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À la recherche de survivants dans Beyrouth dévastée

Des pompiers et des militaires qui étaient sur les lieux lors des explosions manquent toujours à l'appel, tout comme des travailleurs du secteur. Des familles font la ronde des hôpitaux à la recherche de leurs proches disparus.

Une rue où plusieurs immeubles sont en ruines, plein de débris étant tombés sur des voitures.

Les recherches se poursuivent dans les décombres des immeubles près du port où les déflagrations se sont produites.

Photo : Associated Press / Hussein Malla

Les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivent sans relâche dans Beyrouth dévastée, au lendemain des deux explosions qui ont fait plus de 135 morts, 5000 blessés et 300 000 sans-abris, selon un bilan encore provisoire.

Selon un collaborateur de Radio-Canada, Paul Khalifeh, plusieurs dizaines de personnes manquent toujours à l’appel, et font l’objet de recherches frénétiques dans les décombres des immeubles avoisinant le port où les explosions ont eu lieu.

Il y a des dizaines de soldats et de pompiers qui se trouvaient sur le lieu de la double explosion. Ils étaient en train d’essayer d’éteindre l’incendie qui s’est déclaré et qui a provoqué ce désastre. [Ils] sont portés disparus, relate-t-il.

Des travailleurs qui se trouvaient dans des immeubles de bureaux du secteur ne donnent plus signe de vie non plus, comme les résidents d’un immeuble qui s’est effondré mercredi dans un quartier qui surplombe le port.

Les opérations de secours se poursuivent. Plus les heures passent, plus les Libanais réalisent l’ampleur du désastre qui a frappé leur capitale.

Paul Khalifeh, collaborateur de Radio-Canada

La situation à Beyrouth, vue des airs:

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Beyrouth dévastée vue des airs

Des groupes et des pages ont été créés sur Facebook et Instagram pour rechercher et identifier ces personnes disparues […] dans ce désastre qui a transformé Beyrouth en ville sinistrée , poursuit-il.

Les familles vont d’un hôpital à un autre pour essayer de retrouver leurs proches disparus, avec des photos. Et souvent, ils n’ont pas de réponse, raconte pour sa part Anne-Marie El-Hage, journaliste au quotidien L’Orient Le Jour.

Alors les télévisions sont en train d’annoncer en boucle, de lancer des messages : "Si vous avez vu telle personne donnez-nous des informations, nous ne savons pas où elle est".

C’est encore dramatique pour beaucoup de familles qui n’ont aucune nouvelle de leurs proches. Il y a énormément de travailleurs du port ou proches du port qui sont portés disparus. Aucune preuve de vie, aucune preuve de mort aussi; c’est ça qui est terrible.

Anne-Marie El-Hage, journaliste au quotidien L'Orient Le Jour
Des militaires fouillent des décombres.

Des militaires libanais fouillent des décombres à la recherche de survivants, au lendemain de l'explosion qui a détruit les environs du port de Beyrouth.

Photo : La Presse canadienne / AP/Hassan Ammar

Selon M. Khalifeh, les hôpitaux croulent toujours sous le poids du nombre de blessés, mais la population répond à l’appel à l’aide des autorités. Les gens affluent pour donner du sang […] Les banques de sang sont submergées, dit-il.

L'état d'urgence a été décrété pour deux semaines à Beyrouth.

Des tonnes de nitrate d'ammonium en cause

Selon le gouvernement libanais, ce sont 2750 tonnes de nitrate d'ammonium entreposées dans le port depuis 2014 après avoir été confisquées qui ont explosé mardi. Ce qui a engendré les explosions reste indéterminé.

Ce sel blanc inodore entre dans la composition de certains engrais, mais aussi d'explosifs. Il a déjà causé plusieurs accidents industriels dans différents pays.

La ministre de l'Information, Manal Abdel Samad, a réclamé mercredi l'assignation à résidence de toute personne impliquée dans le stockage des tonnes de nitrate d'ammonium. Elle ne les a toutefois pas nommés.

Le plus grave, c’est que les services de sécurité ont rédigé des rapports, qu’ils ont soumis aux autorités compétentes au début de cette année, en pointant le danger que constitue la présence de cette matière hautement explosive dans cette région, soutient Paul Khalifeh.

Mais aucune mesure n’a été prise, ni par les autorités politiques ni par les autorités judiciaires.

Images satellitaires du port de Beyrouth, avant et après les explosions survenues le 4 août.

Des images montrent le port de Beyrouth avant et après les explosions.

Photo : Planetlabs

Des hôpitaux à court de moyens

Le neurochirurgien Elie Louak, qui travaille à l’hôpital Mont-Liban, situé à quelques kilomètres au sud du port, raconte que son établissement reste débordé par l’afflux des blessés.

