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Plus de 250 000 $ pour satisfaire les besoins d'intimité de Julie Payette à Rideau Hall

La gouverneure générale semble mal à l'aise avec la présence constante d'employés, d'éléments de la GRC assurant sa sécurité, et, dans une certaine mesure, de membres du public.

Julie Payette inspecte la garde d'honneur lors d'une cérémonie à Rideau Hall, à Ottawa, le 2 octobre 2017.

Des sources ont indiqué que les coûts dont il est question vont bien au-delà des dépenses habituelles.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Radio-Canada

Les contribuables ont dépensé des centaines de milliers de dollars pour satisfaire le désir de la gouverneure générale Julie Payette de protéger sa vie privée à Rideau Hall, même si, près de trois ans après le début de son mandat de cinq ans, elle n'a toujours pas emménagé dans sa résidence officielle.

CBC News a appris de nouveaux détails sur les coûts encourus pour satisfaire les exigences de Julie Payette avant qu'elle n'accepte d'y emménager. Deux projets en particulier ont coûté au total quelque 257 500 $.

L'un, visant la conception d'un escalier privé qui n'a jamais été construit, a coûté environ 140 000 $, et l'autre, prévoyant un portail et une série de portes pour empêcher les gens de s'approcher du bureau de Julie Payette, a coûté plus de 117 500 $, selon la Commission de la capitale nationale (CCN), qui gère la résidence officielle du gouverneur général.

Ces dépenses vont bien au-delà des coûts habituels de transition liés à la résidence d'un nouveau gouverneur général, qui impliquent normalement un peu de peinture et de nouveaux meubles, selon de multiples sources connaissant le dossier. Ces sources ont requis l'anonymat, parce qu'elles ne sont pas autorisées à discuter publiquement des requêtes de Rideau Hall.

La liste des dépenses encourues brosse le portrait d'une gouverneure générale mal à l'aise avec la présence constante d'employés, d'éléments de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) assurant sa sécurité et, dans une certaine mesure, de membres du public. Les gouverneurs généraux doivent renoncer en partie à leur vie privée lorsqu'ils assument ce rôle.

La majeure partie des espaces verts de Rideau Hall sont ouverts aux visiteurs, qui peuvent se promener librement dans ce qui est considéré dans la capitale nationale comme un parc public. L’été, les pique-niques familiaux et les matchs de football improvisés sont monnaie courante.

Mais Julie Payette voulait aller et venir sans que personne ne la voie, a indiqué une source ayant participé à l'élaboration des plans de l'escalier.

Julie Payette.

La gouverneure générale Julie Payette lors du discours du Trône au Sénat, à Ottawa, le 5 décembre 2019

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Selon de multiples sources, Mme Payette n'aime pas avoir les employés d'entretien dans son champ de vision. Même les agents de la GRC payés pour la protéger ne sont plus autorisés à se tenir directement devant la porte de son bureau et doivent se cacher dans une pièce au bout du couloir, a signalé une source bien au fait du dossier. Seuls quelques membres de son personnel peuvent maintenant approcher de son bureau.

La CCN a indiqué que ces projets avaient été menés à la demande de Rideau Hall. Ces sommes s'ajoutent aux 2,4 millions de dollars que la CCN a déjà dépensés en 2018 pour des travaux qui étaient prévus dans l'aile Monck, qui abrite une partie importante des quartiers privés et des bureaux officiels de Rideau Hall.

Ces rénovations incluaient un nouveau système de chauffage et de climatisation, un nouveau mobilier, des dispositifs d'éclairage de même que des rénovations totalisant 290 000 $ pour rendre la salle de bain de l'administration accessible à tous.

L'attachée de presse de Mme Payette, Ashlee Smith, a affirmé que le cadre de vie de Mme Payette n'était pas d’intérêt public.

Certaines questions n'ont toujours pas été réglées concernant l'accessibilité et l'intimité dans l'espace de vie fourni à la gouverneure générale à Rideau Hall, a précisé Mme Smith dans une déclaration qu'elle a fait parvenir à CBC News.

L'intérêt pour ces questions semble contraire à la notion de respect de la vie privée.

Ashlee Smith, attachée de presse de la gouverneure générale

La responsable des communications à Rideau Hall, Julie Rocheleau, a pour sa part déclaré qu'il y avait encore d'importants problèmes d'accessibilité, de vie privée et de sécurité, surtout à la lumière de l'atteinte à la sécurité survenue le 2 juillet.

