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La Biosphère pourrait être transformée en campus écologique

Le gouvernement fédéral devrait prochainement se désengager de la gestion de la Biosphère. L'édifice serait géré dès l’année prochaine par la Ville de Montréal, a appris Radio-Canada.

Le parc Jean-Drapeau et sa Biosphère (vus des airs).

La Biosphère est située sur l'île Sainte-Hélène, au parc Jean-Drapeau. Elle a été construite par un architecte américain, dans le cadre de l'Exposition universelle de 1967.

Photo : iStock

La Biosphère va-t-elle enfin retrouver son lustre d’antan? « Emblème de Montréal », comme le clame l’écologiste Karel Mayrand, ce legs d’Expo 67, fermé actuellement, se retrouve une nouvelle fois plongé dans l'incertitude.

C’est très opaque, très flou, on ne sait rien, déplore un employé, qui a souhaité conserver l'anonymat, car il n’a pas l'autorisation de s’exprimer dans les médias.

Depuis des années, l’avenir de ce bâtiment historique, imaginé par l’Américain Buckminster Fuller, est en sursis. La faute en revient notamment à un budget et à des investissements jugés nettement insuffisants pour lui redonner pleinement vie.

Déjà prolongé d’un an en 2019, le bail d’exploitation, signé à l'origine pour 25 ans entre la Ville de Montréal et Ottawa, se termine à la fin de l’année. Et rien n’a encore été entériné. En attendant, aucune date de réouverture n’est prévue.

Selon des informations obtenues par Radio-Canada, les discussions ont néanmoins repris ces dernières semaines, après une pause liée à la gestion de la pandémie, pour trouver une nouvelle vocation à cette infrastructure, qui avait déjà été menacée de fermeture en 2013, sous le gouvernement fédéral conservateur.

On a de grands projets, mais on est en attente. On aimerait créer un campus écologique, indique Karel Mayrand, vice-président de la Société du parc Jean-Drapeau, en évoquant ce site, qui ne compte désormais plus qu’une dizaine d’employés.

Un musée consacré à l’environnement

Située sur l’île Sainte-Hélène, la Biosphère a vu le jour lors de l’Exposition universelle de 1967. Il s'agissait alors du pavillon des États-Unis. En 1976, un incendie accidentel a endommagé la structure, avant qu’un musée destiné à l’environnement n’y voie le jour en 1995. Tout en accueillant diverses expositions, l’établissement est actuellement consacré à l'écosystème Grands Lacs–Saint-Laurent.

Vers une gestion par Espace pour la vie

Même si Ottawa et Montréal se renvoient la balle au sujet d'un plan de financement, l’idée principale paraît entendue. Espace pour la vie, qui s’occupe déjà du Biodôme, du Planétarium, de l’Insectarium et du Jardin botanique, devrait reprendre la gestion de la Biosphère.

Ce dossier devrait être réglé cette année, glisse-t-on à la fois au cabinet de la mairesse Valérie Plante et dans l’équipe du ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, directement impliqué dans ce dossier, bien que la Biosphère soit actuellement gérée par Environnement Canada.

Officiellement, Ottawa reste néanmoins sobre dans ses commentaires, tout en confirmant cependant travailler à l’élaboration d’une vision d’avenir [qui] suit son cours.

Le gouvernement du Canada est conscient de la valeur patrimoniale de la Biosphère et de son mandat culturel et scientifique.

Moira Kelly, porte-parole du ministre de l’Environnement et du Changement climatique

Deux éléments semblent déjà faire consensus : rénover les infrastructures de la Biosphère et créer un campus environnemental, avec l’occupation de l’édifice Hélène-De Champlain, tout proche, fermé depuis une dizaine d’années, afin de préserver une vocation éducative et muséale, tout en mettant de l’avant l’expérimentation et la sensibilisation à la transition écologique.

Il faut soutenir la transition écologique et faire de Montréal un pôle international d’expertise. La Biosphère, c’est un grand symbole, c’est ce qu’il reste de plus emblématique d’Expo 67.

Karel Mayrand, vice-président de la Société du parc Jean-Drapeau

Le bâtiment Hélène-De Champlain, qui a accueilli par le passé un restaurant, pourrait ainsi être occupé dans les prochaines années par un organisme ou des chercheurs, avec l’objectif d’avoir des employés permanents dans ce lieu longtemps laissé à l’abandon.

Il y a du monde intéressé, assure Karel Mayrand, en parlant d'un échéancier de trois à cinq ans, pour adapter, transformer et aménager l’immeuble.

Vue aérienne de l'immeuble Hélène-De Champlain.

Le pavillon Hélène-De Champlain, sur l'île Sainte-Hélène, à Montréal

Photo : Getty Images / Sébastien St-Jean

Des négociations en cours

L’administration Plante a déjà envisagé une telle reconversion, en début de mandat.

Alors responsable des grands parcs et des grands projets, Luc Ferrandez souhaitait y attirer le Secrétariat des Nations unies sur la biodiversité, installé actuellement au centre-ville de la métropole. Le projet a été abandonné, le lieu étant jugé trop étroit.

Les administrations ont une décision à prendre, estime Luc Ferrandez, qui a depuis quitté ses fonctions.

Ce dernier reproche à l’ancien maire Denis Coderre d’avoir investi plusieurs dizaines de millions de dollars pour la création d’un amphithéâtre de 65 000 places à des fins privées, au détriment des installations existantes. Ce qu’il fallait, c’était restaurer les bâtiments en place et pas augmenter les offres de spectacles, estime l’ancien maire du Plateau-Mont-Royal.

Il faut absolument préserver l’usage de la Biosphère. Ils font actuellement des miracles, mais ça ne suffit pas. Il faut définir une mission claire.

Luc Ferrandez, ancien responsable des grands projets dans l’administration Plante

Le volet financier reste cependant au cœur des négociations entre la Ville de Montréal et Ottawa. Le gouvernement du Québec devrait également être sollicité, glisse-t-on du côté de la métropole.

Québec souligne qu'il ne l'a pas encore été. Cependant, le ministère de la Culture et des Communications a été partie prenante de la réflexion entourant l’avenir de la Biosphère et a collaboré avec ses partenaires municipaux et gouvernementaux à un comité de réflexion en 2019, reconnaît-il.

Des investissements totaux de plusieurs dizaines de millions de dollars seraient nécessaires. Il est également question d’un budget annuel de 8 à 12 millions, à répartir de façon égale entre les trois ordres de gouvernement.

La Ville attend pour le moment le montant de l’enveloppe que serait prêt à accorder le gouvernement fédéral.

Tout va dépendre de ce chiffre, selon le cabinet de Valérie Plante, qui insiste sur les difficultés financières que connaît la métropole depuis le début de la pandémie.

L'entourage du ministre Guilbeault rétorque qu'il attend un projet concret, tout en prônant un engagement clair pour assurer la pérennité du site.

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