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Washington impose de nouveau des tarifs douaniers de 10 % sur l’aluminium canadien

Ottawa a réagi en assurant que le Canada imposerait des contre-mesures « de valeur égale ».

Un travailleur inspecte une feuille d'aluminium.

Un travailleur de l'aluminium dans une usine nord-américaine.

Photo : Associated Press / Daniel R. Patmore/Associated Press

Radio-Canada

Le président Donald Trump a annoncé jeudi que les États-Unis rétabliront des droits de douane de 10 % sur les importations d’aluminium en provenance du Canada. Quelques heures plus tard, Ottawa annonçait son intention « d’imposer rapidement des contre-mesures de valeur égale ».

Il y a plusieurs mois, mon administration avait promis de lever ces tarifs en échange de la promesse que le Canada n'inonderait pas notre pays avec ses exportations et qu'il ne ferait pas disparaître tous nos emplois dans l'aluminium. Or, c'est précisément ce qu'il a fait, a déclaré le président lors d'une visite dans une usine de Whirlpool, en Ohio.

En mai 2018, les États-Unis avaient imposé au Canada des droits de douane de 25 % sur les importations d'acier et de 10 % sur les importations d'aluminium, alors que les deux pays étaient en train de renégocier l'accord de libre-échange nord-américain. Ces tarifs punitifs avaient été abandonnés un an après.

La signature de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) n’a pourtant pas éliminé la perspective d’une guerre de tarifs entre le Canada et les États-Unis.

Un certain nombre d'entreprises américaines se sont récemment plaintes d'une augmentation soudaine des importations canadiennes d'aluminium aux États-Unis.

Les alumineries canadiennes ont dû ralentir la cadence depuis le début de la pandémie. La demande en produits fins a chuté, contraignant les producteurs à se tourner vers l'aluminium primaire, plus générique, et à l'expédier vers les États-Unis.

Pour justifier le retour des droits de douane sur l'aluminium, le président américain a mis en avant la protection de l'industrie et des emplois, son credo de campagne. Il continue ainsi de brandir l'arme du protectionnisme face au déficit commercial massif des États-Unis.

Il a évoqué jeudi une mesure absolument nécessaire pour défendre l'industrie américaine, promettant de tout mettre en oeuvre pour lutter contre les pratiques commerciales déloyales.

Le Canada profitait de nous, comme d'habitude, a accusé M. Trump, ajoutant que le commerce américain de l'aluminium avait été décimé par le Canada.

C'est très injuste pour nos emplois et nos formidables travailleurs de l'aluminium.

Donald Trump

M. Trump a précisé que l'imposition de droits douaniers au Canada avait été recommandée par le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer.

Ce dernier avait évoqué en juin lors d'une audition au Congrès la possibilité d'avoir recours à l'article 232 du Trade Expansion Act de 1962 pour imposer l'application de nouveaux tarifs punitifs aux secteurs canadiens de l'acier et de l'aluminium. Cet article permet l'imposition de tarifs, si cela est jugé nécessaire pour la sécurité nationale des États-Unis.

Le Canada riposte

Dans un communiqué publié en soirée, la vice-première ministre Chrystia Freeland s'est opposée à l'imposition de tarifs et aux motifs invoqués par les États-Unis.

L’aluminium canadien ne compromet pas la sécurité nationale des États-Unis. L’aluminium canadien renforce la sécurité nationale des États-Unis depuis des décennies dans le cadre d’une coopération inégalée entre nos deux pays. Le Canada est un fournisseur fiable d’aluminium pour les fabricants américains générateurs de valeur ajoutée, dit Mme Freeland.

Justin Trudeau a confirmé sur Twitter que le Canada imposerait des contre-mesures « de valeur égale ».

Mme Freeland a ajouté que cette mesure est injustifiée et inacceptable.

En période de pandémie mondiale et de crise économique, la dernière chose dont les travailleurs canadiens et américains ont besoin est l’imposition de nouveaux tarifs douaniers qui augmenteront les coûts pour les fabricants et les consommateurs et qui nuiront à la libre circulation des échanges commerciaux et aux économies des provinces et des États.

