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Explosions à Beyrouth : la diaspora libanaise de la région se sent impuissante

Vue aérienne des dégâts causés par les explosions de Beyrouth.

La double explosion survenue mardi au port de Beyrouth a fait plus d'une centaine de morts et des milliers de blessés, ainsi que des dégâts matériels considérables.

Photo : Getty Images

Radio-Canada

Au lendemain des deux explosions qui ont ravagé le centre-ville de Beyrouth, la communauté libanaise de la région d'Ottawa et de Gatineau se désole de l’ampleur des dégâts. Un sentiment d’impuissance l'habite.

Plusieurs citoyens de Gatineau aperçoivent la boulangerie Beirut située à l’angle du très achalandé boulevard des Allumettières et de la rue Demontigny lors de leurs déplacements quotidiens.

Son nom n’est pas un hasard, explique son propriétaire Alexandre Ibrahim, un Gatinois né de parents libanais. La boulangerie a été nommée en l’honneur de la capitale du pays du cèdre.

C’est sûr que j’ai une attache avec le nom de mon épicerie, dit-il. Quand quelque chose comme ça arrive, ça fait de la peine pour la ville de Beyrouth. La capitale a été secouée par deux explosions qui ont ravagé la ville mardi.

Cette tragédie s’ajoute à une longue chaîne d’événements qui font perdre espoir au commerçant. Ça ne finit jamais, on dirait.

Alexandre Ibrahim.

Alexandre Ibrahim, propriétaire de la boulangerie Beirut de Gatineau.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Il y a toujours de la guerre civile, maintenant avec la crise financière. Le monde je pense qu’ils perdent espoir et je peux comprendre. […] Moi, c’est là que je me sens désespéré et que je ne suis pas capable de rien faire pour mon pays.

Alexandre Ibrahim, propriétaire de la boulangerie Beirut

Sa famille et lui ont contacté leurs proches pour savoir comment ils allaient. Ils étaient tellement sous le choc que c’était difficile pour eux de nous expliquer exactement ce qui s’est passé.

On avait une amie qui était dans son appartement et elle a dit à ma mère, je ne peux pas t’expliquer. Elle est encore sous le choc, raconte-t-il.

On garde espoir. Ce n’est pas la première fois qu’on reconstruit le pays, conclut Alexandre Ibrahim.

Coupable de vivre ici

Enseignante à temps partiel à l’Université d’Ottawa, Ruby Dagher n’a pas fermé l’œil la nuit dernière. Son père a quitté son bureau au port de Beyrouth 10 minutes avant la première explosion. Elle a fait plusieurs appels pour prendre des nouvelles de ses proches.

Je me suis sentie coupable d’avoir appelé autant de personnes dans leur situation de crise, parce que j’avais juste besoin de savoir qu’ils étaient corrects, dit-elle.

L’angoisse et la culpabilité l’habitent après les tristes événements qui ont coûté la vie à plus de 135 personnes et fait 5000 blessés, selon le ministère de la Santé.

Je me sens coupable de vivre ici, coupable du fait que mes enfants jouent à l’extérieur quand tout ça arrive là-bas, coupable du fait que je ne sois pas capable d’aider ma famille, lance-t-elle avec émotion.

Ruby Dagher.

Ruby Dagher, Canado-Libanaise et professeure à temps partiel à l’Université d’Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Mme Dagher estime que la population au Liban voit la vie changer trop vite et vers le pire. Selon elle, rien ne fonctionne dans son pays natal.

Ça n’a pas seulement montré la négligence des politiciens, mais le fait qu’il y en a beaucoup qui posent la question : est-ce que ça peut vraiment changer ou est-ce qu’il faut qu’on parte?

Ruby Dagher, enseignante à temps partiel à l’Université d’Ottawa

Je veux les aider

Plus de 24 heures après les événements, la situation est encore difficile pour les proches de Mohamed Rachidi.

Originaire de Beyrouth, il veut aider du mieux qu’il peut. Je veux être avec eux, je veux les aider avec mes mains. Physiquement, je veux faire tout ce que je peux pour les gens qui sont affectés par ça… mais je suis là, à Ottawa. Je ne peux pas faire grand-chose, dit-il.

Le constat est le même pour Sylvester Sassine, arrivé au Canada depuis un an. D’ici, je ne pense pas qu’on puisse faire quoi que ce soit. Peut-être, envoyez de l’argent pour les gens qui en ont besoin.

Il y a tellement de familles maintenant […] qui ont besoin d’endroits où dormir, de quelque chose à manger. Certains n’ont plus de maison maintenant, souligne M. Sassine.

Il estime que le Canada peut venir en aide au peuple libanais en envoyant de la nourriture et du matériel médical.

Des personnes regardent un bâtiment près de l'eau complètement détruit.

Des centaines de bâtiments ont été détruits par les explosions.

Photo : Getty Images / Daniel Carde

Ahmad Araji, président de la Lebanese Club d’Ottawa, indique que la diaspora de la capitale a déjà amassé des milliers de dollars. Quoi qu’on envoie, ça ne sera jamais suffisant. Mais en ce moment, le pays est dans un état tellement critique que tout peut aider.

Une collecte de fonds Go Fund Me a été lancée. Nous essayons d’amasser autant d’argent que possible pour envoyer à la Croix-Rouge libanaise et à des hôpitaux touchés directement par l’accident.

Mercredi soir, près de 8000 $ avaient été amassés sur un objectif de 20 000 $.

Le Canada a annoncé mercredi qu'il fournira au Liban jusqu'à 5 millions de dollars en aide humanitaire, dont 1,5 million à destination des partenaires de confiance déjà sur place, dont la Croix-Rouge libanaise par le biais de la Croix-Rouge canadienne, pour répondre aux besoins urgents des personnes touchées par l'explosion tragique à Beyrouth, a indiqué Karina Gould, la ministre du Développement international.

Avec les informations de Yasmine Mehdi, Claudine Richard et Matthew Kupfer de CBC

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