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Autoriser la consommation d’alcool dans les parcs? Pourquoi pas, disent des médecins

Un canette de bière sur un tronc d'arbre sur une plage.

La consommation d'alcool dans les lieux publics est réglementée partout au Canada. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Radio-Canada

Dimanche, la Ville de Toronto a rappelé sur son compte Twitter que la consommation d'alcool en public n'était tolérée sur aucune plage ou dans aucun parc et pourrait entraîner une amende allant jusqu'à 300 $. Or, certains experts des maladies infectieuses se demandent s'il n'y aurait pas lieu de repenser cette politique.

Ceux-ci affirment que l'assouplissement des lois publiques sur la consommation d'alcool n'est peut-être pas une si mauvaise idée pour aider à éviter les éclosions de COVID-19 dans les bars.

Toujours sur les médias sociaux, de nombreux Torontois ont souligné une forte présence policière et la distribution d’amendes dans les parcs de la ville le week-end dernier.

L'avocat torontois Ryan O'Connor, qui s'intéresse aux politiques publiques, estime que la ville devrait reconsidérer ses règles sur la consommation d'alcool.

Traitez les adultes comme des adultes, interpelle l’avocat.

S'il est autorisé de prendre un verre sur une terrasse, pourquoi n'est-il pas autorisé de partager une bouteille de vin avec ma femme dans un parc pendant que nous pique-niquons?

Ryan O’Connor, avocat

Boire entre amis dans de vastes espaces verts, où il y a beaucoup plus de place pour respecter les consignes de distanciation physique, pourrait prévenir des rassemblements intérieurs dangereusement bondés, juge pour sa part le Dr Zain Chagla, spécialiste des maladies infectieuses à l'Université McMaster.

Avec tous ces rapports de transmission [du virus] dans des bars et des fêtes à domicile, pourquoi ne pas minimiser les risques?, s’interroge le médecin.

Utilisons les espaces en plein air plutôt que de forcer les gens à se rassembler à l’intérieur.

Dr Zain Chagla, spécialiste des maladies infectieuses à l'Université McMaster
Des gens assis dans un parc.

Boire dans des espaces où il y a plus de place pour s'éloigner physiquement pourrait prévenir des rassemblements intérieurs dangereusement bondés, estime le Dr. Chagla.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Une question d’égalité

Selon Me O'Connor, ce n'est pas seulement une question de liberté personnelle, mais aussi une question d'égalité.

Ce n'est pas un problème pour quelqu'un qui a une grande cour à Rosedale qui peut inviter ses amis et boire une bière, dit-il, faisant référence à un quartier aisé de Toronto. C'est une autre affaire si vous vivez dans un appartement ou un condo de 500 pieds carrés et que le seul endroit où vous pouvez prendre un verre en toute sécurité est dans un parc.

Il ajoute que les personnes, toutes classes sociales confondues, qui sont déjà plus ciblées par la police en raison de leur race ou de leur appartenance ethnique, sont probablement celles qui reçoivent le plus souvent des contraventions.

Permettre un verre tranquille après la pandémie

Depuis le début de la pandémie, 113 contraventions liées à l'alcool ont été données à Toronto, sans compter celles distribuées au mois de juillet. Les chiffres pour ce mois ne sont pas encore disponibles.

Dans un fil de discussion du site Reddit, le porte-parole de la Ville a expliqué que le problème reste la démesure et les fêtes organisées avec des caisses de bière amenées sur la plage ou dans les parcs.

L'ivresse et les déchets qui résultent d'une consommation excessive d'alcool ruinent tout simplement le plaisir des plages et des parcs pour les autres.

Brad Ross, porte-parole de la Ville de Toronto

Il ajoute que la Ville n’a pas d’intérêt à distribuer une amende à une personne qui boit une bière.

Une fois que [la pandémie sera derrière nous], j'imagine que la Ville reviendra sur le problème de l'alcool dans les parcs avec des règlements appropriés pour permettre un verre tranquille, mais aussi pour freiner l'enthousiasme de la petite minorité qui a tendance à aller trop loin, a-t-il écrit.

Le Dr Ilan Schwartz, spécialiste des maladies infectieuses à l'Université de l'Alberta à Edmonton, répond que le fait de pouvoir boire en public n'entraîne pas nécessairement une consommation excessive d'alcool.

Nous ne voulons pas interdire tout comportement simplement parce que poussé à l'extrême, il peut y avoir des exemples problématiques, insiste-t-il.

Selon lui, l'assouplissement des lois publiques sur la consommation d'alcool serait utile dès maintenant, pendant les courts mois d'été d'une longue pandémie.

Tout ce qui est à l'extérieur, tant que les gens ne sont pas côte à côte, nous devrions l’encourager, ajoute-t-il.

Réglementations différentes à travers le pays

À l'exception du Québec, où les gens sont autorisés à boire dans un parc à condition d'avoir également de la nourriture, il est interdit de boire à l'extérieur dans la plupart des régions du Canada.

En Ontario, la Loi sur la réglementation des alcools et des jeux interdit de boire dans un lieu public, mais en avril 2019, le gouvernement Ford a annoncé son intention d'assouplir les lois de la province en la matière. Il souhaite laisser aux municipalités le soin de réglementer les endroits où les gens pourraient consommer de l'alcool.

Lors de sa campagne de réélection il y a deux ans, le maire de Toronto, John Tory, a par ailleurs annoncé son intention de revoir les règles de consommation d'alcool de la ville. Mais en temps de pandémie, la municipalité entend rester ferme sur ce point-là.

Vancouver, quant à elle, montre déjà la voie. Sa Commission des parcs a voté lundi en faveur d’un projet pilote qui permettrait de consommer de l’alcool dans 22 parcs de la ville de la mi-août au 12 octobre.

Le Dr Chagla souligne toutefois que les gens devraient toujours être conscients de la distanciation physique si les lois sont assouplies dans leurs municipalités, et les personnes à haut risque devraient toujours éviter ces situations.

Le risque est faible, mais pas nul, prévient-il.

Avec les informations de Sara Jabakhanji, CBC News

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Toronto

Santé publique