quel état je me trouvais finalement, mais je ne saignais pas et j'allais bien.

Un homme debout les bras croisés.

Tamim Abou Chakra, copropriétaire et gérant du bar Smalls, était sur place lors de l'explosion dans le port de Beyrouth situé non loin de là.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Dans le chaos ayant suivi les explosions, Tamim Abou Chakra, les yeux à vif en raison du nuage rouge de gaz toxique, a aidé ses amis à se diriger vers les hôpitaux qui acceptaient des blessés. Il a aussi appelé parents et amis pour s'assurer que tout le monde allait bien. Il ne veut pas trop en parler car il est encore ébranlé, mais un de ses amis est encore dans le coma.

Tamim a choisi de consacrer ses énergies à la réouverture du commerce même si les rues du quartier demeurent désertes et que plusieurs édifices menacent de s'écrouler. Il veut lancer un message politique avec cette réouverture.

Beyrouth, la résiliente

Dans ce pays déjà en proie avant les explosions à une crise sanitaire, à l'inflation galopante, au taux de chômage de 30 % et à la plus grave crise financière depuis la guerre civile qui a pris fin en 1990, Tamim Abou Chakra veut démontrer qu'il fait partie de ce qu'il appelle la résistance.

Tous nos politiciens, les gens du gouvernement, nous ne pensons pas qu'ils sont des gens responsables, explique-t-il, faisant écho au discours des manifestants qui réclament un changement de système politique depuis l'automne dernier. Nous, les citoyens, sommes responsables de nous-mêmes. Ce sont nous qui dirigeons nos vies au quotidien. Nous faisons tout pour nous-mêmes, sans aide ou appui de la classe politique. Ils ne se sentent aucunement responsables de nous aider.

Le changement, c'est ce qu'on veut. C'est le désir de chaque Libanais, même de ceux qui n'osent pas vous le dire. Nous ne voulons aucun de ces politiciens.

Tamim Abou Chakra

Une réouverture de bar pour retrouver un semblant de normalité, pour lancer un message politique, pour démontrer encore une fois la résilience des résidents de Beyrouth.

Philippe Leblanc est envoyé spécial à Beyrouth au Liban.

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