•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les cas de sextorsion en hausse à Gatineau, possiblement en raison du confinement

Des mains sur un clavier

La corrélation pourrait s'expliquer par le fait que les gens ont passé plus de temps sur Internet à cause du confinement (archives).

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) constate une hausse importante du nombre de plaintes pour sextorsion sur son territoire depuis le mois d’avril. Il pourrait y avoir une corrélation entre ce phénomène et les mesures de confinement, avance le corps policier.

Depuis le mois d’avril, on parle d’une vingtaine de plaintes, ce qui est vraiment élevé par rapport à ce qu’on a vu non seulement dans les mois passés, mais aussi dans les années précédentes, note la porte-parole du SPVG, Andrée East.

En comparaison, la police de Gatineau a recensé une trentaine de dossiers du genre pour toute l'année 2019.

La multiplication des cas de sextorsion — où des fraudeurs demandent des paiements à leurs victimes en les menaçant de partager des images compromettantes d’elles souvent obtenues à leur insu — pourrait avoir un lien avec les mesures de confinement.

Sachant que les gens ont été en isolement depuis le début de la pandémie, donc au début du printemps, et que les gens ont passé plus de temps en ligne, plus de temps peut-être sur des sites de rencontres aussi, ça peut avoir eu un effet direct sur le nombre de plaintes, explique l’agente East.

Il est difficile d’établir un profil de la victime type, notamment parce que l’âge des plaignants varie de l’adolescence à la cinquantaine. En revanche, on compte parmi les victimes un grand nombre d’hommes, souligne Andrée East.

Ce n’est pas la première fois que le SPVG est confronté à la sextorsion. Le corps policier avait lancé, en 2014 une campagne de sensibilisation après une explosion du nombre de cas rapportés, relate l’agente East.

On peut faire beaucoup de prévention, mais malheureusement les gens ne se sentent pas très concernés au sens où ils vont se dire : "Moi je le sais, je suis prudent, ça ne m’arrivera pas". Mais la vérité, c’est que les fraudeurs sont extrêmement habiles, indique-t-elle.

Un phénomène à plus grande échelle

La situation à Gatineau ne semble pas unique : les fraudeurs qui pratiquent la sextorsion ont aussi frappé un peu partout au pays, constate le Centre canadien de protection de l’enfance.

Nous observons effectivement depuis avril une hausse non négligeable des signalements à l’échelle nationale, comparativement à la même période l’an dernier, écrit l’organisation dans un courriel envoyé à Radio-Canada.

Les arnaqueurs sont souvent basés à l’étranger, indique d’ailleurs le SPVG. C’est sûr que lorsque l’origine de la fraude est à l’étranger, ça va compliquer les démarches d’enquête. C’est des dossiers qui vont devoir être transférés à d’autres corps de police, que ce soit la Sûreté du Québec ou la Gendarmerie royale du Canada, explique Andrée East.

Quelques conseils pour éviter de se faire prendre :

  • Ne commettez jamais de gestes intimes ou compromettants sur Internet, même si vous croyez que la conversation est privée.
  • Redoublez de prudence lorsque vous échangez des photos ou utilisez votre webcam : tous les fichiers pourraient se retrouver dans Internet ou entre de mauvaises mains.
  • Soyez très vigilants si vous acceptez de converser ou de clavarder avec une personne que vous ne connaissez pas : méfiez-vous des belles promesses ou d’une évolution trop rapide de l’intimité.
  • Méfiez-vous également si votre interlocuteur indique ne pas pouvoir interagir verbalement avec vous, prétextant que le microphone de son ordinateur ne fonctionne pas.
  • N’envoyez jamais d’argent, de données bancaires ou de données relatives à votre carte de crédit à une personne que vous ne connaissez pas et en qui vous n’avez pas confiance.
  • Si vous venez de transférer des fonds, communiquez immédiatement avec votre institution bancaire ou l’entreprise de virement pour savoir si vous pouvez bloquer la transaction.
  • Si vous recevez des menaces d’extorsion, n’hésitez pas à communiquer avec votre service de police.

Source : Service de police de la Ville de Gatineau

Un sentiment d'isolement

Spécialiste en éducation aux médias chez HabiloMédia, Marc Alexandre Ladouceur n'est pas étonné par cette hausse des plaintes pour sextorsion.

Tous les facteurs qui mèneraient au phénomène de la sexploitation ou de l'exploitation sexuelle sont exacerbés pendant la pandémie. Je pense surtout au sentiment d'isolement, à l'augmentation du temps d'écran, spécifiquement le temps d'écran passé sur les réseaux sans supervision, explique-t-il en entrevue avec Radio-Canada.

Même son de cloche du côté du Centre canadien de protection de l’enfance. On a remarqué une tendance à la hausse dès le mois d'avril, une tendance que l'on attribue effectivement au confinement et au fait qu'en raison du confinement les enfants, les adolescents restaient plus longtemps devant leur écran et souvent sans surveillance adéquate de la part des autres occupants de leur foyer, affirme René Morin, porte-parole du Centre canadien de protection de l’enfance.

Il a observé une hausse de 81 % du nombre de signalements.

On en avait 3000 et 4000 signalements qui viennent directement de la population par mois en temps normal, mais pour les mois d'avril, mai et juin, on constate une augmentation de 81 % du nombre de signalements par rapport à l'année précédente.

René Morin, porte-parole du Centre canadien de protection de l’enfance

Lors de ses recherches, Marc Alexandre Ladouceur a remarqué qu’un des plus grands cas d’exploitation sexuelle chez les jeunes, c’est ce qu’on appelle le grooming, la création avec un étranger d’un sentiment d’affection afin d’envoyer éventuellement des photos ou encore, à la longue, la rencontre sexuelle.

M. Ladouceur a aussi remarqué que les partages forcés n'avaient lieu que dans 5 % des cas. La majorité du temps, le jeune est d'accord de partager les images, constate-t-il.

Pendant que cette relation-là se bâtit, [...] on va essayer par exemple d’isoler le jeune ou la jeune de ses relations familiales.

Marc Alexandre Ladouceur, spécialiste en éducation aux médias chez HabiloMédia

Il recommande à l'entourage des adolescents de parler davantage de ces sujets et de faire attention à certains signes, comme une tendance à vouloir s’isoler pour utiliser les réseaux sociaux.

Une intégration de tout ce qui est relations saines sur Internet dans les curriculums scolaires aiderait énormément, que ce soit dans les cours de santé ou autres, c’est une question de santé mentale et éventuellement physique, dit-il.

Pour sa part, René Morin conseille à tous les adolescents victimes de sextorsion de se rendre sur le site aidezmoisvp.ca (Nouvelle fenêtre) qui leur explique comment procéder pour par exemple que leurs photos soient retirées des réseaux sociaux ou encore les recours auxquels ils ont droit.

Avec les informations de Fiona Collienne

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !