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Une vie en suspens pour des milliers de réfugiés parrainés par des Canadiens

Une femme et deux enfants montent à bord d'un avion.

Des milliers de réfugiés parrainés sont en attente d'une réinstallation au Canada.

Photo : La Presse canadienne / Petros Giannakouris

Thalia D’Aragon-Giguère

L’arrivée au pays de milliers de réfugiés parrainés par des Canadiens a été suspendue en raison des restrictions de voyage imposées en réponse à la pandémie.

Il était prêt, puis tout a été annulé, se désole Deborah Childs qui espérait parrainer ce printemps un jeune réfugié syrien du nom de Joram* (nom fictif) à qui Radio-Canada a accepté d'accorder l'anonymat par crainte de représailles.

Cela fait plus d’un an que le groupe de parrainage de Mme Childs, associé à l’église communautaire Bridge de Markham, prépare l'arrivée de Joram en Ontario, mais en vain.

Deborah Childs pose devant la caméra.

Deborah Childs s'implique activement dans le parrainage privé de réfugiés à Markham depuis 2016.

Photo : Gracieuseté de Deborah Childs

Le 26 mars dernier, son vol au départ de Beyrouth a été annulé en raison de l'annonce de la fermeture des frontières canadiennes aux étrangers. Joram devait quitter la capitale libanaise, où il a trouvé refuge temporairement afin de s’envoler vers le Canada.

Je n'ai été informé que 10 jours avant la date prévue de mon vol, mentionne-t-il par échange de courriels. Pour être honnête, j’étais extrêmement déçu.

Depuis la mi-mars, seuls les citoyens canadiens et les résidents permanents peuvent entrer au pays. Certaines exceptions ont toutefois été faites pour les travailleurs étrangers temporaires, les étudiants internationaux et les membres de la famille immédiate, notamment.

C’est injuste, affirme Deborah Childs. Elle explique que les réfugiés parrainés officialisent leur statut de résidence permanente au moment de leur arrivée sur le sol canadien.

Cela aurait été une option beaucoup plus sécuritaire pour lui, affirmait-elle quelques jours seulement avant les explosions tragiques qui ont dévasté une partie du centre-ville de Beyrouth.

Joram s'en est sorti indemne, bien que secoué par les événements. La situation au Liban est très difficile, souligne-t-il. Ça prend une grande foi pour surmonter cette épreuve.

Un contexte imprévisible

Des milliers de réfugiés parrainés se retrouvent aujourd'hui coincés entre deux mondes, en attente de pouvoir s'installer au Canada.

On s’attendait à recevoir 21 000 réfugiés parrainés dans le secteur privé cette année, indique Lidia Jarmasz, formatrice au programme de formation sur le parrainage privé des réfugiés.

Elle précise qu'environ 2500 d'entre eux sont arrivés au Canada entre les mois de janvier et mai 2020. La quasi-totalité a rejoint le pays avant la fermeture des frontières canadiennes.

C’est certain qu’on a un retard énorme. On craint de ne pas atteindre la cible cette année.

Une citation de :Lidia Jarmasz, formatrice au programme de formation sur le parrainage privé des réfugiés

Ces délais supplémentaires s’ajoutent à un système de parrainage lourdement éprouvé par des procédures administratives qui peuvent s'étendre sur une période de deux à trois ans en temps normal.

Denise Otis, cheffe de bureau au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, explique que la crise sanitaire empêche entre autres les arrivées groupées dans les aéroports.

Denise Otis parle dans un micro lors d'une émission diffusée à la radio.

Denise Otis est cheffe de bureau au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, à Montréal (archives).

Photo : Radio-Canada / Philippe Couture

Parfois, il y a des groupes de 30 à 60 personnes réfugiées, sinon plus, qui peuvent arriver d’un seul coup, raconte-t-elle. Je doute que ceci puisse arriver dans ces circonstances.

Beaucoup de gens qui auraient pu arriver durant cette période se retrouvent dans des situations assez pénibles.

Une citation de :Denise Otis, cheffe de bureau au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés

Selon Mme Otis, le contexte de pandémie est très angoissant pour les réfugiés qui attendent leur vol d’entrée au Canada.

Les gens vivent non seulement avec l’incertitude de savoir s’ils vont finalement pouvoir partir, mais aussi avec l’incertitude de savoir s’ils vont s’en sortir vis-à-vis de la pandémie, déplore-t-elle.

Vers une reprise graduelle

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada affirme être en étroite relation avec les groupes de parrainage privé afin d’établir les paramètres d’une relance éventuelle des arrivées de réfugiés au pays.

Le Ministère indique toutefois que la réinstallation ne reprendra complètement que lorsque les conditions le permettront, précisant que des facteurs tels que la disponibilité des vols ainsi que la fermeture d’aéroports dans certains pays causeront fort probablement une reprise variable des activités.

Lidia Jarmasz croit que la réinstallation des réfugiés ne retrouvera pas un rythme normal avant plusieurs mois encore.

Pour l’instant, on se concentre vraiment sur les personnes qui avaient déjà reçu leur visa de résidence permanente.

Une citation de :Lidia Jarmasz, formatrice au programme de formation sur le parrainage privé des réfugiés

Mme Jarmasz craint cependant que certains documents de voyage n'expirent avant que la procédure de parrainage ait été menée à terme.

Denise Otis espère quant à elle que les autorités canadiennes feront tout en leur pouvoir afin que l’arrivée des réfugiés parrainés se fasse dans les meilleures conditions.

Elle assure par ailleurs que certaines personnes considérées comme des cas d’urgence ont déjà été réinstallées au pays pendant la pandémie.

Une jeune fille porte un drapeau canadien sur son dos dans une salle où se retrouvent une dizaine de personnes.

Le Canada a accueilli 31 100 réfugiés en quête de réinstallation en 2019.

Photo : Getty Images / Richard Lautens

Le Canada contribue en tant que leader au niveau de la réinstallation, affirme-t-elle. Il s’agit du pays qui a accueilli le plus grand nombre de réfugiés au monde en 2019.

En dépit des craintes relatives à la crise sanitaire mondiale, Mme Otis se réjouit de constater l'enthousiasme des groupes de parrainage canadiens à l’idée d’accueillir des personnes réfugiées.

Quand on attend plus de quatre ans, il faut être courageux pour maintenir la flamme, admet-elle.

Entre-temps, comme bien des parrains au Canada, Deborah Childs croise les doigts.

Elle échange régulièrement des messages avec Joram, en songeant au jour où elle pourra finalement l’accueillir à bras ouverts.

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