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Une étude suggère l’existence d’une communauté historique métisse au Québec

Des personnes tenant des drapeaux métis dans la main.

Les travaux de recherche présentés dans l'étude ont initialement été produits en vue de soutenir la communauté métisse du Domaine-du-Roy et de la Seigneurie de Mingan (CMDRSM).

Photo : La Presse canadienne

À la suite d’une étude basée sur des recensements de 1851, le chercheur Étienne Rivard propose une nouvelle perspective géohistorique sur l’identité métisse dans l’est du Canada. Cette approche, qui se dit plus sensible à la pertinence des preuves indirectes, suggère l’existence d’une communauté historique métisse au Québec.

Cette approche pourrait permettre de reconnaître plus de personnes qui se revendiquent de l’identité métisse, d’après l’auteur du rapport, Étienne Rivard, qui est professeur au département de sciences sociales et humaines de l’Université de Saint-Boniface.

L'étude, intitulée À l'invisible nul n'est tenu : les conditions spatiales de l’identification métisse au Canada au XIXe siècle (Nouvelle fenêtre), est publiée sur le site Internet Espace Populations Sociétés, une revue pluridisciplinaire créée en 1983 par l’Université de Lille 1, en France.

Étienne Rivard explique que les communautés de l’est du pays, qui ont au cours des années récentes revendiqué une identité métisse, souffrent d’un manque de visibilité politique et de la rareté des traces documentaires sur lesquelles appuyer leurs revendications.

Selon une des idées les plus répandues sur le sujet, l’identité métisse est une réalité exclusive de l’Ouest canadien. Selon Étienne Rivard, sa nouvelle approche, qui suggère l’existence historique d’une communauté dans l’est du pays, peut être utilisée ailleurs au Canada. Le simple fait de chercher des indices […] apporte une contribution à ce qu’on connaît ou pensait connaître sur les réalités métisses plus largement, note-t-il.

Il y a en effet une communauté métisse d’importance qui est née au XIXe siècle, fin du XVIIIe siècle, en particulier dans la région de Winnipeg. Mais tout récemment, on n’associait pas le fait historique métis à des régions du Québec, ajoute-t-il.

Les travaux de recherche présentés dans le rapport ont initialement été produits en vue de soutenir la Communauté métisse du Domaine-du-Roy et de la Seigneurie de Mingan (CMDRSM). Cette association a été formée en 2005 dans le but d’appuyer la défense légale des Métis du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord dans la cause Corneau.

Les données nominatives du recensement de 1851 pour certains sous-districts de Saguenay, qui couvrent les régions actuelles du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de la Côte-Nord et de Charlevoix, ont permis d’analyser la concentration des ménages métis par sous-districts, indique le rapport de recherche.

Selon le rapport, cette analyse révèle la présence de sept noyaux locaux de voisinage qui, dans la plupart des cas, impliquent trois ménages ou plus. La communauté métisse du Domaine du Roi serait ainsi à la fois construite sur une territorialité locale marquée par une proximité géographique de voisinage et sur une structure territoriale de lieux dispersés dans un espace plus ou moins vaste, mais reliés par des relations sociales et familiales.

Cette contraction témoigne d’une intention collective et d’un sentiment d’appartenance spécifique, d'après Étienne Rivard. Ce n’est pas le hasard, affirme-t-il.

Le rapport précise que le choix des données du recensement de 1851 est pertinent, car il correspond à la période de mainmise effective telle qu'elle était définie par la Cour supérieure, soit entre 1842 et 1850. Cette période a été confirmée par la Cour d’appel. De plus, l'auteur note que le recensement témoigne de l’état de la colonisation dans le Saguenay, ouvert aux colons depuis 1842, les Métis n’étant plus seuls dans la région.

Un sujet controversé

Étienne Rivard reconnaît que la question de l’identité métisse au Canada est complexe et parfois controversée. L’approche qu'il propose peut, dit-il, contribuer à l’avancement de nombreuses réflexions.

M. Rivard précise que l’étude ne démontre pas l’existence d’une communauté métisse distinctive au Québec, car les travaux restent largement silencieux sur la teneur exacte de l’identité métisse au XIXe siècle, sa persistance dans le temps et la nature précise des pratiques, des mœurs ou des traditions qui distinguaient cette population.

On n'a pas là des éléments pour affirmer hors de tout doute qu’il y a des communautés métisses, mais […] moi, personnellement, je considère qu’on a des éléments assez solides pour suggérer que c’est une possibilité, dit-il.

La colère de l’ouest?

La réhabilitation, qui a mené à la reconnaissance de l’héritage métis et redonné aux Métis leur fierté, est l’œuvre de jeunes intellectuels métis de l’Ouest canadien, rappelle-t-il. Il n’est pas exclu que ses travaux puissent offenser certains Métis de l’ouest car ils remettent en question l’exclusivité qu’ils ont sur l’identité métisse.

La reconnaissance, sur le plan juridique, de l'existence d’autres réalités métisses au pays peut avoir des conséquences sur les Métis de l’Ouest canadien, notamment sur le plan financier, explique le chercheur. On n’est pas très ouvert au Canada en général à reconnaître trop les Autochtones. S’il faut reconnaître beaucoup de monde, ça a des impacts financiers à la longue.

On aime bien savoir que la réalité métisse est associée à une géographie particulière, à une histoire particulière, déplore-t-il.

Étienne Rivard rappelle que, dans la démarche de reconnaissance de leur identité métisse, les communautés de l’est ont souvent été accusées d’opportunisme ou d’appropriation culturelle.

À son avis, il y a de la place pour toutes les réalités métisses et pour la reconnaissance de tous les Métis au Canada. La reconnaissance du statut de Métis des communautés de l’est repose essentiellement dans les causes devant les tribunaux, précise-t-il.

La Constitution canadienne de 1982 reconnaît les Métis comme un des trois groupes autochtones au pays. Mais le problème, explique Étienne Rivard, c'est que le texte constitutionnel ne définit pas qui est Métis.

L'affaire Corneau

L'affaire Corneau a commencé en 1999 avec Ghislain Corneau, qui a tenté de faire valoir ses origines métisses pour éviter d'avoir à démolir son camp situé sur les monts Valin.

Ghislain Corneau debout dans un couloir avec plusieurs autres personnes.

Ghislain Corneau.

Photo : Radio-Canada

Après deux revers devant les tribunaux au Québec, la Cour suprême du Canada a refusé en mai 2019 d’entendre la cause Corneau. Tous ceux qui se sont accrochés à la cause Corneau sont donc considérés comme occupants illégaux , d’après la décision de la Cour supérieure, qui rejette l'existence d'une communauté métisse historique au Saguenay-Lac-Saint-Jean et sur la Côte-Nord.

Étienne Rivard croit que la publication de sa recherche peut donner un souffle nouveau aux personnes qui soutiennent cette cause.

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