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Éclosion de COVID-19 à Maple Leaf : les mises en garde de syndicalistes en Alberta

Une affiche extérieure montrant le logo de Maple Leaf.

Des syndicalistes qui ont vécu des éclosions de COVID-19 dans des usines en Alberta exhortent l'entreprise à fermer ses portes temporairement.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Des représentants syndicaux qui ont assisté à des éclosions de COVID-19 dans des usines de transformation de viande en Alberta estiment que l’usine de Maple Leaf Foods, à Brandon, au Manitoba, devrait fermer ses portes avant que les huit cas actuels ne donnent lieu à une épidémie.

Il n’y a pas de temps à perdre, lance Alexander Shevalier. Celui qui est le président du Conseil du travail du district de Calgary exhorte le Manitoba à agir avant qu’il ne soit trop tard.

Il vaut mieux contrôler l’éclosion plus tôt, pour ne pas avoir à fermer une usine pendant deux semaines et générer de l’anxiété dans la communauté, dit-il.

Il parle d’expérience : en Alberta, plus de 900 employés d’une usine de Cargill ont reçu des résultats positifs au test de dépistage de la COVID-19, et deux ont succombé à la maladie. Dans une autre usine de transformation de boeuf appartenant à l’entreprise JBS, 600 employés ont été infectés.

Combien d’infections supplémentaires doit-il y avoir pour que la compagnie prenne la situation au sérieux? demande-t-il. Combien d’autres cas pour que le Manitoba ne prenne la situation au sérieux? 10? 100? 1000?

Je pense qu’avec [les quatre cas en date de jeudi] on peut encore gérer ça assez facilement, mais je pense aussi que quatre cas, ça devrait sonner l'alerte pour que des tests soient effectués et s'assurer que la situation est maîtrisée.

La section locale 832 du Syndicat des travailleurs et des travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), qui représente 2000 employés de l’usine de Maple Leaf Foods de Brandon, a demandé cette semaine à l'entreprise de fermer ses portes au moins jusqu’au 10 août, après que quatre employés eurent contracté le virus.

Vendredi, le syndicat indique que le nombre d’employés infectés est maintenant de huit.

Le syndicat demande que les activités soient suspendues jusqu’à ce qu’on obtienne le résultat des tests de 60 autres employés.

Ne pas répéter l’exemple de l’Alberta

Ce qui s’est produit dans les usines de transformation de l’Alberta ne rassure pas le syndicat manitobain. Il a fallu des semaines pour que Cargill cède aux pressions et ferme son usine près de High River, où une éclosion était alors en voie de devenir la plus importante jamais observée dans une seule usine en Amérique du Nord.

Dans les jours qui ont précédé cette fermeture temporaire, le 20 avril, une inspection provinciale par vidéo a conclu que l’usine pouvait continuer ses activités. En même temps, les politiciens se montraient rassurants lors d’une rencontre téléphonique avec le personnel, en leur disant que leur lieu de travail était sécuritaire.

Plusieurs travailleurs ont par la suite accusé leur employeur de ne pas avoir tenu compte des règles de distanciation physique et d’avoir tenté de forcer des employés à revenir au travail alors qu’ils s’étaient auto-isolés.

L’Alberta n’a pas eu le monopole des éclosions dans des usines de viande. Ces entreprises sont devenues des lieux à risque de COVID-19 dans tout le continent, en partie parce qu’il est difficile d’y maintenir la distanciation physique dans les chaînes de production.

La réaction de la province

En conférence de presse jeudi, le médecin hygiéniste en chef de la province, Brent Roussin, a confirmé le nombre de cas à Brandon. Il a aussi ajouté que rien n’indiquait que le virus s’était répandu à l’intérieur de l’usine.

Si nous avons des éléments indiquant une transmission à l’intérieur de l’usine, cela sera préoccupant, a-t-il dit.

Maple Leaf Foods affirme qu’elle se penche sur ces cas alors que les employés touchés sont à la maison. L’entreprise ne pense pas cesser sa production entre-temps.

Nous continuons nos activités dans l’usine de Brandon tant que nous croyons être en mesure de fournir un environnement sécuritaire pour nos employés pendant qu’ils sont au travail, indique la compagnie dans une déclaration écrite.

Maple Leaf Foods a précisé en fin de journée, jeudi, que des représentants de la santé publique et de l’Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) ont inspecté l’usine dans la journée.

La santé publique et l’ACIA appuient notre décision de poursuivre nos activités, indique Maple Leaf Foods.

Aucun des huit employés ayant contracté la maladie ne travaille dans la chaîne de production, selon le syndicat.

Le président de la section locale du syndicat des TUAC à l’usine de Cargill en Alberta rappelle que, là-bas aussi, l’éclosion a commencé par une poignée de personnes infectées. Il était difficile au début de déceler l’origine des cas et d’établir le lien communautaire, dit Thomas Hesse.

Selon lui, Maple Leaf Foods a fait ce qu'il fallait en se procurant de l’équipement de protection personnelle, en échelonnant les pauses des employés et en rendant obligatoire la prise de la température.

Il estime que les efforts de l’entreprise sont louables. Maple Leaf est à la croisée des chemins, dit-il cependant. Et la bonne chose à faire est de fermer temporairement l'usine, selon lui.

Des experts qui cherchent à comprendre comment ces usines deviennent des incubateurs pour le virus pensent que la proximité des employés joue un rôle, ainsi qu’un système de ventilation conçu pour contrôler l’odeur et éviter que la viande ne pourrisse.

Nous constatons la présence de foyers d’infection dans un domaine très spécifique de l’industrie, explique l’épidémiologiste winnipégoise et fondatrice d'EPI Research, Cynthia Carr. Nous devons y regarder de plus près et aussi tirer des leçons des secteurs où il n’y a pas de ces foyers d’éclosion.

Thomas Hesse espère que ce qui s'est passé à Cargill ne se répétera pas ailleurs. Il a parlé aux familles qui ont perdu des proches simplement parce que ces derniers étaient allés travailler. Il connaît des travailleurs asymptomatiques qui se sentent coupables d’avoir répandu la maladie. Dans un autre cas, une jeune mère de famille a été forcée de s’isoler dans son garage pendant que ses enfants pleuraient dans la maison.

Voici son message pour Maple Leaf : Quand il y a un certain nombre de cas de COVID-19, il faut prendre du recul et faire ce qui s’impose.

D'après des informations d'Ian Froese

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