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Apocalypse à Beyrouth

Les déflagrations sont dues à l'explosion de 2750 tonnes de nitrate d'ammonium dans le port, selon le Conseil supérieur de la défense.

Ce sont 2750 tonnes de nitrate d'ammonium qui ont pulvérisé Beyrouth, mardi. À titre de comparaison, Timothy McVeigh, le terroriste américain qui a perpétré l'attentat d'Oklahoma City qui a fait 168 morts en 1995, en avait utilisé 2 tonnes.

Ce sont 2750 tonnes de nitrate d'ammonium qui ont pulvérisé Beyrouth, mardi. À titre de comparaison, Timothy McVeigh, le terroriste américain qui a perpétré l'attentat d'Oklahoma City en 1995, en avait utilisé 2 tonnes.

Photo : Associated Press / Hassan Ammar

Radio-Canada

Corps gisant au sol, carcasses de voitures et entrepôts aplatis… Deux puissantes explosions survenues mardi dans le port de Beyrouth ont carrément anéanti une partie du centre-ville, faisant au moins 100 morts et plus de 4000 blessés, selon les autorités.

Réuni d'urgence, le Conseil supérieur de la défense a déclaré que les déflagrations étaient dues à l'explosion de 2750 tonnes de nitrate d'ammonium dans le port. Ce sel blanc inodore entre dans la composition de certains engrais mais aussi d'explosifs. Il a déjà causé plusieurs accidents industriels dans différents pays.

Le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, avait indiqué auparavant que les explosions dans un entrepôt du port étaient peut-être dues à des matières explosives confisquées depuis des années.

Une première explosion a été entendue à Beyrouth en début de soirée, suivie d'une autre très puissante qui a provoqué un gigantesque champignon dans le ciel. Les immeubles ont tremblé et les vitres ont été brisées à des kilomètres à la ronde. Le souffle a été ressenti jusqu'à l'île de Chypre à environ 200 km de là.

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Explosion au Liban

Des hôpitaux saturés

On est submergés par les appels téléphoniques, a dit à la télévision LBC le président de la Croix-Rouge libanaise, Georges Kettaneh.

Les hôpitaux de la capitale sont saturés. Plusieurs hôpitaux ont par ailleurs été dévastés par la puissance des explosions et ont dû évacuer des patients vers d'autres établissements à travers le pays.

« Les infrastructures ont été complètement anéanties », a affirmé à la chaîne LBC un responsable de l'hôpital Al-Wardieh, qui se trouve en face du port de Beyrouth. « Nous n'avons plus d'eau ni d'électricité, tout a été détruit, nous ne pouvons recevoir aucun blessé. »

Une homme se prend la tête devant de nombreux immeubles en ruines.

Les deux déflagrations ont dévasté plusieurs kilomètres carrés du centre-ville de Beyrouth et tué des dizaines de personnes.

Photo : Getty Images / AFP/Ibrahim Amro

Il a précisé qu'au moins deux infirmiers ont été tués par l'effondrement d'une partie du plafond en raison de la déflagration.

Un homme d’affaires libano-montréalais figure également parmi les victimes des explosions. Il s’agit de Nazar Najarian, qui était également secrétaire général du parti politique Kataëb, dont le quartier général se trouve à proximité du port.

L'ONU au Liban a affirmé que des Casques bleus avaient été grièvement blessés à bord d'un navire endommagé par les explosions. Des membres du personnel de l'ambassade d'Allemagne ont aussi été blessés, selon Berlin.

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Un homme marche dans une zone sinistrée.

« Des rues détruites, des immeubles éventrés »

Dans les rues de Beyrouth, des soldats ont évacué des habitants abasourdis, certains couverts de sang, T-shirt autour du crâne pour panser leurs blessures. Des voitures, coussins de sécurité gonflés, mais aussi des autobus ont été abandonnés au beau milieu des routes. Des habitations proches du port ont été détruites ou fortement endommagées.

J'ai vu une boule de feu et une épaisse fumée s'échapper au-dessus de Beyrouth. Des gens criaient et couraient. Des balcons ont été arrachés des immeubles. Les vitres des gratte-ciel ont été soufflées et sont retombées dans les rues.

Un témoin de la scène interrogé par Reuters

« C’était très, très violent. Au début, j’ai cru à un tremblement de terre », a raconté Gaston Paulikevitch, un témoin interrogé à ICI RDI. « Nous sommes habitués aux explosions à Beyrouth, mais jamais d’une telle ampleur. »

Les rues juxtaposées au port sont entièrement détruites, les immeubles sont éventrés. C’est une scène effroyable. Le secteur qui se trouve à un kilomètre du port a été rayé de la carte, tout est détruit.

Gaston Paulikevitch, un témoin

Le Centre jordanien d'observation sismologique a affirmé que la force de l’explosion était équivalente à un séisme de magnitude 4,5 sur l’échelle de Richter.

Une vingtaine d'ambulances avec des gyrophares allumés.

De nombreuses ambulances étaient rassemblées mardi soir dans le centre de Beyrouth en vue des opérations de recherche et de sauvetage.

