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L'accès à un vaccin contre la COVID-19 pourrait être plus rapide pour certains pays

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Illustration d’un petit flacon étiqueté avec un autocollant «Vaccin» et d'une seringue médicale devant les mots «Coronavirus COVID-19».

Illustration d’un petit flacon étiqueté avec un autocollant « Vaccin » et d'une seringue médicale devant les mots « Coronavirus COVID-19 ».

Photo : Reuters / Dado Ruvic

Radio-Canada

L'accès au vaccin contre la COVID-19 constitue un véritable défi pour les gouvernements à travers le monde. Les pays jouent dur dans un contexte de « nationalisme » croissant en ce qui a trait aux vaccins. Ils savent qu’une fois ce vaccin prêt, tout le monde n'y aura pas accès en même temps.

Un texte d'Emily Chung de CBC

De nombreux pays riches parient déjà sur des vaccins qui en sont encore à un stade de développement relativement précoce, sans avoir la garantie qu'ils seront un jour suffisamment performants pour être approuvés ou pour protéger leur population. Voici un aperçu de la situation et des conséquences possibles.

Quels moyens peuvent prendre les pays pour assurer leur propre approvisionnement?

  • Fournir des fonds pour le développement et la fabrication de leurs propres travaux de recherches afin de les aider à accélérer le processus.
  • Fabriquer un vaccin dans leur propre pays et empêcher son exportation.
  • Conclure des accords pour réserver ou précommander un grand nombre de doses.

Quel impact cela aura-t-il sur les autres pays ?

Lors des précédentes pandémies, comme celle de la grippe H1N1 en 2009, les pays les plus riches ont acheté les premiers lots, laissant les pays à faible revenu les mains vides.

Mais même certains pays riches, comme le Canada, n'ont pas pu être parmi les premiers acheteurs s'ils ne disposaient pas de leurs propres installations de fabrication. C'est ce qui est arrivé en 1976, lors de l'épidémie de grippe porcine, quand les États-Unis ont décidé de vacciner toute leur population avant d'autoriser les producteurs de vaccins à exporter leurs produits au Canada.

Martin Veller se fait injecter un vaccin dans l'épaule.

Le professeur Martin Veller, doyen de la Faculté des sciences de la santé de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg, reçoit un vaccin expérimental contre la COVID-19.

Photo : Getty Images / LUCA SOLA

Que font les pays pour assurer leur propre approvisionnement ?

Les États-Unis disposent d'un programme appelé Operation Warp Speed, qui vise à produire un vaccin plus rapidement que n'importe qui d'autre. Le président Donald Trump a déclaré qu'il espérait que ce vaccin serait disponible avant la fin de l'année.

Le programme a déjà annoncé qu'il fournit plus de 6 milliards de dollars américains pour payer le développement, la fabrication et les précommandes ou les réservations de centaines de millions de doses de candidats vaccins prometteurs des sociétés américaines Johnson & Johnson, Moderna, Novavax, Pfizer et Merck, ainsi que de la société britannique AstraZeneca.

Dr Francis Collins.

Dr Francis Collins, directeur des Instituts nationaux américains de la santé, présente un modèle de COVID-19, connu sous le nom de coronavirus, lors d'une audition au Sénat.

Photo : Getty Images

De son côté, la Commission européenne prévoit d'utiliser un fonds d'urgence de 2,4 milliards d'euros (près de 3,7 milliards de dollars canadiens) pour acheter à l'avance jusqu'à six vaccins destinés à 450 millions de personnes.

L'Allemagne, la France, l'Italie et les Pays-Bas ont également signé un accord avec AstraZeneca pour plus de 300 millions de doses de son vaccin, auquel, selon eux, tous les membres de l'UE peuvent participer.

Entre-temps, le Royaume-Uni a précommandé près de 200 millions de doses à AstraZeneca, à BioNTech/Pfizer et à la société française Valneva.

Il est à craindre que ces précommandes réduisent la disponibilité initiale des vaccins dans le reste du monde, comme cela s'est produit lors de précédentes pandémies. La Commission européenne a expressément déclaré qu'elle n'achèterait pas de vaccins produits exclusivement aux États-Unis puisqu'elle a des préoccupations concernant des retards dans les livraisons à l'Europe.

