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Ô Canada, un collage de quatre œuvres, selon un musicologue

Une femme de dos avec six petits drapeaux du Canada plantés dans les cheveux.

Des portions de l'hymne national canadien auraient été empruntées à d'autres compositeurs par le compositeur Calixa Lavallée.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Ross W. Duffin, un musicologue canadien qui vit aux États-Unis depuis plus de 40 ans, affirme que Calixa Lavallée a emprunté des passages des œuvres de Wolfgang Amadeus Mozart, de Richard Wagner, de Franz Liszt et de Matthias Keller pour composer l'Ô Canada.

Le professeur à la retraite a étayé sa théorie dans un long article publié le 28 juin dernier dans la revue The Musical Quarterly, de la prestigieuse Université d’Oxford.

Je pense que j'ai de bonnes preuves dans mon article. Mais je reconnais que de nombreux Canadiens et Canadiennes ne veulent pas que ce soit vrai. C’est ce qui ressortait quand on a évoqué la ressemblance de l’hymne avec la pièce de Mozart au siècle dernier, explique Ross W. Duffin par courriel.

Il a partagé son article sur Twitter le jour de la fête du Canada, le 1er juillet dernier, en soulignant qu’il était loin de son champ d’expertise.

Tous les compositeurs s'inspirent de ce que d'autres ont fait. C'est un processus tout à fait normal. Ce qui est nouveau, c'est que Ross W. Duffin montre qu'il n'y a pas énormément de choses originales dans l'Ô Canada, et ça, c'est un peu troublant!, explique Marie-Hélène Benoit-Otis, professeure de musicologie à la Faculté de musique de l'Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en musique et politique, en entrevue avec Maxime Coutié à l’émission Tout un matin.

La ressemblance de l’hymne canadien avec La marche des prêtres, de l’opéra de Mozart La flûte enchantée, a déjà été soulignée par plusieurs personnes. Cependant, Ross W, Duffin soutient que l’auteur de l'Ô Canada, Calixa Lavallée, a emprunté ses airs de trois autres œuvres.

Une photo en noir et blanc de Calixa Lavallée

Calixa Lavallée

Photo : Bibliothèque et archives Canada

Une partie du poème symphonique Festklänge, composé en 1853 par le Hongrois Franz Liszt, serait aussi reprise dans l’hymne canadien.

Wach auf, es nahet gen den Tag, le refrain de l’acte 3, scène 5, de l’opéra Les maîtres chanteurs de Nuremberg, composé en 1868 par Richard Wagner, est aussi repris dans l'Ô Canada, selon Ross W. Duffin.

Le professeur Duffin est certain que Calixa Lavallée connaissait bien la musique de Wagner.

La quatrième œuvre qui aurait inspiré Calixa Lavallée est Speed Our Republic, composée en 1866 par le musicien germano-américain Matthias Keller.

L’emprunt, une pratique courante à l’époque

Le professeur Duffin ne parle ni de plagiat ni de vol, car c’était une pratique courante à l’époque de faire des emprunts aux œuvres de compositeurs ou de compositrices.

Je n’utilise pas le mot plagiat et je ne pense pas que c’est ce que Lavallée a fait. Il s'est inspiré de ces œuvres, les a modifiées et les a assemblées pour en faire quelque chose qui correspondait à son objectif. Faire allusion à d’autres morceaux de musique et emprunter des idées musicales était quelque chose qui se faisait souvent à l’époque de Calixa Lavallée, et je suis certain que d’autres compositeurs ne l’auraient pas condamné pour ce qu’il a fait.

Une citation de Ross W. Duffin

Marie-Hélène Benoit-Otis tient presque le même discours. C'est une question qui n'est pas simple, déterminer la frontière entre inspiration et plagiat. Ici, il faut avouer que les similitudes sont très importantes. Ce n'est pas seulement la mélodie et le rythme : l'harmonisation est très similaire. Pour déterminer s'il y a eu du plagiat, il y a deux grandes questions : jusqu'à quel point la citation est reconnaissable et à quel point l'œuvre est entièrement construite là-dessus.

Le professeur Ruffin n’a pas commencé son travail du jour au lendemain en se disant qu’il allait chercher d'où venait l’hymne canadien. C’est une série de hasards sur plusieurs années qui l’a mené à ce constat. On connaissait la ressemblance avec la pièce de Mozart, mais je suis allé plus loin. Pour Wagner, j'ai entendu quelqu’un lire un article sur sa pièce et j'ai reconnu une partie de l'Ô Canada. J’ai trouvé la ressemblance avec Liszt dans la biographie de Brian Thompson en 2015. Pour Keller, je l'ai trouvée lorsque je préparais un programme de musique chorale en 2013 ou 2014, explique-t-il.

Un exemplaire non signé

L'Ô Canada, composé en 1880, a été approuvé comme hymne national du Canada par un comité spécial mixte du Sénat et de la Chambre des communes en 1967. Mais ce n’est que le 27 juin 1980 qu’il est officiellement adopté par la Loi sur l’hymne national.

Par ailleurs, Calixa Lavallée n’a pas signé l'exemplaire de l’hymne national remis au lieutenant-gouverneur du Québec Théodore Robitaille en 1880. Ross W. Duffin doute qu’il ait pu oublier de mettre son nom par excès de modestie, mais il croit qu’il a volontairement omis de le faire, car il s’agissait d’un emprunt de plusieurs œuvres. Toutefois, le professeur précise qu’il ne fait que spéculer, puisque rien ne prouve cette théorie. Plusieurs personnes avec qui j’en ai discuté ne sont pas d’accord avec moi, mais je trouve ça très curieux qu’il ait quitté le Canada si rapidement après avoir soumis sa composition, soulève le professeur.

Il ajoute que Calixa Lavallée a même abandonné sa femme et ses enfants.

Il se demande aussi s’il aurait été reconnu comme un musicien canadien incontournable si ces emprunts avaient été connus à cette époque. Mais Ross W. Duffin reconnaît la qualité du compositeur. Calixa Lavallée était [manifestement] un musicien et un compositeur extraordinaire, avec une grande expérience et une carrière internationale. Ses contributions ont permis d’élever le niveau de la performance musicale au Québec, écrit-il.

Ross W. Duffin est né à London et a aussi vécu à Ottawa et à Edmonton. Il est diplômé de l’Université Western Ontario et de Stanford, en Californie. Il a enseigné à l’Université Case Western Reserve, à Cleveland, pendant 40 ans. Il a pris sa retraite en 2018.

Depuis sa retraite, il partage son temps entre Pasadena, en Californie, et Washington DC, où vivent ses deux enfants. Il est actuellement confiné en Californie.

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