À cette date, Corey Hurren aurait alors conduit un camion sur les terrains de Rideau Hall, puis marché en direction du domicile du premier ministre Justin Trudeau avec quatre armes à feu chargées, selon la GRC. Il fait face à 22 chefs d’accusation.

La gouverneure générale appelle la population à suivre les consignes de santé publique.

L'entrée principale de Rideau Hall, résidence de la gouverneure générale du Canada

Photo : Cplc Mathieu Gaudreault, Rideau Hall

Réticence à vivre à Rideau Hall

Selon de nombreuses sources, ces trois années ont été difficiles pour le personnel de la CCN qui traite directement avec Rideau Hall. Mme Payette aurait interpellé certains employés au sujet de bruits liés aux travaux et les aurait interrogés sur ce qu’ils faisaient. Certains travailleurs auraient trouvé ce traitement humiliant et en auraient été ébranlés.

Les médias ont fait grand cas de la réticence de Julie Payette à vivre à Rideau Hall depuis son entrée en fonction en octobre 2017. Des sources ont souligné qu'elle n'aime pas l'idée que des employés et des visiteurs puissent aller et venir là où elle habite.

Le National Post écrivait récemment que Julie Payette est une personne très réservée, qui s'accommode mal de certaines des exigences accompagnant ses fonctions de gouverneure générale.

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, Mme Payette a travaillé à sa propre résidence, près de Mirabel, au nord de Montréal, ce qui signifie que des agents de la GRC doivent se déplacer et séjourner dans des hôtels, selon une source.

Elle réside le plus souvent dans une résidence pour visiteurs de quelque 8500 pieds carrés, située tout près de Rideau Hall, comme l’a rapporté le quotidien Ottawa Citizen, ce qui implique qu’Affaires mondiales Canada ne peut plus l'utiliser pour accueillir des chefs d'État et d'autres dignitaires étrangers. Il est également plus coûteux de faire fonctionner la maison à longueur d'année, d'après une source.

Julie Payette avait initialement emménagé dans cette résidence en raison des travaux à Rideau Hall, selon le Globe and Mail. Ces rénovations ont été achevées en mars 2018, mais la gouverneure générale a demandé d'autres travaux afin de rendre l'édifice plus accessible aux personnes ayant des problèmes de mobilité, selon le quotidien.

Nathan Tidridge, vice-président de l'Institut pour l'étude de la Couronne au Canada, au Collège Massey, estime important que la gouverneure générale vive à Rideau Hall. Il insiste sur la valeur symbolique de l'endroit.

C'est une occasion manquée, regrette-t-il. Il n'y a rien qui cloche à Rideau Hall, c'est un bel endroit. Il est important que la gouverneure générale ne l'utilise pas seulement pour des événements.

Pour les gens qui visitent Rideau Hall, il importe que ce soit considéré comme la résidence de la gouverneure générale et pas seulement comme un lieu de travail.

Nathan Tidridge, vice-président de l'Institut pour l'étude de la Couronne au Canada
Julie Payette se tient à côté d'une étagère contenant des souvenirs de sa carrière d'astronaute, comme des modèles de fusées miniatures, dans son bureau de Rideau Hall, dans lequel on voit un drapeau canadien.

Le bureau de Julie Payette à Rideau Hall, photographié en décembre 2018, contient plusieurs souvenirs de sa carrière d'astronaute, dont une banderole de la NASA avec l'inscription « J'ai besoin de mon espace ».

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Une chatière devenue un escalier

CBC News a consulté un document résumant une réunion tenue le 5 octobre 2018 entre Rideau Hall, le Bureau du Conseil privé et la CCN pendant laquelle il avait été convenu que Julie Payette emménagerait dans les quartiers privés au plus tard le 1er juillet 2019.

La CCN devait réaliser une série de travaux, dont le projet d'escalier, pour rendre la résidence officielle habitable pour Mme Payette.

Au début de son mandat, Mme Payette voulait une porte pour que ses chats puissent sortir des quartiers d'habitation du deuxième étage et aller à l'extérieur. L'idée a ensuite évolué pour devenir un projet de sortie privée pour Mme Payette, selon des sources.