Que fait le Canada pour assurer son propre approvisionnement?

Le gouvernement fédéral a créé un fonds de 600 millions de dollars pour soutenir les essais cliniques et la fabrication de vaccins au Canada.

Il suit également de près les efforts de développement des vaccins – tant au niveau national qu'international – et s'efforcera de négocier rapidement des accords d'achat anticipé avec le(s) fabricant(s) de vaccins afin de garantir l'approvisionnement de tous les Canadiens dès que possible, a déclaré Geoffroy Legault-Thivierge, porte-parole de l'Agence de la santé publique du Canada, dans un courriel à CBC News.

Cependant, en date du 30 juillet, de tels accords n'avaient pas encore été annoncés.

Le gouvernement a également annoncé qu'il commandait suffisamment d'équipement, comme des seringues, des tampons alcoolisés et des pansements, pour pouvoir donner au moins deux doses de vaccin à chaque Canadien lorsqu'il sera disponible.

Néanmoins, les experts signalent que le Canada ne dispose pas actuellement d'une grande capacité de fabrication de vaccins, même pour ceux qui sont développés au pays. Plusieurs devront être fabriqués ailleurs et certaines sociétés étrangères pourraient même se voir octroyer un permis pour les fabriquer.

La société Medicago, basée à Québec, est le premier candidat vaccin canadien à entamer des essais cliniques. Mais le pdg Bruce Clark a déclaré que la principale usine de fabrication de son entreprise se trouve aux États-Unis, ce qui signifie qu'il n'y a aucune garantie qu'un approvisionnement parviendra au Canada en temps voulu.

Garantieest un mot fort, a déclaré M. Clark à la Presse canadienne en juillet. Des choses étranges arrivent aux frontières dans le contexte d'une pandémie.

La Dre Noni MacDonald, professeure de pédiatrie et de maladies infectieuses à l'Université Dalhousie et au Centre de santé IWK de Halifax, a déclaré que le Canada est un très petit marché.Et nous n'aurons pas de vaccin si le fabricant ne demande pas d'autorisation, a indiqué la chercheuse qui s'intéresse aux questions éthiques entourant les vaccins.

Dans le passé, certains fabricants n'ont pas donné la priorité au Canada, a-t-elle ajouté. Elle cite l'exemple du fabricant du vaccin contre la varicelle qui n'a demandé l'approbation au Canada qu'après avoir rendu disponible pendant cinq ans aux États-Unis.

COVID-19     : ce qu'il faut savoir

Pourquoi tous les pays devraient-ils avoir accès à un vaccin?

Parce qu'il s'agit d'une pandémie mondiale et que notre monde est interconnecté, les épidémies dans n'importe quel pays peuvent se déplacer vers d'autres pays et y provoquer des épidémies, selon la Dre MacDonald.

Pour que vous soyez en sécurité... votre pays doit être en sécurité et tous les autres pays doivent être en sécurité.

Dre Noni MacDonald, professeure de pédiatrie et de maladies infectieuses à l'Université Dalhousie et à l'Hôpital IWK de Halifax

C'est même le cas si toute la population est vaccinée, a-t-elle dit, car un vaccin donné ne fonctionne généralement pas pour tout le monde.

En raison des contraintes de fabrication et de distribution, lorsqu'un vaccin devient disponible pour la première fois, on ne s'attend pas à ce qu'il y en ait suffisamment pour vacciner toute la population, même dans les pays riches qui l’auront commandé à l'avance. Cela signifie que la plupart de leurs populations pourraient rester à risque pendant longtemps si la pandémie n'est pas maîtrisée dans d'autres parties du monde.

Les flambées ont également tendance à être plus graves et plus difficiles à contrôler dans les pays pauvres, ce qui représente un risque plus élevé pour leurs propres populations et pour le monde entier.

Le Dr Joel Lexchin, professeur émérite de l'Université York à Toronto qui a étudié la politique pharmaceutique, a déclaré que de nombreux pays riches comme le Canada sont capables de contrôler le virus sans vaccin grâce à des mesures telles que l'éloignement physique, le lavage fréquent des mains, le port de masques et la fermeture temporaire de certaines entreprises et de certains services.

