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Les registres de clients, un exercice d’équilibre entre vie privée et bien public

Une terrasse du centre-ville d'Ottawa.

Les restaurants et les bars devront prendre les coordonnées de tous leurs clients dès vendredi prochain (archives).

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Radio-Canada

Les personnes qui fréquentent les bars, les restaurants et même ceux qui font des visites guidées en bateau devront donner leur nom et leurs coordonnées à leur arrivée au commerce de leur choix dès vendredi.

En vertu de la nouvelle réglementation, les établissements devront garder en banque les informations inscrites dans les registres pendant 30 jours. Cette loi vise notamment à améliorer les enquêtes épidémiologiques et le traçage des contacts si jamais un cas positif se déclare dans un commerce.

On dirait que chaque semaine, on a une nouvelle liste de protocoles à suivre. Certains sont raisonnables, d’autres moins, mais on est toujours capables de trouver une solution mitoyenne pour la plupart d’entre eux, relate le propriétaire du Blue Cactus Bar & Grill, Bob Firestone.

La terrasse de son restaurant du marché By est souvent pleine de clients — assis à une distance physique nécessaire les uns des autres — et il ne voit pas de problème à tenir un registre.

Pour Johny Bonney, gérant adjoint au restaurant King Eddy, cette mesure marquera une nouvelle étape pour l'établissement. Pour nous autres, ça va être une nouvelle étape de service. D’habitude, quand une personne entre ou se présente, nous avons une personne qui [les guide à leur table], explique-t-il.

On espère que le monde sera coopératif avec ce qu’on demande. Je pense que c’est une bonne chose pour nous autres et le public, souligne M. Bonney.

Ce n’est pas nous qui demandons ça, c’est plutôt un ordre de la santé publique. C’est une condition sur notre licence.

Johny Bonney, gérant adjoint au restaurant King Eddy

Avec le port du masque obligatoire des dernières semaines, M. Bonney a bon espoir que les gens donneront leurs renseignements à l’établissement. On l’a vu avec les masques, les gens sont assez partants.

Il rappelle que les livraisons et commandes à emporter sont toujours disponibles si certains sont plus réticents à donner leur nom et numéro de téléphone aux restaurateurs.

De son côté, le propriétaire du Moulin de Provence à Ottawa, Claude Bonnet, ignore pour l’instant s’il devra lui aussi tenir un registre.

L'homme devant son restaurant.

Claude Bonnet, le propriétaire du Moulin de Provence dans le marché By

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poudrier

On a tellement de choses qui nous arrivent, qui nous sont inconnues. On est toujours dans un moment d’incompréhension comme tout le monde, dit-il.

Malgré la confusion, M. Bonnet n’est pas fermé à l’idée et croit que la population ne l’est pas non plus. Je pense que ceux qui sont déjà responsables, je pense que la population l’est, vont le faire.

La meilleure solution, c’est de s’entraider à essayer d’améliorer le système, conclut-il.

Au Québec, les bars doivent tenir un registre des clients depuis déjà quelques semaines. Malgré certaines réticences, l’ajustement semble bien se faire, selon le propriétaire du bar Le Troquet, Éric Gaudreault.

En général, les gens respectent bien les consignes. Grâce à notre clientèle, c’est quelque chose qui se passe bien, dit-il.

On sent qu’il y a un certain côté des libertés individuelles qui est brimé d’une certaine façon avec ça. Mais le gros bon sens fait en sorte qu’on rassure les gens pour leur dire que c’est vraiment juste au cas, ajoute le propriétaire.

La fin de l’anonymat, selon une experte de la vie privée

Teresa Scassa réagit au micro de Brigitte Bureau.

Teresa Scassa, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit de l'information (archives)

Photo : Radio-Canada

Il faut tout même faire preuve d’une certaine prudence devant les registres, croit Teresa Scassa, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en politiques et droit de l’information.

Elle comprend les motifs du gouvernement d'imposer une telle mesure, étant donné la série d’augmentations importantes des cas de COVID-19, souvent liées à des sorties dans les bars. Cela dit, la professeure de droit à l’Université d’Ottawa note que c’est la fin des sorties anonymes au restaurant, du moins pour le moment.

Pour beaucoup de gens, les registres ont des implications avec leur vie privée et leur liberté d’association, explique-t-elle. Mme Scassa souligne cependant qu’avec ce genre d’initiatives, tout est une question d’équilibre.

Nos droits fondamentaux [de la Charte canadienne des droits et libertés] sont toujours soupesés contre l’intérêt public, et dans ce cas-ci, l’intérêt public, c’est de limiter la propagation de la COVID-19, explique-t-elle.

Des lois pour encadrer la collecte et la destruction des renseignements

Les entreprises qui tiendront des registres doivent non seulement obéir à la nouvelle loi elle-même, mais aussi à toutes celles qui existent déjà pour protéger la vie privée des citoyens. Les employés devront être formés pour non seulement recueillir les informations des clients, mais aussi pour en disposer une fois la période de 30 jours terminée.

Vous ne pouvez pas simplement gribouiller les noms sur une feuille laissée sans surveillance à l’entrée. Il faut entreposer les renseignements de manière sécuritaire, indique Mme Scassa.

On ne jette pas non plus les listes dans la poubelle. Si elles sont manuscrites, il faut les déchiqueter et si elles sont informatisées, il faut s’assurer de les supprimer correctement.

Depuis vendredi dernier, il est aussi possible de télécharger l’application Alerte COVID, un outil qui prévient ses utilisateurs s’ils ont été en contact avec quelqu’un qui a contracté le nouveau coronavirus. L’application et les registres sont des mesures complémentaires, fait aussi valoir la professeure.

Si l’une des mesures ne fonctionne pas — si quelqu’un oublie son téléphone intelligent avant de sortir dans un bar, par exemple —, l’autre permettra à la santé publique d’avertir la personne dans leurs enquêtes épidémiologiques.

M. Fireston, de son côté, espère que la météo restera clémente et que les gens demeureront vigilants.Il faut que tout le monde travaille collectivement pour suivre les règles pour qu’on puisse continuer de venir au boulot sans s’inquiéter de devoir fermer, souhaite le restaurateur.

Avec les informations de Yasmine Mehdi et Kimberley Molina de CBC

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