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L'imposant et difficile nettoyage de l'orgue de Notre-Dame de Paris commence

L'imposant instrument doit être prêt à se faire entendre à nouveau au plus tard le 16 avril 2024, soit cinq ans après l'incendie qui a dévasté la cathédrale.

Vue sur l'immense orgue de la cathédrale Notre-Dame de Paris, à l'intérieur du bâtiment.

L'orgue de Notre-Dame de Paris a été épargné par les flammes de l'incendie qui a dévasté la cathédrale. Il devra toutefois être nettoyé de fond en comble. Cette photo a été prise au lendemain du brasier, le 16 avril 2019.

Photo : AFP/Getty Images / Amaury Blin

Agence France-Presse

Première étape d'un chantier de plus de trois ans pour redonner une voix à Notre-Dame de Paris, la console du plus grand orgue symphonique de France a été précautionneusement chargée sur une palette, puis descendue jusqu'aux pavés, 13 mètres plus bas, lundi.

C'était une phase très délicate et pour nous tous une source de grand stress! avoue Christian Lutz, technicien-conseil auprès des monuments historiques, mandaté pour la maîtrise d'œuvre, tout comme Mario d'Amico, facteur d'orgues et chef de chantier de l'atelier spécialisé Quoirin. Le soulagement était visible sur leurs visages après cette première opération réussie, plus compliquée que prévu.

La console, c'est un poste de pilotage de taille modeste par rapport à l'ensemble, mais crucial : cinq claviers pour les mains, un clavier pour les pieds et 115 jeux.

Cette première manœuvre n'est que le début de ce chantier dans le chantier qui doit s'achever à temps pour que soit célébré en musique un Te Deum dans la cathédrale le 16 avril 2024, cinq ans après l'incendie, soit le délai voulu par le président Emmanuel Macron.

L'ensemble est en bois de chêne.

Photo d'archives des claviers et des jeux de l'orgue de Notre-Dame de Paris

Photo : AFP/Getty Images / Joel Robine

8000 tuyaux à démonter

L'orgue de Notre-Dame a résonné dans sa nef depuis 1733.

Sa restauration ne pose pas de problèmes techniques insurmontables, mais est rendue complexe par les contraintes du chantier beaucoup plus vaste dans lequel elle s'insère.

Le majestueux orgue a été épargné par le feu le 15 avril 2019, mais est couvert de poussière de plomb. Il a aussi souffert des canicules.

Le gros du travail, ce sera de démonter chacun des 8000 tuyaux des 115 jeux de l'instrument pour les nettoyer, souligne à l'Agence France-Presse (AFP) le général Jean-Louis Georgelin, président de l'établissement public chargé de la restauration de Notre-Dame. Cette phase démarrera le 24 août.

Certains ont 10 mètres de haut, d'autres sont de la taille d'un stylo. Il y a quelques pièces gothiques, les autres des 17e, 18e, 19e, 20e et 21e siècles.

Des tuyaux de l'orgue sont vus du sol vers le plafond.

Photo d'archives de tuyaux de l'orgue de Notre-Dame de Paris

Photo : Stephane De Sakutin

Cette opération minutieuse, nous l'avons longuement préparée et planifiée de telle sorte que le grand orgue puisse résonner le 16 avril 2024, souligne le général mélomane, qui s'est mobilisé pour la voix de la cathédrale.

Pour ce faire, il a fallu préalablement monter en juillet un échafaudage spécial, très haut, pour atteindre tous les tuyaux.

Puis, lundi matin, c'était enfin le coup d'envoi du démontage : quatre facteurs d'orgues, aidés de quelques échafaudeurs, ont déplacé la console de 500 kg en chêne qu'ils ont posé sur une palette, en évitant qu'elle ne bascule, au-dessus d'une sapine, un puits aménagé dans l'échafaudage. Les facteurs ont retenu leur souffle quand elle a amorcé sa descente, heurtant parfois les barres. Elle a atteint le sol pavé en douceur. Le tout a été bouclé en 25 minutes.

La dépose de la console a libéré l'espace nécessaire pour installer un plateau au pied de l'orgue sur lequel les plus grands tuyaux pourront être nettoyés sans être descendus. L'échafaudage devra être rehaussé dans les prochaines semaines pour l'installer.

Un défi majeur : préserver le son d'origine

Pas moins de 95 % des tuyaux seront au total démontés. Resteront fixés les 10 plus grands tuyaux de bois, les grands tuyaux métalliques de la façade de l'orgue, sans compter le buffet et les grands soufflets.

Il y a 250 caisses de contreplaqué qui ont été construites pour entreposer les pièces démontées. Elles seront placées dans quatre conteneurs étanches sur le parvis de Notre-Dame, avant d'être emmenées dans un centre de stockage en banlieue parisienne.

Pour Mario d'Amico, chef de chantier, le défi majeur, ce sera de stocker ces tuyaux de manière à ce que toute l'harmonie, tout le son d'origine de l'orgue, reste intacte après la manipulation. Certains tuyaux sont très fragiles et peuvent se déformer.

Toute l'histoire de l'orgue français est résumée en un seul orgue, remarque avec émotion Christian Lutz, qui a soigné dans sa carrière près de 160 orgues en tout genre dans toute la France.

Le chantier, pour lequel plusieurs sociétés se passeront le relais, est prévu jusqu'en avril 2024 : décontamination approfondie au plomb, restauration de certains éléments, remontage sur site, etc. Dans les six derniers mois auront lieu les opérations les plus délicates (harmonisation, accordage), qui devraient se faire dans le silence, si possible de nuit.

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