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Stephen McNeil, allié pour certains, ennemi pour d’autres

En quittant son poste, Stephen McNeil laissera un héritage ponctué de décisions historiques et de conflits avec les syndicats.

Stephen McNeil assis sur une chaise devant deux tableaux.

Stephen McNeil lors de son entrevue de fin d'année avec La Presse canadienne, le 20 décembre 2017 à l'Assemblée législative de Nouvelle-Écosse.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Radio-Canada

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, s’apprête à quitter son poste, après sept années marquées par un style de gestion qui a froissé bien des intervenants, notamment dans le secteur public, mais qui a aussi mené à des décisions historiques qui laisseront une marque sur la province.

Élu premier ministre en 2013 et réélu en 2017, Stephen McNeil annonçait jeudi qu’il s’apprêtait à quitter son poste, ce qui déclenchera une course à la direction du Parti libéral de la Nouvelle-Écosse avant la tenue des prochaines élections générales.

Le récit de deux événements qui se sont déroulés sur les trottoirs du centre-ville d’Halifax qui bordent Province House, l’édifice qui abrite la législature provinciale, servent à illustrer combien les opinions envers Stephen McNeil peuvent être variées.

D’un côté, l’activiste Tony Smith n’oubliera jamais comment M. McNeil, alors chef de l’opposition à l’Assemblée législative, l’avait approché sur le trottoir.

M. Smith, un ancien pensionnaire de l'orphelinat pour enfants noirs de la Nouvelle-Écosse (Nova Scotia Home for Colored Children), manifestait pour demander aux élus la tenue d’une enquête publique sur les abus physiques, sexuels et psychologiques subis pendant des décennies par ces enfants.

Stephen McNeil s’est approché de Tony Smith et s’est excusé de ne pas avoir appuyé dès le départ la tenue d’une enquête, et lui a dit avoir changé d’idée après avoir parlé avec sa mère au téléphone.

Un homme adulte debout dans le corridor d'une école entre deux rangées de casiers.

Tony Smith, ancien pensionnaire de l'orphelinat pour enfants noirs de la Nouvelle-Écosse (« Nova Scotia Home for Colored Children »), était l'un des commissaires responsables de l'enquête provinciale sur les sévices endurés par ces enfants.

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

M. Smith affirme qu’il a réalisé à ce moment-là que le premier ministre serait un allié.

Les deux hommes ont établi une relation après cette rencontre et M. Smith croit avoir contribué à sensibiliser l’homme politique à certaines questions. Lorsque les libéraux ont pris le pouvoir en 2013, Stephen McNeil a tenu parole, a lancé une enquête dans laquelle Tony Smith a été l’un des commissaires, et a présenté des excuses publiques aux anciens pensionnaires pour les sévices endurés.

Il choisit ce qui est le mieux pour les gens, plutôt que ce qui est le mieux pour le parti.

Tony Smith

Confrontations avec les syndicats

La situation était très différente en dehors de Province House en 2014, alors que le premier ministre McNeil et son gouvernement convoquaient des séances de 24 heures pour adopter une loi visant à fusionner les régies de santé et essayer de réduire le nombre de syndicats représentant les travailleurs de la santé.

Jason MacLean, l'actuel président du syndicat NSGEU, qui représente des employés du secteur public en Nouvelle-Écosse, n’a pas épargné Stephen McNeil lorsqu’il a pris connaissance de son départ annoncé.

Stephen McNeil a passé la majeure partie de ses sept années au pouvoir à s'attaquer aux droits des travailleurs.

Jason MacLean, président du syndicat NSGEU

J'espère sincèrement que le Parti libéral de Nouvelle-Écosse saisira cette occasion pour changer de cap et élire quelqu'un qui a des vues plus progressistes et qui souhaite travailler en collaboration avec les autres, a renchéri le syndicaliste.

Jason MacLean.

Jason MacLean, président du Syndicat de la fonction publique de la Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada / CBC

Les péripéties législatives de 2014 prédestinaient une longue série de luttes avec les syndicats. Stephen McNeil n'a jamais caché qu’il entendait agir avec force pour mettre de l'ordre dans les finances de la province et libérer des fonds pour d'autres programmes, tels que la prématernelle et des projets d'infrastructure.

Alors que ces prédécesseurs ont à l’occasion fait marche arrière face aux syndicats, Stephen McNeil a maintenu nombre de positions, quelle que soit la taille des foules qui manifestaient à l'extérieur de Province House, et quitte à se faire accompagner d’une escorte policière pour se rendre au travail.

L'acteur John Dunsworth, des «Trailer Park Boys», est aperçu au centre d'un groupe de manifestants de l'industrie cinématographique et télévisuelle, le 11 mai 2015 à Halifax.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'acteur John Dunsworth, des «Trailer Park Boys», est aperçu au centre d'un groupe de manifestants de l'industrie cinématographique et télévisuelle, le 11 mai 2015 à Halifax.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Ces batailles, avec les enseignants, les travailleurs de la santé, les juges, les médecins et d’autres, ont dans certains cas empoisonné les relations entre le premier ministre et certains intervenants, qui lui en veulent toujours.