En juillet, le premier ministre Justin Trudeau avait pourtant demandé au président américain d'y réfléchir à deux fois avant d'imposer de nouveaux tarifs sur l'aluminium canadien. Il avait alors plaidé que les alumineries canadiennes, ralenties par la pandémie, reviendraient bientôt à la production d'aluminium spécialisé, à valeur ajoutée, pour le secteur automobile américain.

À la fin de juillet, l'Association de l'aluminium du Canada a déclaré que les exportations d'aluminium standard avaient diminué de près de 40 % au cours des deux derniers mois, et a soutenu que la mise en place de mesures telles que des tarifs douaniers par le gouvernement américain ne [fera] qu'augmenter les prix payés par les fabricants nord-américains et les consommateurs qui achètent leurs produits.

Environ 84 % des exportations canadiennes d’aluminium prennent la direction des États-Unis. Le Canada est le quatrième producteur mondial d'aluminium, avec 2,8 millions de tonnes métriques produites en 2019.

Des tarifs décriés

Le président Trump a déclenché les hostilités par son annonce et n'a pas tardé à soulever un tollé au sein de l'industrie de l'aluminium, tant au Canada qu'aux États-Unis.

Premiers outrés, les syndicats ont uni leur voix pour demander des représailles immédiates contre le retour des tarifs américains. Unifor, qui représente 4000 travailleurs dans le secteur de l’aluminium au Québec et en Colombie-Britannique, a demandé une réaction commerciale rapide et agressive de la part du gouvernement Trudeau.

Le syndicat des Métallos (affilié à la FTQ) a lui aussi réclamé une riposte : La réapparition de cette surtaxe bidon sur l'aluminium canadien menace maintenant des milliers d'emplois au Canada, a regretté Ken Neumann, directeur des Métallos.

Les producteurs d'aluminium canadiens souscrivent à des pratiques commerciales loyales et ne posent aucune menace à la sécurité nationale des États-Unis, a ajouté Dominic Lemieux, directeur de la section québécoise des Métallos.

L’Association de l’aluminium du Canada s'est ralliée aux demandes de représailles, se disant très déçue par la décision du président américain, qui constituera selon elle un frein à la relance de l'économie et au déploiement de l'ACEUM aux frais des consommateurs américains.

Un avertissement qui fait écho à celui de la Chambre de commerce américaine, laquelle a également prévenu Donald Trump qu'imposer une nouvelle fois des droits de douane de 10 % sur certains produits canadiens en aluminium augmentera les coûts pour les fabricants américains.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a interpellé son homologue fédéral Justin Trudeau, sur Twitter, et lui a réclamé à son tour des représailles douanières.

Son ministre de l'Économie, Pierre Fizgibbon, a renchéri en qualifiant l'annonce d'injustifiée et en prédisant qu'elle fera mal au secteur manufacturier des deux côtés de la frontière.

Le Bloc québécois a lui aussi demandé au gouvernement fédéral d'imposer des contre-tarifs douaniers, d'investir les revenus provenant de ces contre-tarifs dans la modernisation et la transformation de l'aluminium au Québec et de rendre compte rapidement de l'état des sommes prélevées lors du dernier conflit et de son usage, tout en réservant les sommes résiduelles au secteur de l'aluminium du Québec.

Quant au Parti conservateur, il a préféré s'en prendre à Justin Trudeau plutôt qu'à Donald Trump. Le gouvernement Trudeau met le Canada dans une position plus faible pour contester ces tarifs en raison des concessions faites lors de la dernière ronde de négociations commerciales. Le Canada peut riposter uniquement sur les mêmes produits, ce qui désavantage notre pays sur le plan stratégique, ont déclaré les députés Richard Martel, Richard Hoback, Leona Alleslev et Collin Carrie dans un communiqué.

Avec les informations de Agence France-Presse, La Presse canadienne, et Reuters

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