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Des groupes environnementaux dénoncent l'instauration d'une chasse au cormoran

Un cormoran à aigrettes avec un poisson dans son bec.

Un cormoran à aigrettes peut consommer jusqu'à une livre de poisson par jour, selon le ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l'Ontario.

Photo : Getty Images

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Des groupes environnementaux s’inquiètent de la décision du gouvernement de l’Ontario de permettre la chasse au cormoran à aigrettes cet automne.

Le ministère des Richesses naturelles et des Forêts a annoncé vendredi que les chasseurs pourront désormais récolter jusqu’à 15 cormorans par jour du 15 septembre au 31 décembre, chaque année.

Selon le ministère, cette nouvelle saison de chasse aidera à résoudre les inquiétudes soulevées par les incidences du cormoran sur les écosystèmes locaux. Le cormoran est un oiseau qui se nourrit de poissons - une livre par jour - et qui peut endommager les arbres dans lesquels il niche et se perche.

« Nous avons entendu les inquiétudes des propriétaires fonciers, des chasseurs et des pêcheurs, y compris les pêcheurs commerciaux, sur les dommages causés par les cormorans dans leurs localités. »

— Une citation de  John Yakabuski, ministre des Richesses naturelles et des Forêts, par voie de communiqué
Le ministre des Richesses naturelles et des Forêts de l'Ontario, John Yakabuski.

Le ministre des Richesses naturelles et des Forêts, John Yakabuski

Photo : Gouvernement de l'Ontario

Liz White, l’une des directrices de l’organisme à but non lucratif Animal Alliance of Canada, explique que son organisme est opposé à la chasse au cormoran à aigrettes.

Elle qualifie cette chasse de cruelle, puisque, selon elle, les cormorans ne sont généralement pas chassés pour leur viande. Elle questionne également les bases scientifiques de la mesure : ces oiseaux n’épuisent pas les stocks de poissons commerciaux, affirme-t-elle.

Les problèmes qui sont évoqués pour justifier la chasse aux cormorans ne sont simplement pas soutenus par la science, estime Mme White. Elle explique que, selon elle, on retrouve des cormorans où les populations de poissons sont importantes.

Là où il y a beaucoup d'oiseaux, comme des cormorans et d'autres oiseaux nicheurs, il y a aussi des populations de poissons très saines, soutient la directrice.

Un cormoran s'envole sur l'eau.

Il y aurait au moins 144 000 cormorans à aigrettes dans la province, selon le ministère des Richesses naturelles et des Forêts.

Photo : iStock / photosbyjimn

Elle concède que les excréments acides des cormorans, connus sous le nom de guano, tuent les feuilles des arbres et modifient la composition de la végétation. Mais quelle différence cela fait-il?, demande-t-elle.

Selon Mme White, une saison de chasse aux cormorans, bien que réduite par rapport au plan du gouvernement de 2018, pourrait dévaster les populations de cormoran à aigrettes. La proposition initiale prévoyait une saison de chasse de 9 mois.

Mme White rappelle qu'il s'agit d'une espèce sauvage indigène rétablie qui a été poussée à la quasi-extinction à deux reprises au cours des 200 dernières années.

« Nous savons que c'est une activité dangereuse [pour les populations de cormorans] et nous pensons qu'elle est mise de l'avant parce que les gens n'aiment pas ces oiseaux. »

— Une citation de  Liz White, Animal Alliance of Canada
Liz White.

Liz White est également cheffe du Parti pour la protection des animaux du Canada.

Photo : Facebook

Steven Price, président de Birds Canada, un organisme à but non lucratif, abonde dans le même sens.

La protection du cormoran est une réussite depuis 100 ans, avec l'élimination de ce type de chasse et le déclin de l'utilisation des pesticides. Les oiseaux sont revenus. Ils sont revenus en grand nombre. Tout le monde n'est pas heureux de voir ces grands oiseaux noirs au-dessus du lac Ontario, du lac Érié et de la région des chalets, soutient-il.

Il dénonce également le fait que la province n’a spécifié aucun objectif de conservation. Autrement dit, elle n’a pas défini ce qu'est une population de cormorans à aigrettes raisonnable.

« Quelle est la taille de la population ­[ciblée] et allez-vous engager des experts pour [l'atteindre]? »

— Une citation de  Steven Price, président de Birds Canada
Photo d'un oiseau noir qui tient un poisson dans son bec.

Des propriétaires fonciers se plaignent des déjections des cormorans.

Photo : Associated Press / Robert F. Bukaty

D'après le dénombrement de nids effectué par le ministère et ses partenaires, il y aurait au moins 143 000 cormorans nicheurs dans 344 colonies à l'échelle de la province.

Compte tenu également des données historiques, les tendances laissent supposer que les populations de cormorans croissent dans les lacs Ontario, Érié et Supérieur, et qu'elles sont stables dans le fleuve Saint-Laurent et le lac Huron, peut-on lire dans le communiqué de presse de l'annonce gouvernementale.

Accueil favorable des chasseurs

Le ministère n’a pas donné suite à une demande d’entrevue de CBC News.

Le ministre Yakabuski soutient toutefois dans un communiqué que les déjections du cormoran peuvent détruire des arbres et d'autres végétations ainsi que les habitats de nidification traditionnels d'autres oiseaux aquatiques qui vivent en colonie.

C'est pourquoi il est primordial de prendre des mesures pour assurer un équilibre sain dans les écosystèmes locaux, a-t-il conclu.

Lauren Tonelli, spécialiste de la gestion des ressources à la Fédération des chasseurs et des pêcheurs de l'Ontario, accueille favorablement l’ouverture de la chasse au cormoran à aigrettes. La fédération compte 100 000 membres, abonnés et sympathisants.

« Nous demandons au gouvernement de faire quelque chose au sujet des cormorans surabondants depuis près de deux décennies maintenant. Nous sommes très heureux de les voir reconnaître la surabondance des cormorans comme étant un problème et qu'ils prennent enfin des mesures pour y remédier. »

— Une citation de  Lauren Tonelli, spécialiste de la gestion des ressources à la Fédération des chasseurs et des pêcheurs de l'Ontario
Lac Supérieur.

Les populations de cormorans croissent notamment dans la région du lac Supérieur, selon le ministère des Richesses naturelles et des Forêts.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

Elle affirme qu’il s’agit d’une saison de chasse plutôt modeste, malgré ce que disent les groupes de protection des animaux. La saison correspond à celle d’à peu près toutes les autres espèces d'oiseaux aquatiques de l'Ontario, soutient-elle.

Nous ne pensons pas que cette chasse aura un impact énorme sur la population. Nous voyons vraiment cela comme un point de départ et une façon de reconnaître que quelque chose doit être fait. Cela donne aux individus un moyen de commencer à réduire leurs populations locales.

Avec les informations de CBC

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