Dans l’industrie du cinéma, plusieurs n’ont pas pardonné l’abolition d’un crédit d’impôt dont les conséquences, soutiennent les travailleurs du milieu, se font toujours sentir.

Paul Wozney, le président du Syndicat des enseignants de la Nouvelle-Écosse, aurait quant à lui préféré plus de collaboration. Stephen McNeil n’a jamais accepté les demandes de M. Wozney pour le rencontrer face à face, soutient le syndicaliste.

Il n’y a jamais eu d’intérêt de la part du premier ministre d’établir une relation ou une conversation, affirme M. Wozney.

Des employés manifestent contre la limitation des hausses salariales.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des syndiqués de la fonction publique exhibent une caricature de Stephen McNeil le 14 octobre 2017 lors d'une manifestation pour dénoncer l'imposition de la loi 148 qui permet au gouvernement de limiter les hausses salariales.

Photo : Radio-Canada / Marc Babin

Questions de transparence

Stephen McNeil avait promis de mener le gouvernement le plus transparent au Canada. Ses mandats ont été entachés par des accusations de manque de transparence.

Il est revenu sur son engagement de donner plus de pouvoirs au commissariat à la vie privée - décrivant cinq ans plus tard sa promesse comme une erreur - et a admis candidement préférer le téléphone aux courriels afin d’éviter les obligations associées au droit à l’information.

Dans son rapport final lorsqu’elle a quitté son poste en 2019, la commissaire à la vie privée, Catherine Tully, a conclu que le gouvernement McNeil était l’institution publique la moins susceptible d’écouter ses recommandations, et l’a accusé de ne pas vouloir collaborer à ses demandes pour des documents et des renseignements.

Le traversier « The Cat » amarré au quai.

L’annulation de la saison 2019 du traversier (à gauche) entre Yarmouth et le Maine a coûté 17,8 M$ aux contribuables de la Nouvelle-Écosse

Photo : CBC / Michael Gorman

Le Parti progressiste-conservateur de la Nouvelle-Écosse a aussi blâmé sans relâche les libéraux pour leur manque de transparence dans le dossier du traversier entre Yarmouth et le Maine, qui ne circule pas depuis deux ans et coûte des millions aux contribuables.

Selon Michael Karanicolas, président de la Coalition Right to Know (le droit de savoir, en français), un groupe qui fait la promotion d’une plus grande transparence au gouvernement, une telle situation n’est guère étonnante chez les politiciens, mais elle était particulièrement décevante dans le cas de Stephen McNeil.

Il est très courant que les politiciens appuient la transparence, l’imputabilité et les limites du pouvoir quand ils sont dans l’opposition ou qu’ils sont candidats, beaucoup plus que lorsqu’ils prennent le pouvoir, observe M. Karanicolas. Mais la vitesse à laquelle le premier ministre McNeil a fait volte-face à ce sujet a été surprenante.

Environnement et Premières Nations

Pour Andrea Paul, la cheffe de la Première Nation de Pictou Landing, Stephen McNeil sera toujours un homme qui respecte sa parole.

Les manifestants en bateau passent devant la papetière Northern Pulp le 6 juillet 2018.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des manifestants en bateau passent devant la papetière Northern Pulp le 6 juillet 2018.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Avant de devenir premier ministre, l’homme politique s’intéressait à Boat Harbour et à ce que les Autochtones avaient à dire sur la contamination de leurs terres et des cours d’eau de leur communauté par la papetière Northern Pulp.

La longue saga de la papetière, ouverte en 1967 et pierre d’assise de l’industrie forestière néo-écossaise, s’est soldée par la fermeture de l’usine l’hiver dernier.

Pendant cinq ans, le gouvernement McNeil a maintenu la ligne dure envers l’entreprise Paper Excellence et n’a jamais accepté de revenir sur son engagement de fermer la papetière si son plan de nouvelle centrale de traitement de ses effluents ne répondait pas à ses exigences environnementales.

Stephen McNeil regarde la caméra durant une allocution.

Le premier ministre Stephen McNeil annonce sa décision dans le dossier de la papetière Northern Pulp le 20 décembre 2019.

Photo : Radio-Canada

Quelques jours avant Noël, Stephen McNeil était visiblement secoué lors de la conférence de presse où il a annoncé la fermeture de la papetière, l’une des décisions les plus difficiles de sa carrière, avait-il dit.

Il a voulu nous entendre, dit la cheffe Andrea Paul au sujet de M. McNeil. Il a voulu comprendre ce que la situation représentait pour la Première Nation.

Andrea Paul, les yeux humides, regarde vers le ciel.

La cheffe de la Première Nation mi'kmaq de Pictou Landing, Andrea Paul, réagit à l'annonce de la fermeture de la papetière Northern Pulp le 20 décembre 2019.

Photo : Radio-Canada

La décontamination de l’estuaire de Boat Harbour, adjacente à la communauté mi'kmaq de Pitctou Landing et site le plus contaminé de la Nouvelle-Écosse, est l’une des prochaines étapes.

Je crois réellement que s’il laisse un héritage, cet héritage sera qu’il a fait la bonne chose à l’égard du racisme environnemental qui a touché la Première Nation de Pictou Landing, dit Andrea Paul.

D'après le reportage de Michael Gorman, CBC

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