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Interdire la publicité sur les véhicules polluants?

Paul St-Pierre Plamondon gesticule en parlant.

Paul St-Pierre Plamondon veut s'attaquer à la publicité sur les véhicules polluant.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Finies les publicités sur les véhicules polluants si le candidat à la direction du Parti québécois Paul St-Pierre Plamondon devient premier ministre en 2022, de la même manière que le gouvernement a interdit la promotion du tabac ou des jouets pour enfants. L’aspirant chef veut réduire les émissions de gaz à effet de serre en incitant les consommateurs à se tourner vers des voitures écologiques, et en forçant les constructeurs à produire plus vert.

Au Québec, 15 % des investissements publicitaires proviennent de compagnies du secteur automobile.

Souvent, on voit ces véhicules-là en plein air. On nous vend la liberté, de l’air frais. Ils sont surpublicisés en ce moment, déplore M. St-Pierre Plamondon.

Parce qu’il considère ces voitures dangereuses pour la santé publique, le candidat péquiste veut empêcher les constructeurs de promouvoir celles qui consomment plus de 9 litres par 100 km parcourus.

Pour y arriver, il propose, entre autres, de modifier la Loi sur la protection du consommateur, citant en exemple les compagnies de tabac ou les fabricants de jouets pour enfants. Plus encore, l’interdiction pourrait s’étendre à toute l’industrie pétrolière, qui devrait cesser la promotion de projets controversés, comme l’a fait TransCanada avec l’oléoduc Énergie-Est.

Une idée séduisante, admet Jean-Frédéric Morin, professeur titulaire au Département de science politique de l’Université Laval, mais qui ne suffira pas. Il faut un éventail de politiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre associées au transport routier.

C’est aussi l’avis du professeur en publicité sociale Christian Desîlets : La publicité conditionne la population, contribue à modifier les valeurs. Mais ce qui va contribuer à changer les comportements, c’est tout un train de mesures sur le terrain, comme des impositions, des taxes, des contraintes.

Il doute que la seule interdiction de la publicité sur les véhicules polluants ait un impact sur les ventes.

Ces deux experts rappellent la longue bataille des compagnies de tabac qui s’est rendue jusqu’à la Cour suprême du Canada. Des décennies ont été nécessaires pour que les effets se fassent sentir sur le nombre de fumeurs, rappellent-ils.

Les voitures polluantes taxées

Pour être efficace, notre approche va devoir absolument combiner la publicité et le bonus-malus. Je crois vraiment à la combinaison des deux, ajoute Paul St-Pierre Plamondon. En plus de cette mesure à coût nul, le gouvernement taxerait davantage les véhicules polluants pour subventionner les voitures écoénergétiques.

C’était plus délicat de le faire avant parce que le consommateur n’avait pas vraiment de choix dans la gamme des VUS et des camionnettes, souligne M. St-Pierre Plamondon. On pénalisait à l’époque une catégorie de consommateurs. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, d’après lui, puisque la majorité des compagnies offrent maintenant des modèles plus verts.

Le bonus-malus est un moyen plus efficace pour faire réagir l’industrie automobile, d’après le spécialiste du commerce et professeur émérite, Jacques Nantel.

Dès qu’on a commencé à faire varier le prix du tabac, ça a eu un impact majeur, fait-il valoir. Si vous voulez vraiment diminuer la consommation ou la propension à acheter des véhicules polluants, c’est par le prix que vous allez y arriver, pas par la publicité.

Les compagnies de cigarettes et de jouets pour enfants se sont rabattues sur d’autres façons de communiquer, note-t-il.

Selon Marc-Andér Viau, directeur des relations gouvernementales d'Équiterre, dans un contexte de crise économique, ce système permet de dégager une marge de manoeuvre pour des investissements dans d’autres programmes environnementaux.

Encadrement ou interdiction

Jean-Frédéric Morin suggère d’encadrer la publicité plutôt que de l’interdire.

C’est de rendre l’information au consommateur encore plus claire et encore plus visible relative aux émissions de gaz à effet de serre par kilomètre. On peut imaginer un système d’étoiles, des logos de certification, […] un bandeau sur toutes les publicités qui rappelle à quel point les véhicules contribuent à la pollution, dit-il.

Christian Desîlet n’en est pas convaincu.

Les gens savent très bien que les véhicules polluent, estime-t-il. De la même manière que les fumeurs savent que c’est cancérigène et que ça va probablement les tuer. Ce n’est pas ça qui va les faire changer […] La publicité va contribuer à mettre des idées dans l’air du temps, à les rendre acceptables. L’acceptabilité de ces idées-là ouvre la porte à des mesures vraiment plus efficaces.

Pour Jacques Nantel, présumer qu’arrêter la publicité fera en sorte que les gens vont arrêter de consommer le produit, j’aimerais que ce soit le cas, mais c’est donner trop d’importance à la publicité.

Paul St-Pierre Plamondon maintient que le symbole est fort. Interdire les publicités sur les véhicules polluants et instaurer un bonus-malus enverrait un message clair selon lui : celui de la fin de la promotion du pétrole.

Équiterre se réjouit de voir que des propositions liées aux véhicules énergivores s'invitent dans la conversation politique au Québec :

Depuis plus de 10 ans, les Canadiens ont une préférence grandissante envers les camions légers énergivores : la part de marché de ce segment a atteint plus de 70 % en 2018, ajoute M. Viau. Heureusement, au Québec, on sait qu’il y a un appétit pour agir sur ce front, puisqu’un sondage nous montre que 55 % des Québécois sont prêts à ce qu'une taxe sur les véhicules énergivores soit mise en place. 

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