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COVID-19 et obésité : une « prise de conscience » est nécessaire

Richard Béliveau, directeur scientifique de la Chaire en prévention et traitement du cancer à l’UQAM

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les personnes en surpoids sont plus susceptibles de subir des complications sérieuses si elles contractent la COVID-19, selon une étude britannique. Richard Béliveau, docteur en biochimie et directeur scientifique de la Chaire en prévention et traitement du cancer à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), estime qu’il faut sortir de la rectitude politique quand on parle d’obésité.

Est-ce que l’étude britannique vient confirmer ce que l’on savait déjà?

[La COVID-19] est un virus qui frappe tout le monde, mais qui n'a pas d'effets catastrophiques chez tout le monde. Parmi les maladies prédisposantes, qui rendent une personne plus vulnérable à une attaque virale, il y a l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et l’obésité. Mais les données publiées en Italie, en France et en Angleterre sont très claires concernant les personnes âges de moins de 60 ans : si vous êtes obèse et que vous avez moins de 60 ans, vous avez deux fois plus de risques d’être hospitalisé, vous avez deux fois plus de risques de pneumonie et vous avez surtout sept fois plus de probabilité d’être hospitalisé aux soins intensifs, d’être intubé et mis sous respirateur.

En France, des médecins urgentologues ont observé que les personnes obèses ne représentent que 17 % de la population, mais qu'elles constituent pourtant 83 % des patients hospitalisés aux soins intensifs. C’est énorme : cinq fois plus que ce qu’on devrait statistiquement observer!

Donc l’obésité est un facteur aggravant…

Oui, aux États-Unis, au Québec et au Canada, 90 % des décès qu’on a eus étaient chez des personnes âgées et c’était un peu la même chose partout sur la planète. Mais ce n’est pas juste le fait d’être âgé qui cause la vulnérabilité à la COVID, c’est aussi d’avoir une maladie qui prédispose à l’avoir. Chez nous, 26 % de la population canadienne est obèse et 37 % sont en surpoids.

Quel est le lien entre obésité et COVID-19?

C’est un lien complexe. L’accumulation de graisse dans la cavité abdominale diminue la capacité des poumons à faire les échanges gazeux. Les obèses ont des capacités pulmonaires réduites, le mouvement du diaphragme est réduit. Il y a donc un aspect mécanique entre l’obésité et la COVID, comme c’est le cas avec d’autres types de virus comme la grippe.

Le deuxième lien est biochimique. Quand vous êtes en surcharge pondérale, vous êtes en inflammation chronique du tissu adipeux et ça, c’est un problème majeur. On meurt de la COVID à cause de la tempête inflammatoire et de l’incapacité du corps à y répondre. Quand vous êtes obèse, vous avez déjà une condition préinflammatoire que le virus vient exacerber.

Dessin représentant l'interaction entre le virus et la cellule.

Une protéine S du coronavirus (en rose) s'amarre à un récepteur ACE2 d'une cellule humaine (en bleu), ce qui lui permet ultimement de pénétrer dans la cellule.

Photo : iStock / selvanegra

Quel est le rôle de l’enzyme de conversion de l’angiotensine II?

C’est le troisième lien entre obésité et COVID-19. Chez les personnes obèses, le réseau capillaire de vaisseaux sanguins nécessaire pour alimenter cette graisse en oxygène et en nutriments est plus grand. Si vous avez 10 livres ou 20 livres de trop, vous avez des milliers de kilomètres de capillaires sanguins de plus et donc plus de portes d’entrée pour le virus. Le récepteur qui permet au virus de rentrer dans vos cellules s’appelle l’enzyme de conversion de l’angiotensine. II est surexprimé dans les vaisseaux sanguins et donc le virus pénètre mieux et cause des problèmes cardiovasculaires associés à la COVID-19.

Mais c’est encore tabou de stigmatiser les personnes en surpoids, non?

Il faut prendre conscience que l’obésité est un problème de santé. L’Organisation mondiale de la santé l’a dit l’an dernier : l’obésité sera au 21e siècle ce que le tabac a été au 20e siècle.

L’obésité est liée au développement de plusieurs maladies chroniques et à une vulnérabilité aux attaques virales, alors il faut prendre conscience qu’il n’y a pas d’obésité santé. Il faut sortir de la rectitude politique qui nous empêche de parler librement d’obésité. Ici, on cache ça en dessous du tapis comme si c’était une honte publique. Il faut se prendre en main individuellement et le faire pour l’ensemble de la société. C’est une prise de conscience globale qu’on doit faire.

Ce texte a été adapté à partir d'une entrevue de RDI matin week-end afin d'en faciliter la lecture.

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