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Washington laisse planer le doute sur l'avenir de TikTok aux États-Unis

Le gouvernement américain soupçonne TikTok de partager les données de ses utilisateurs avec le renseignement chinois.

Le logo de TikTok est coincé entre des drapeaux américains et chinois

TikTok compte jusqu'à 80 millions d’utilisateurs actifs quotidiens aux États-Unis.

Photo : Reuters / Florence Lo F

Radio-Canada

Washington accentue un peu plus la pression sur la firme chinoise ByteDance propriétaire de l'application vidéo TikTok pour qu'elle la vende. Mais les pourparlers semblaient au point mort samedi, en raison de l'opposition de Donald Trump au rachat de l'application qu'il menace de bannir.

Après d’intenses pourparlers ces derniers jours entre la Maison-Blanche, ByteDance et de possibles repreneurs pour TikTok, dont le géant informatique Microsoft, Trump a finalement jeté un pavé dans la mare vendredi soir en annonçant qu'il agirait dès samedi pour signer un décret interdisant la célèbre application de vidéos sur le territoire américain.

ByteDance, qui est soupçonnée par Washington de partager les données de ses utilisateurs avec le renseignement chinois, a toutefois fait savoir samedi par la voix de Vanessa Pappas, responsable de la branche américaine de TikTok, que l’entreprise entendait bien rester.

Nous avons entendu votre déferlement de soutien et nous voulons vous dire merci. Nous n’avons pas l’intention de partir, a-t-elle assuré dans une vidéo publiée sur l’application à l’intention de ses utilisateurs inquiets.

Elle s'est aussi dite fière des 1500 employés américains et des 10 000 emplois additionnels que nous allons créer dans ce pays au cours des trois prochaines années.

La plateforme de divertissement très populaire auprès des jeunes compte près d'un milliard d'utilisateurs dans le monde. Sa popularité s'est encore renforcée à la faveur des mois de pandémie et de distanciation sociale.

Après des semaines de rumeurs et de pression, Washington avait indiqué vendredi que le président s'apprêtait à signer un ordre officiel pour obliger ByteDance à se séparer de TikTok, au nom de la protection de la sécurité nationale.

Selon plusieurs médias américains, le géant Microsoft était déjà bien avancé dans les négociations pour le rachat du réseau social. Mais samedi, les pourparlers semblent ne pas avoir abouti.

Des discussions devraient néanmoins se poursuivre dans les prochains jours.

TikTok : une menace réelle

Depuis plusieurs mois, le gouvernement américain se demande si l'application est susceptible d'être influencée par le gouvernement chinois, en ce qui concerne d'éventuelles censures du matériel partagé sur la plateforme ou le partage de données d'utilisateurs américains avec des responsables chinois.

L'application a notamment fait l'objet d'une enquête par les experts du Comité sur les investissements étrangers aux États-Unis (CFIUS), qui ont examiné l'achat par ByteDance en 2017 de Musical.ly, une application qui a fini par devenir TikTok. Et les forces armées américaines ont interdit l'utilisation du réseau social à leurs employés.

Selon l'ancien officier à la sécurité informatique au ministère canadien de la Défense nationale Steve Waterhouse, la menace est réelle et les inquiétudes quant à une possible ingérence de la Chine dans l’entreprise semblent sont fondées.

Près de 40 % des connexions qui se font avec TikTok ne vont pas vers ByteDance aux États-Unis, mais vers Alibaba, en Chine. Ceci corrobore les craintes envers TikTok, qui pourrait ainsi aspirer des informations personnelles.

Steve Waterhouse, expert en cybersécurité

Par ailleurs, dans un contexte d’élection, TikTok peut influencer ses utilisateurs ou créer de la désinformation, croit l'expert.

Quand ça vient d'une source extérieure, c'est plus difficile à contrôler, ajoute-t-il. Le président ne veut pas qu'il y ait d'interférence dans l'élection américaine. Il y a la crainte justifiée d'être épié.

Une interdiction peu probable

Si l’application était bannie, elle serait retirée des applications Apple store et Google, d'après certains experts américains.

Pour Ben Bajarin de Creative Strategies, une société d'analyse et d'étude de marché basée en Californie, même si une telle interdiction peut sembler légitime, il demeure toutefois peu probable qu’elle ait lieu, en raison de la pression exercée par ByteDance pour vendre et demeurer sur le territoire américain.

Selon Amber Atherton, présidente de Zyper, une plateforme de marketing communautaire, si TikTok est finalement bannie, les adolescents américains continueront de toute façon à accéder à [la plateforme] par un réseau privé virtuel de la même manière que les adolescents accèdent à Instagram en Chine.

Et une telle interdiction ne ferait rien pour résoudre le problème plus vaste de la surveillance gouvernementale non justifiée, croit pour sa part Jennifer Granick de la puissante organisation de défense des droits civiques ACLU,

Nous devons être vigilants sur le risque que des données privées et sensibles soient transférées à des gouvernements abusifs, y compris le nôtre, explique-t-elle. Mais bannir une plateforme, même si c'était légalement possible, nuit aussi à la liberté d'expression en ligne.

Sans compter que cette interdiction du populaire réseau social viendrait un peu plus envenimer les relations déjà tendues entre la Chine et les États-Unis. De possibles représailles de la Chine contre les entreprises américaines seraient alors à envisager.

Cela pourrait aussi rendre de nombreuses entreprises méfiantes à l'égard du gouvernement américain en raison de ses décisions capricieuses, qui conduisent à l'instabilité et à l'incertitude, déclare également Sucharita Kodali, analyste chez Forrester Research, une société de recherche sur le commerce électronique. Les investisseurs choisissent généralement des capitaux dans des environnements plus stables et plus prévisibles.

D'autres pays ont pourtant déjà pris de telles mesures envers des applications étrangères. C'est le cas de l'Inde, qui a interdit des dizaines d'applications chinoises, dont TikTok, en citant des préoccupations relatives à la vie privée et à la sécurité nationale, dans un contexte de tensions entre les deux pays.

Ancré aux États-Unis

TikTok a souvent dû se défendre de ses liens avec la Chine, où ByteDance possède une application similaire sous un autre nom. L'application a toujours nié partager des données avec les autorités chinoises et ne pas censurer les vidéos portant sur des sujets sensibles pour la Chine.

Ces derniers mois, le réseau social a tenté de démontrer que son identité et ses pratiques étaient solidement ancrées aux États-Unis.

Le 1er juin, Kevin Mayer, l'ancien responsable des plateformes de vidéos en ligne de Disney, a pris la tête de la plateforme. Il est chargé de superviser les ventes, le marketing, les relations publiques, la sécurité, la modération des contenus et les affaires juridiques de TikTok, en rapportant directement à Zhang Yiming, fondateur et président de ByteDance.

Début juillet, l'application a aussi interrompu son activité à Hong Kong à cause de la récente loi sur la sécurité nationale imposée par la Chine, qui donne plus de pouvoirs à la police, notamment en matière de surveillance.

Cette décision était alignée sur celle des autres grands réseaux sociaux californiens : Facebook, YouTube (Google) et Twitter venaient d'annoncer qu'ils ne répondraient plus aux demandes d'informations sur leurs utilisateurs émanant des autorités de Hong Kong, par respect pour la liberté d'expression.

Mais ces efforts n'auront visiblement pas convaincu le gouvernement américain.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse, et CBC

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