La CCN a engagé un cabinet d'architectes pour ébaucher les plans, qui comprenaient un petit palier en haut des escaliers où elle pourrait s'asseoir seule à l'extérieur, selon des sources connaissant le projet.

La CCN a indiqué que Rideau Hall a de plus demandé une étude sur la sécurité incendie qui a coûté 16 500 $.

Une équipe composée de fonctionnaires et d'employés d'entreprises externes a travaillé sur le projet pendant des mois, en respectant un processus d'approbation rigoureux, selon les sources de CBC.

Mais l'escalier n'a jamais été construit. Après 138 654 $ de travaux, Rideau Hall a interrompu le projet en avril 2019, avant que la construction ne commence.

L'attaché de presse de la gouverneure générale a déclaré que Rideau Hall avait suspendu les travaux après avoir appris le coût total du projet. La CCN estimait le coût de construction de la structure à environ 271 000 $.

Après que le design et le coût d'origine eurent été révélés à [Rideau Hall], il a été décidé qu'une analyse plus approfondie devait être entreprise pour s'assurer que tout travail effectué permettrait d’atteindre un équilibre entre la sécurité et la rentabilité, a déclaré Mme Smith.

Julie Payette et Justin Trudeau marchent dans le hall du parlement.

Julie Payette, au moment d'être nommée gouverneure générale, le 2 octobre 2017, à Ottawa, en compagnie du premier ministre Justin Trudeau.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Une porte d'accès restreint

Rideau Hall a aussi demandé à la CCN d'embaucher une entreprise pour modifier deux portes du bâtiment principal afin de rendre les cartes d'accès obligatoires pour entrer en plus de payer plus de 72 000 $ à une autre entreprise pour installer une structure dans le couloir menant au bureau de Mme Payette. Réservée à certains employés, la porte d'accès comporte deux panneaux vitrés qui s'ouvrent et se ferment.

Plusieurs sources ont affirmé que la GRC n'avait pas requis ce projet pour des raisons de sécurité, puisque des services de protection sont fournis en permanence à Mme Payette. La police fédérale a indiqué à CBC News ne pas avoir pas engagé de dépenses.

L'attachée de presse de la gouverneure générale a affirmé que le chef de la sécurité de Rideau Hall avait fait sa propre évaluation et jugé nécessaire de contrôler l'accès à la résidence. Il a fait installer le système pour la sûreté et la sécurité de tout le personnel, a assuré Mme Smith. Nous sommes heureux d'avoir pris cette mesure, en particulier à la lumière de l'atteinte à la sécurité à Rideau Hall au début du mois de juillet.

Il est d'autant plus important d'évaluer les mesures en place, afin de s'assurer que tous les employés et visiteurs de Rideau Hall puissent accéder aux terrains et à la résidence sans crainte, a-t-elle soutenu.

Des dépenses troublantes

Barbara Messamore, professeure agrégée d'histoire à l’Université de Fraser Valley, en Colombie-Britannique, et auteure d'un livre sur les gouverneurs généraux du Canada, qualifie ces dépenses de regrettables et de troublantes.

D'après elle, ces projets auraient dû être annulés avant que de telles sommes ne soient dépensées.

C'est beaucoup d'argent pour apporter des changements permanents à un bâtiment historique destiné à tous les gouverneurs généraux qui serviront après elle, a estimé Mme Messamore. Que de telles dépenses soient destinées au confort d'une seule gouverneure générale, c'est regrettable.

Mme Messamore a dit comprendre le souhait de Julie Payette de préserver sa vie privée, mais elle a souligné qu'un gouverneur général a un rôle public et que Rideau Hall est un endroit également public.

Il s'agit effectivement d'un lieu historique national ouvert au public, qui a été la résidence officielle et le lieu de travail de tous les gouverneurs généraux.

C'est un rôle très public, vous travaillez et vivez dans les mêmes quartiers, explique-t-elle. Des touristes y passent.

Je pense que si vous êtes quelqu'un qui a un grand besoin d'intimité, ce n'est peut-être pas une combinaison idéale.

Barbara Messamore, professeure agrégée d'histoire à l’Université de Fraser Valley

Mme Messamore a estimé qu'une partie du rôle de la représentante de la reine est de préserver la dignité de son bureau.

Toutes ces dépenses, comme les allégations de harcèlement formulées à l’encontre de Mme Payette et de son bras droit, portent atteinte à la dignité de ce bureau, estime-t-elle.

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