Pendant ce temps, les pays plus pauvres, où de nombreuses personnes vivent dans des conditions de promiscuité – certains d'entre eux ayant un accès limité à des choses comme l'eau potable et le savon – luttent à la fois pour contrôler l'épidémie et pour traiter ceux qui sont tombés malades.

Je pense que vous devez voir où l'épidémie est encore la plus grande menace pour la santé publique et aussi où les ressources en soins médicaux sont les plus faibles.

Dr Joel Lexchin, professeur émérite à l'Université de York et médecin urgentiste à Toronto

Vous pouvez faire valoir, dit-il, que même si nous avons besoin d'un vaccin au Canada, ils en ont bien plus besoin que nous.

Qu'en est-il des efforts mondiaux pour assurer une distribution équitable?

Il y a en a quelques-uns, mais le plus important est sans doute le COVAX Facility, une initiative de l'Organisation mondiale de la santé avec Gavi, l'Alliance pour les vaccins – un partenariat public-privé fondé par la Fondation Bill & Melinda Gates qui vaccine les enfants contre des maladies mortelles –, de même que la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations, qui vise à développer des vaccins pour arrêter les futures épidémies.

COVAX regroupe les fonds de douzaines de pays pour investir dans des vaccins potentiels partout dans le monde. L’objectif est de fournir deux milliards de doses de vaccins d'ici 2021. Avec ce programme – qui prévoit mettre en relation des pays développés et des pays en développement – tous les pays participants recevront suffisamment de doses d'un vaccin efficace pour 20 % de leur population, la priorité étant donnée dans un premier temps aux travailleurs de la santé.

À ce jour, 75 pays riches – dont le Canada, mais pas les États-Unis – ont signé un accord de partenariat avec 90 pays pauvres qui représentent, ensemble, plus de 60 % de la population mondiale.

Le programme comprend également des investissements dans les installations des fabricants de vaccins et des incitatifs à la mise en oeuvre par le biais de précommandes.

Comme un grand nombre de vaccins risquent de ne pas fonctionner et se rendre sur le marché, COVAX investit dans de nombreux vaccins candidats, augmentant ainsi ses chances d'avoir accès à un vaccin efficace.

Le Canada s'est déjà engagé à verser 850 millions de dollars pour la réponse mondiale au coronavirus et 120 millions de dollars pour l'initiative plus large dont fait partie COVAX, appelée « Accélérateur de l'accès aux outils COVID-19 ». Gavi, l'Alliance pour les vaccins affirme avoir recueilli 600 millions de dollars américains auprès des pays à revenu élevé et du secteur privé, afin d'inciter les fabricants à produire suffisamment de vaccins pour garantir l'accès des pays en développement.

Est-ce que les efforts déployés pour une distribution équitable des vaccins porteront fruit?

Selon M. Lexchin, de l'Université York, il n'est pas certain que les vaccins seront distribués de manière équitable. Il indique, dans un article de The Conversation, que même avec COVAX, les pays riches obtiendront le vaccin avant les pays pauvres et tous les pays ne pourront vacciner que leurs groupes hautement prioritaires, comme les travailleurs de la santé, soit seulement 20 % de leur population grâce au programme, ce qui limite son influence.

Dans une entrevue, M. Lexchin a déclaré que les pays à revenu intermédiaire comme le Brésil et le Mexique passent parfois à travers les mailles du filet, car ils ne sont pas assez pauvres pour profiter des prix plus bas offerts par les fabricants, qui fixent les prix.

Il estime que les dirigeants, y compris ceux du Canada, doivent également s'engager en exigeant que les vaccins et les traitements soient mis à la disposition des pays à faible et moyen revenu à des prix abordables si des fonds publics ont été reçus pour leur développement.

Se voulant optimiste, Noni MacDonald déclare : nous sommes en meilleure position pour être plus équitables au sujet d'un vaccin contre la COVID-19 à l'échelle mondiale que nous ne l'étions pour la pandémie de grippe. Y arrivera-t-on? La Dre MacDonald dit espérer que nous le ferons plus correctement.

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