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Le déconfinement des prisons critiqué par les agents correctionnels

Un couloir de prison.

La pandémie a touché plusieurs établissements de détention au Canada.

Photo : Unsplash / Matthew Ansley

Les agents correctionnels dénoncent le plan de déconfinement des centres de détention du Québec et affirment qu’il est insensé de ne pas obliger les détenus à porter un masque dans les aires communes.

Le port du masque par les employés a été d'abord recommandé à partir du 6 avril, puis rendu obligatoire au début mai dans les situations où la distanciation physique n’est pas possible.

Mais à partir d’aujourd’hui, les agents correctionnels devront porter un masque et une visière en tout temps, et ce, dans toutes les aires des établissements de détention.

En revanche, les détenus, qui recommenceront dans les prochaines semaines à avoir accès à certaines aires communes, ne sont pas dans l’obligation de porter un couvre-visage.

Le port du masque « recommandé », pas obligatoire

C’est un peu à contresens avec les directives de la santé publique; on recommande le port du masque, mais on ne veut pas l’appliquer [du côté des détenus]. On manque de courage, affirme Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec (SAPSCQ-CSN).

Mathieu Lavoie est assis à une table et travaille sur un ordinateur portable.

Le président national du syndicat des agents de la paix en services correctionnels (SAPSCQ-CSN), Mathieu Lavoie.

Photo : Radio-Canada / Piel Côté

De son côté, le ministère de la Sécurité publique indique que, selon l’avis de nos services juridiques, le décret numéro 810-2020 [sur le port du masque obligatoire] ne s’appliquerait pas aux établissements de détention et aux personnes incarcérées. Toutefois, le ministère recommande fortement aux personnes incarcérées de porter le couvre-visage lors de leurs déplacements hors cellule.

Quel raisonnement tordu amène le [ministère] à conclure que les corridors et les salles communes d'un établissement de détention ne sont pas des lieux publics fermés? On aimerait bien le savoir.

Mathieu Lavoie, président SAPSCQ-CSN

Des environnements à haut risque

Le président du syndicat précise que les agents correctionnels, qui sont parmi les travailleurs à haut risque d’être infectés, ne sont pas contre le port du masque. Ils dénoncent toutefois le fait que les directives ne sont pas également appliquées aux détenus.

C'est aberrant. En société, on porte le masque parce que c’est une protection collective. Mais on ne l’applique pas dans les établissements de détention. On ne considère pas les établissements comment des lieux publics fermés, déplore M. Lavoie.

De plus, les agents correctionnels estiment que le port de la visière sera difficile dans certains contextes. On l’a vu dans les derniers mois, lors de certaines interventions, la visière prend le bord assez vite, dit-il, en ajoutant que le syndicat dénonce le manque de consultation pour l’élaboration du plan de déconfinement.

Le bâtiment du Centre de détention de Rimouski

Les détenus ont accès aux cours extérieures, mais doivent respecter les mesures de distanciations physiques.

Photo : Radio-Canada

Il y a des solutions plus pratiques, plus faciles à mettre en place, comme le port de lunettes protectrices au lieu de la visière par exemple, dit M. Lavoie.

Le syndicat se demande également si les aires communes, nettoyées par les détenus, seront suffisamment sécuritaires.

Le plan de déconfinement inclut notamment la reprise des visites en personne au cours de l’automne 2020. La Direction générale des services correctionnels continue de préconiser les visites virtuelles, afin de limiter le nombre de personnes entrant dans les établissements. Le ministère n’a pas précisé si les visiteurs devront porter un masque.

Les détenus ont accès aux cours extérieures, mais doivent respecter les mesures de distanciations physiques. L’accès aux cours et aux bibliothèques est de nouveau prévu au cours du mois d’août.

Des établissements de détention fortement touchés

Nathalie Arguin, présidente de la Fédération des employées et employés des services publics (FEESP-CSN), affirme pour sa part par voie de communiqué qu’elle comprend mal pourquoi il est si urgent de réduire les mesures de protection dans les prisons, si une deuxième vague est attendue sous peu.

Elle rappelle que certains centres de détention, notamment, celui de Bordeaux à Montréal, ont été fortement touchés par des éclosions, tant chez les agents correctionnels que chez les détenus.

Vue du portail d'entrée de la prison.

L'établissement de détention de Montréal, aussi connu sous le nom de prison de Bordeaux.

Photo : Radio-Canada / Daniel Thomas

Au total, une centaine de détenus et une cinquantaine d’employés dans 17 établissements de détention ont été infectés. Plus d’une cinquantaine d’employés ont été infectés.

Au plus fort de la pandémie, les centres de détention ont établi des zones froides, tièdes et chaudes, comme dans les hôpitaux et les CHSLD, pour séparer les détenus infectés ou potentiellement infectés. Le port du masque, de blouses, de gants et de visières était obligatoire dans les zones où des cas de COVID-19 étaient détectés.

Les personnes incarcérées à risque d’être atteintes de la COVID-19 ou ayant des symptômes sont immédiatement isolées et demeurent confinées à leur cellule. Les personnes nouvellement incarcérées sont mises en confinement pendant 14 jours et les transferts entre établissements de détention sont réduits aux cas essentiels.

M. Lavoie ajoute que tous souhaitent un retour à normale, mais qu’un déconfinement trop précipité est risqué.

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