Après les explosions, certains blessés évitaient de se rendre dans des hôpitaux qui n’étaient plus fonctionnels, et les patients qui s’y trouvaient déjà ont été eux-mêmes évacués vers d’autres hôpitaux, dont le sien.

L’état était lamentable. […] On a reçu dans les 100-150 blessés par hôpital, même plus, témoigne-t-il.

Il y avait des fractures, des problèmes au niveau des yeux, de la tête, des hémorragies intracérébrales, intrathoraciques, intraabdominales. Il y a aussi des personnes qui ne sont pas arrivées, ou qui sont arrivées et qu’on a perdues dans les heures qui ont suivi.

Elie Louak, neurochirurgien à l'hôpital Mont-Liban

Selon lui, la situation a été compliquée par le manque de moyens des hôpitaux de la capitale, aux prises, comme le reste de la société libanaise, avec une crise économique qui a anéanti leur pouvoir d’achat.

La chute de la situation monétaire ici est importante. Donc, si on veut profiter de matériel pour les hôpitaux, on doit payer en dollars. Il n’y a pas moyen de faire ça. Tout est relié à l’état économique et politique , observe-t-il.

Selon Paul Khalifeh, l'installation d'hôpitaux de campagne fournis par le Qatar devrait contribuer à améliorer la situation, tout comme l'aide promise par d'autres pays.

Un homme regarde les débris laissés à la suite des explosions.

Au lendemain des explosions qui ont ravagé une partie de la ville de Beyrouth, les Libanais constatent l’ampleur de la tragédie.

Photo : Getty Images

Que faire avec les sans-abris?

Au-delà des morts et des blessés, la situation des quelque 300 000 Libanais dont le logement a été détruit ou lourdement endommagé par le souffle des explosions, selon un bilan fourni par le gouverneur de Beyrouth, ne manque pas d’inquiéter.

Pour l’instant, le gouvernement n’a pas annoncé un plan d’accueil de ces 300 000 personnes, indique Paul Khalifeh.

Ces personnes ont passé la nuit dans leur appartement détruit ou délabré, chez des proches ou ont profité des initiatives individuelles des couvents, des institutions, des associations qui ont annoncé l’ouverture de leurs locaux pour accueillir ceux qui n’avaient plus de toit.

Mais cette situation ne peut évidemment pas continuer dans les jours qui viennent. Cette tragédie humaine va prendre beaucoup d’ampleur dans les jours qui viennent, anticipe-t-il.

Un homme et une femme masqués poussent une civière dans un hôpital endommagé par les explosions. Toutes les vitres de la salle sont manquantes, de la vitre est au sol.

Des employés récupèrent une civière dans un hôpital de Beyrouth endommagé par les explosions.

Photo : Reuters / MOHAMED AZAKIR

Qui plus est, la détresse psychologique risque de s’installer chez de nombreux résidents, dont la vie, déjà difficile en raison de la crise économique qui sévit, se trouve encore une fois chamboulée par le destin.

L’un d’eux, Gaston Paulikevitch, raconte avoir été submergé d’émotions en circulant dans Beyrouth, pour vérifier l’état des logements d’amis qui étaient absents au moment du drame.

À un moment donné, je n’arrivais plus à contenir mon émotion, à voir tous ces gens qui sont assis par terre, qui regardent leurs maisons, leur magasin parti en fumée. C’est toute une vie qui s’envole parfois en quelques secondes.

Toutes les vitres sont à terre. Il n’y a plus une vitre dans tout Beyrouth. Les immeubles à côté du Ground Zero sont éventrés. Toute la rue de Mar Mikhael, où il y a tous les bars, les immeubles sont à terre.

Gaston Paulikevitch, résident de Beyrouth

On constate des dégâts énormes dans une ville qui est déjà à genoux. Cette explosion ne va pas manquer d’achever le peu qu’il nous reste à Beyrouth, laisse-t-il tomber.

Vue aérienne d'un secteur détruit. Seuls des silos à grain tiennent debout.

Tout le secteur du port a été détruit par le souffle des explosions. Les vitres des immeubles ont volé en éclats sur des centaines de mètres.

Photo : Getty Images / AFP

La reconstruction s'annonce difficile

Quant à la reconstruction, elle apparaît pour l’heure bien lointaine, selon M. Paulikevitch, étant donné l’ampleur des dommages et l’hyperinflation que subit le pays depuis déjà plusieurs mois.

Vu le niveau des dégâts dans la ville, personne n’a les moyens d’entreprendre des travaux. Je dis bien personne. Alors que toute la ville est détruite, se désole-t-il.

Comment va-t-on faire? Les banques imposent un contrôle des capitaux très sévère, séquestrent l’argent du peuple. On n’a pas accès à notre argent, observe-t-il.

La ville va porter ces cicatrices pendant longtemps si personne ne vient à notre aide .

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