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Les médecins appelés à voir l'obésité autrement

L’obésité a triplé au Canada depuis 1985, mais peine toujours à être reconnue officiellement comme une maladie chronique.

Un médecin avec un patient obèse

Les personnes vivant avec l’obésité sont victimes de préjugés et d’une stigmatisation généralisée contribuant à un accroissement de la morbidité et de la mortalité, note la ligne directrice.

Photo : iStock

Maud Cucchi

« Les professionnels de la santé devraient revoir leurs propres attitudes et croyances vis-à-vis de l’obésité [...] », recommande un rapport publié mardi sur la gestion de l’obésité chez l’adulte. Il appelle à une modification radicale d’approche au sein du corps médical. Cela permettrait, estime-t-on, un salutaire changement de regard sur les malades, alors que l’obésité reste un facteur de stigmatisation majeur.

L'étude, parue dans le Journal de l'Association médicale canadienne, conseille aux professionnels de la santé d'éviter d'utiliser des mots et des images à connotation négative avec le patient souffrant d'obésité. Elle leur suggère aussi de ne pas supposer qu’un symptôme ou une plainte d’un patient soient reliés à son poids.

Dans le milieu de la santé, les préjugés liés au poids peuvent nuire à la qualité des soins prodigués aux patients vivant avec l’obésité, analyse la publication qui synthétise 500 000 articles scientifiques publiés entre janvier 2006 et juin 2018.

Les personnes vivant avec l’obésité font l’objet de préjugés et sont passablement stigmatisées, ce qui contribue à accroître la morbidité et la mortalité qui y sont associées, indépendamment du poids ou de l’indice de masse corporelle, décrypte la publication.

Toujours pas de statut officiel

Plus de dix ans après la diffusion de la dernière ligne directrice canadienne sur l’obésité, en 2006, l’accès aux soins demeure toujours problématique au Canada alors que l’obésité n’est toujours pas reconnue par les gouvernements comme une maladie chronique, déplore le rapport.

Depuis plusieurs années, des organismes, y compris Obésité Canada et l’Association médicale canadienne, font pourtant pression auprès des différents paliers gouvernementaux pour que l’obésité soit reconnue comme étant une maladie chronique, au même titre que le diabète, la fibrose kystique ou encore le cancer.

L’absence de reconnaissance de l’obésité en tant que maladie chronique par les régimes privés et publics, les systèmes de santé, le public et les médias se répercute sur l’accès au traitement, peut-on lire dans la ligne directrice.

Le coût des traitements peut constituer un frein pour combattre la maladie, reconnaît Laurent Biertho, chirurgien général et professeur au département de chirurgie de l’Université Laval.

Les médicaments [qui permettent de traiter l’obésité] ne sont pas couverts, c’est-à-dire que ce sont des 300-400 dollars par mois. Chez quelqu’un qui n’a pas d’assurance, c’est inabordable, fait-il remarquer en entrevue à RDI.

Il faut nous fournir les moyens de traiter cette maladie, ça concerne 25 % de la population.

Laurent Biertho, chirurgien général et professeur au Département de chirurgie de l’Université Laval.

Si elle était reconnue officiellement comme maladie, la prise en charge de l’obésité aurait des implications sur la façon dont les médecins devraient évaluer, traiter et gérer les patients, ont déclaré les auteurs de la ligne directrice.

L’obésité requiert un traitement à long terme et multidisciplinaire

La ligne directrice 2020 recommande notamment que l'accent soit mis sur l'amélioration de la santé des patients plutôt que sur la simple perte de poids martelée par le traditionnel slogan Manger moins, bouger plus !, d'ailleurs dénoncé comme une approche simpliste par la publication.

Les médecins de soins primaires devraient promouvoir une approche thérapeutique holistique axée sur les comportements en matière de santé avec tous leurs patients et s’attaquer aux causes sous-jacentes du gain pondéral en évitant la stigmatisation et les approches trop simplistes, peut-on lire dans le rapport.

Les gens reprennent du poids après en avoir perdu, ça demande une approche sur le long terme avec des cibles réalistes, renchérit André Tchernof, professeur à l'École de nutrition de l'Université Laval et directeur de l'axe de recherche en obésité-métabolisme à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, en entrevue à Tout un matin.

La thérapie nutritionnelle, au cœur de la gestion des maladies chroniques, n’est parfois pas suffisante pour le traitement de l’obésité, car le maintien à long terme de la perte de poids peut être difficile en raison de mécanismes neurologiques compensatoires.

L'analyse cite notamment le recours à d'autres interventions de nature psychothérapeutique, pharmacologique ou encore chirurgicale, un accompagnement coûteux s'il n'est pas pris en charge.

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