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Après la tragédie du port, les Libanais craignent une pénurie de pain

Du maïs répandu par terre, près de silos éventrés.

Des tonnes de maïs et d'autres céréales se sont répandues après que les silos du port de Beyrouth ont été détruits par l'explosion.

Photo : Getty Images / AFP/JOSEPH EID

Agence France-Presse

Du blé se répand hors de silos éventrés, se mélangeant à la suie, aux débris et au ciment : l'explosion au port de Beyrouth a touché les plus grands silos de céréales du Liban, provoquant la panique parmi la population qui craint une pénurie de pain.

La destruction du port de la capitale a encore restreint l'accès à la nourriture d'une population qui importe 85 % de ses besoins alimentaires, dont le blé nécessaire à la production des galettes de pain, indispensables à chaque repas libanais et vendues aujourd'hui au prix subventionné de 2000 livres libanaises (1,90 $ CA) le paquet de 900 grammes.

Lorsque nous avons vu les silos, nous avons paniqué, reconnaît Ghassan Bou Habib, PDG de la chaîne de boulangeries Wooden Bakery.

Quelque 15 000 tonnes de blé, de maïs et d'orge entreposées dans les imposants silos, vieux de 55 ans, ont été projetées par l'explosion et une minoterie voisine a été détruite.

Tant les boulangeries que les consommateurs craignent que la destruction des silos, d'une capacité de 120 000 tonnes, n'aggrave une éventuelle pénurie de blé.

Une crise de liquidités depuis l'automne a réduit les importations, les banques ayant interrompu les transferts à l'étranger.

L'activité des conteneurs avait déjà baissé de 45 % au premier semestre 2020 par rapport à l'année dernière, selon la Blominvest Bank, tandis que la dévaluation rapide de la livre libanaise a entraîné une hausse vertigineuse des prix.

Nous avions déjà des difficultés avec le peu de farine et de blé disponible. Les minoteries n'en avaient pas assez ou n'avaient pas de carburant pour fonctionner.

Ghassan Bou Habib, PDG de Wooden Bakery

Même avant l'explosion, les 50 succursales de la chaîne Wooden Bakery ne recevaient que les deux tiers des 70 tonnes de farine nécessaires au quotidien.

Maintenant, notre cuisine centrale ne produit plus assez pour remplir les rayons, dit M. Bou Habib.

Ruée dans les commerces

Au lendemain de l'explosion, des clients paniqués se sont précipités par centaines à la boulangerie des Capucins, dans le quartier commerçant de Hamra.

Nous avons tout vendu. Chacun achetait cinq paquets de pain au lieu d'un seul, au cas où il y aurait une pénurie. Le pain est la seule chose qui peut rassasier les pauvres : nous ne sommes pas assis à manger un steak avec une fourchette et un couteau.

Haïdar Moussaoui, employé à la boulangerie des Capucins

Des responsables ont tenté d'atténuer les craintes des Libanais, affirmant que le pays avait des stocks de blé suffisants pour un mois et que de nouvelles cargaisons arriveraient cette semaine à travers les ports de Tripoli dans le nord et Saïda dans le sud.

Mais les silos manquent, fait remarquer Moussa Khoury, un entrepreneur agricole qui a géré le stockage des céréales de Beyrouth de 2014 à 2017.

Rien n'est comparable au port de Beyrouth, où les céréales étaient déchargées des bateaux ou retirées des silos 24 heures sur 24, ajoute-t-il, prédisant d'énormes problèmes dans les prochains mois.

Les ports de Tripoli et Saïda sont plus petits, ce qui signifie que le déchargement sera plus long et plus coûteux et pourrait se répercuter sur le prix du pain, ajoute-t-il.

Les propriétaires de meuneries ont déjà calculé que le transport du blé par camion depuis Tripoli, à 80 km au nord de Beyrouth, coûterait 6 $ de plus par tonne, déclare Arslan Sinno, président de Dora Mills.

Qui payera? Nous?, demande-t-il amèrement.

Arslan Sinno explique à l'AFP que les stocks dans les silos et les minoteries étaient déjà à la baisse en raison des délais de paiement de la Banque centrale aux fournisseurs étrangers.

D'autres fournisseurs peuvent ne plus vouloir venir en raison de problèmes de sécurité, ajoute-t-il.

Tirer la sonnette d'alarme

L'Agence des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) a aussi tiré la sonnette d'alarme après l'explosion de Beyrouth, affirmant mercredi craindre à brève échéance, un problème de disponibilité de farine.

Depuis des mois, des initiatives comme celle de la Banque alimentaire libanaise distribuent des rations aux familles dans le besoin, dont du pain offert par certaines des minoteries et boulangeries aujourd'hui touchées de plein fouet.

Depuis l'explosion mardi, des volontaires de la Banque alimentaire libanaise (LFB) sont sur le pont, distribuant des sandwichs et des repas aux familles dont les habitations ont été endommagées, affirme Souha Zeaiter, sa directrice exécutive. Mais même son initiative peut être affectée.

Une boulangerie qui donnait 500 paquets de pain par jour à la LFB avant le drame l'a avertie qu'elle ne pouvait pas donner plus en raison de la pénurie de farine.

Nous étions déjà confrontés à la COVID-19 et à la crise économique, et puis ce désastre est arrivé, dit Souhai Zeaiter à l'AFP. C'était la cerise sur le gâteau.

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