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Complots et COVID-19 : accompagner plutôt que juger

Il faut outiller les professionnels de la santé pour qu’ils puissent répondre aux fausses affirmations, dit une chercheuse.

Des gens portant le masque marchent au Marché Bonsecours à Montréal.

Plus les gens font confiance au gouvernement et aux autorités de santé publique, plus ils respectent les consignes sanitaires, explique Ève Dubé, anthropologue médicale et chercheuse à l'INSPQ.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Écouter les défenseurs des théories du complot liées à la COVID-19 pour comprendre d’où viennent leurs perceptions est plus utile que se contenter de les juger, signale une chercheuse.

L'anthropologue médicale Ève Dubé est l’une des auteurs d’une étude de l’Institut national de santé publique du Québec (Nouvelle fenêtre) (INSPQ) réalisée à partir d’un sondage et publiée lundi. Près du quart des personnes interrogées ont dit croire que la COVID-19 a été créée en laboratoire. Autant disaient ne pas savoir si c’est le cas.

Il faut miser sur la confiance que les gens ont envers le gouvernement, les autorités et les médecins; outiller les professionnels de la santé pour qu’ils soient en mesure de répondre à ce genre d’allégations, qui peuvent parfois les prendre par surprise, explique Ève Dubé. Ils doivent savoir comment répondre dans le respect, dans l’empathie.

Moins les gens font confiance au gouvernement et aux autorités de santé publique, plus l’adhésion à ces théories est grande, explique Mme Dubé.

Il y a souvent une polarisation très grande. On va dire : "Tu es un ignare, tu ne connais rien à la science". Ce n’est pas propice à faire changer quelqu’un d’idée.

Ève Dubé, anthropologue médicale à l’INSPQ

Comme les croyances ont une influence sur les comportements en santé, l’INSPQ s’intéresse de près aux diverses théories complotistes sur la COVID-19, qui pullulent depuis le début de la pandémie.

Des études ont montré que plus on adhère à différentes théories du complot, moins on est enclin à suivre les recommandations des autorités, moins on a confiance au gouvernement et aux institutions de santé publique et, puisqu’on a peu confiance, on ne va pas adopter les mesures recommandées.

Ève Dubé, anthropologue médicale à l’INSPQ

Le sondage suggère aussi que bien des gens (12 % des répondants) estiment que le gouvernement cache à la population des informations importantes en lien avec le nouveau coronavirus.

Il faut toutefois faire preuve de prudence devant ces résultats, estime Ève Dubé, car ce sondage était constitué d'un questionnaire web qui ne permettait pas de nuancer les réponses.

Il n’y a pas de relation causale directe entre l’adhésion à la théorie du virus fabriqué en laboratoire et le respect des consignes de santé publique, convient-elle, mais la tendance doit être surveillée.

À la limite, qu’on croie que c’est fabriqué en laboratoire, ce n’est pas grave si cela n’a pas d’incidence sur les comportements de santé. Mais si on croit qu’il existe un traitement, ce sera [plus] préoccupant, note l'anthropologue. La difficulté est donc de départager les croyances nocives des autres.

Des tendances à surveiller

Le contexte mondial actuel est extraordinaire, explique Ève Dubé : il est difficile de distinguer le vrai du faux, et les théories complotistes ont une plus grande incidence qu’en temps normal.

Il importe donc de surveiller l’émergence des théories en lien avec la COVID-19 pour être en mesure de faire les interventions appropriées. Des groupes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) travaillent à temps plein sur ces fausses informations, précise-t-elle.

La puissance de ces théories résulte de l'alliage entre portions vraies et portions fausses, ce qui donne un résultat parfois plausible. Les combattre implique des interventions en éducation, sur la manière de consommer l’information. C’est un effort à long terme, souligne Mme Dubé.

Il importe de suivre ces mouvements, de s’assurer qu’ils ne prennent pas de l’ampleur, dit-elle. Quand on voit des manifestations antimasques, il y a toute la notion de la norme sociale : on veut faire ce que les gens autour de nous font. C’est intrinsèquement humain de vouloir suivre le groupe.

On fait différentes études, on suit les réseaux sociaux, on fait des sondages, on a fait aussi des entrevues pour aller un peu plus en profondeur. Et les résultats servent à alimenter le point de vue des autorités provinciales et régionales dans leurs interventions auprès de la population, explique Ève Dubé.

La ténacité de la théorie voulant que le vaccin contre la rougeole cause l’autisme doit guider les experts, estime Ève Dubé. Bien que démenti depuis 1998, ce lien persiste encore aujourd’hui dans l’esprit de certains.

Il ne faut pas penser, parce qu’on a une bonne étude qui démontre que ce n’est pas vrai, que le problème est réglé, prévient Mme Dubé. Il faut que la communauté scientifique comprenne que des données probantes, ce n’est pas suffisant pour faire changer les comportements des gens.

Le sondage a été réalisé du 1er au 30 juin auprès de 2000 adultes. Le questionnaire comportait une vingtaine de questions adaptées au contexte. Les résultats ont été pondérés selon des facteurs sociodémographiques pour être représentatifs de la population québécoise. Ils doivent être interprétés avec prudence, étant donné l’échantillonnage non probabiliste.

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