Photo : Getty Images / AFP/Joseph Eid

« Une catastrophe », selon le premier ministre

Dans une allocution télévisée, le premier ministre Hassan Diab a promis aux Libanais de juger les responsables de cette « catastrophe ».

Le Liban en entier est dévasté. Mais je vous promets que les responsables en paieront le prix très fort. [...] Nous vivons un vrai désastre.

Hassan Diab, premier ministre du Liban

Le chef du gouvernement libanais a par ailleurs affirmé que l'entrepôt visé par l'explosion « se trouvait dans le port depuis 2014, soit depuis plus de six ans ».

« Cette catastrophe ne passera pas, des comptes doivent être rendus », a insisté le premier ministre Diab.

De la fumée blanche forme une sphère au-dessus d'immeubles.

L'onde de choc était visible à des kilomètres à la ronde.

Photo : Reuters / Karim Sokhn

Le secteur du port a été bouclé par les forces de sécurité, qui ne laissent passer que la défense civile, les ambulances aux sirènes hurlantes et les camions de pompiers, selon des correspondants de l'AFP à l'entrée du port.

Une correspondante affirme en outre qu'un navire amarré face au port est en flammes, sans qu'il soit possible de déterminer s'il y a des passagers à son bord.

De la fumée noire s'échappe des ruines.

Un épais nuage de fumée s'est élevé au-dessus de Beyrouth.

Photo : Reuters / ISSAM ABDALLAH

C'est peut-être la plus forte explosion jamais entendue à Beyrouth, qui a quand même connu des années de guerre et de bombardements, a commenté Paul Khalifeh, collaborateur de Radio-Canada à Beyrouth.

L’explosion a eu lieu, suivie quelques secondes plus tard d’un souffle très puissant, qui a plaqué des gens au sol, a-t-il décrit.

C’est un spectacle apocalyptique, la poussière a envahi les rues, et un énorme champignon de fumée a enveloppé la ville. Les dégâts sont visiblement très importants.

Paul Khalifeh, collaborateur de Radio-Canada à Beyrouth
De la fumée noire s'échappe des ruines.

Le secteur du port a été bouclé par les forces de sécurité.

Photo : Reuters / MOHAMED AZAKIR

Le premier ministre Diab a déjà décrété une journée de deuil national mercredi et a appelé les pays amis à aider le Liban.

Je lance un appel urgent à tous les pays amis et les pays frères qui aiment le Liban à se tenir à ses côtés et à nous aider à panser nos plaies profondes, a lancé Hassan Diab.

Le drame de mardi vient s'ajouter à la détresse des Libanais. Leur pays connaît sa pire crise économique depuis des décennies, marquée par une dépréciation monétaire inédite, une hyperinflation, des licenciements massifs et des restrictions bancaires draconiennes, qui alimentent depuis plusieurs mois la grogne sociale.

Des réactions internationales

Plusieurs pays, dont le Canada, ont exprimé leur solidarité avec le Liban.

Sur Twitter, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé que le Canada est « prêt » à aider le Liban.

Les Canadiens sont de tout cœur avec les Libanais aujourd’hui. On pense à tous ceux qui ont été blessés dans cette explosion tragique, ainsi qu’à ceux qui essaient de retrouver un ami ou un membre de leur famille, ou encore qui ont perdu un être cher. On est prêts à vous aider.

Justin Trudeau

Une fausse nouvelle concernant l’ambassade du Canada à Beyrouth a circulé sur les réseaux sociaux à la suite de la publication d’un tweet erroné du site en arabe du quotidien The Independent. Ce message, supprimé une heure après son partage, affirmait que l’ambassade avait envoyé une note à ses employés disant que les explosions étaient dues à une bombe contenant de l’uranium et les appelant à éviter les lieux sinistrés. Des diplomates canadiens ont démenti cette information.

Des colonnes de fumée s'élèvent dans le ciel gris au-dessus de bâtiments ravagés.

Les explosions survenues près du port ont brisé les vitres de nombreux immeubles et magasins à des kilomètres à la ronde.

Photo : Getty Images

La France, l'ancienne puissance mandataire, a été parmi les premières à réagir, déclarant être aux côtés du Liban. Le président Emmanuel Macron a annoncé que son pays va envoyer un détachement de la sécurité civile et « plusieurs tonnes de matériel sanitaire » à Beyrouth.

« Des urgentistes vont également rejoindre Beyrouth au plus vite pour renforcer les hôpitaux. La France est déjà engagée », a ajouté le chef de l'État.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a lui aussi exprimé le soutien de son pays au peuple résilient du Liban.

« Nos pensées et prières sont avec le grand et résilient peuple du Liban », a tweeté le ministre iranien. « Comme toujours, l'Iran est tout à fait disponible pour fournir de l'assistance par tous les moyens nécessaires », a-t-il dit, appelant le Liban à rester fort.

Aux États-Unis, le président Donald Trump a estimé que les explosions meurtrières à Beyrouth ressemblaient à un terrible attentat.

« J'ai rencontré nos généraux et il semble que ce n'était pas un accident industriel. Il semble, selon eux, que c'était un attentat, c'était une bombe », a-t-il déclaré à la presse.

Plus tôt, son chef de la diplomatie Mike Pompeo a proposé l'aide de son pays, en déplorant une horrible tragédie.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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