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Caledonia et les Six Nations : une nouvelle crise sous un air de déjà-vu

Des choses brûlent au milieu d'une route. Des gens regardent autour.

Le 5 août, les manifestants ont bloqué l'autoroute 6 après l'intervention de la police provinciale sur le site de McKenzie Meadows.

Photo : Radio-Canada / Dan Taekema

Quelques mois après le blocage ferroviaire à Tyendinaga dans la foulée des mouvements de soutien aux Wet'suet'en, l’Ontario connaît à nouveau une crise autochtone. Des membres des Six Nations de la rivière Grand occupent un site de construction depuis plus de deux semaines. 

La police provinciale est intervenue mercredi (une balle antiémeute en caoutchouc a même été tirée sur un manifestant), mais les défenseurs du territoire, comme se nomment les manifestants, sont retournés occuper le site d’un développement résidentiel depuis. 

Jeudi après-midi, on pouvait apercevoir sur le site de construction des banderoles indiquant que le territoire est aux Mohawks, quelques véhicules et des tentes notamment. 

On est de retour en 2006, indique d’emblée Colleen Davis, une résidente de la communauté des Six Nations de la rivière Grand.

La femme qui soutient les manifestants fait référence à cet épisode survenu il y 14 ans, lorsque les membres de la nation avaient aussi occupé des terrains destinés à un projet de développement immobilier.

Le gouvernement provincial de l’époque avait finalement donné des millions en compensation aux gens derrière le projet immobilier, sans que ce dernier soit réalisé. 

Un nouveau projet de construction d’un quartier, nommé McKenzie Meadows, a été approuvé il y a quelques années sur un terrain réclamé par des membres des Six Nations.

Opposition entre le conseil traditionnel et le conseil élu

L’aménagement du site destiné à la construction avait débuté depuis peu lorsque des manifestants ont décidé de s’y installer, il y a un peu plus de deux semaines. 

Jeudi, Doug Ford s'est montré ouvert au dialogue : Asseyons-nous, parlez-moi, j'écoute, a-t-il clamé lors de sa conférence de presse quotidienne sur la COVID-19.

Il s'est dit en revanche déçu par le blocage du site de construction, la mise en place de barricades enflammées et les échauffourées qui ont eu lieu entre certains manifestants et les forces de l'ordre la veille.

Ce n'est pas correct. J'ai énormément de respect pour ces communautés, mais cela doit aller dans les deux sens. (...) Pensez aux personnes qui ont investi toutes leurs économies pour s'acheter une maison. Il s'agit de vivre ensemble.

Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

La problématique au centre de tout ça est encore la même; les entrepreneurs immobiliers signent des ententes avec notre conseil de bande élu, qui ne détient pas les titres de nos terres, soutient Mme Davis. 

Elle croit que c’est plutôt avec le conseil traditionnel que les développeurs devraient négocier.

Son mari, Colin Davis, va encore plus loin par rapport au territoire.

Ce territoire nous appartient grâce au traité de Haldimand. On ne l’a jamais vendu à qui que ce soit. C’est l’histoire, on a de la documentation pour le prouver, explique-t-il. 

Un air de déjà-vu

Le présent projet immobilier est aussi problématique parce qu’il se trouve de l’autre côté de la route du projet de 2006, ajoute Mme Davis, qui estime que les développeurs devraient s'asseoir avec le conseil traditionnel. 

Mme Davis croit que les manifestants sont prêts et déterminés à rester sur les lieux encore longtemps. 

Pendant notre entrevue, un homme s’arrête en voiture à côté de nous, pour nous dire qu’il vient d’aller donner des pizzas aux gens qui occupent le site de construction.

La police provinciale, de son côté, indique qu’elle garde le dialogue ouvert, en espérant trouver un dénouement pacifique. 

Le développeur, l’entreprise Losani Homes, confirme dans un courriel pour sa part qu'il a toujours l’intention d’aller de l’avant dans son chantier. 

Ce n’est pas la première fois que des conflits surviennent entre les partisans du conseil de bande élu et ceux du conseil traditionnel. L’an dernier, des résidents anti-conseil de bande avaient bloqué les locaux du conseil pendant plus d’un mois. 

Des solutions possibles

Pour Daniel Stevens, un enseignant autochtone de la nation Nipissing, des solutions sont possibles. 

Il faut qu’on sorte de l’idée européenne... Et qu’on réalise qu’on [les Autochtones] veut être reconnus comme un peuple distinct, estime-t-il. 

Celui qui travaille pour la réconciliation rappelle que le fonctionnement du conseil traditionnel de la confédération Haudenosaunee est basé sur un modèle qui existe depuis des milliers d’années, bien avant la création du Canada. 

Le Canada ne reconnaît pas ce niveau de gouvernement là et c’est pour ça qu’il y a des conflits comme ça

Daniel Stevens, enseignant de la nation Nipissing

Selon lui, le gouvernement fédéral devrait revoir la Loi sur les Indiens, qui a notamment imposé les conseils de bande élus aux nations autochtones. 

Il croit aussi que le gouvernement fédéral doit respecter les traités, souvent signés par les conseils traditionnels, avant la fondation du pays. 

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