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Qui seront les premiers à avoir droit au vaccin contre la COVID-19?

Une infirmière portant un masque de protection tient une seringue.

Une infirmière tient le vaccin en développement par des laboratoires chinois contre la COVID-19.

Photo : Reuters / AMANDA PEROBELLI

Radio-Canada

Lorsque les premiers vaccins contre la COVID-19 seront disponibles, il n'y en aura pas assez pour tout le monde. Pourquoi devrions-nous nous attendre à une pénurie et qui sont les Canadiens qui devraient en bénéficier en premier?

Un texte d'Emily Chung, de CBC

Il existe actuellement au moins 166 vaccins à différents stades d'essais précliniques et cliniques (sur l’être humain), selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Les experts américains et européens affirment que, dans un scénario optimiste, le premier de ces vaccins pourrait achever les tests et obtenir l'autorisation de distribution l'année prochaine.

Une usine devrait alors les produire selon les normes de sécurité et de qualité requises, ce qui prendra du temps, estiment des experts.

Tout le monde ne pourra pas l'obtenir, affirme le Dr Joel Lexchin, professeur émérite à l'université de York et médecin urgentiste à Toronto, qui a étudié et écrit sur la politique pharmaceutique.

Nous devrons donc établir des priorités, dit-il. Certains pays auront un meilleur accès au vaccin que d’autres, et certains groupes dans ces pays seront priorisés.

Comment désigner les groupes prioritaires?

Lorsque les approvisionnements sont limités, les pays doivent trouver un moyen de tirer le meilleur parti possible de l'offre minimale dont nous disposons, explique le Dre Noni MacDonald, professeur de pédiatrie et de maladies infectieuses à l'université Dalhousie et à l'hôpital IWK de Halifax, qui a étudié les questions éthiques liées aux vaccins.

Au Canada, cette évaluation, fondée sur des données probantes, est effectuée par le Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI) qui, explique-t-elle, est guidé par les objectifs de la réponse du Canada à la pandémie.

Il s’agit d’abord de réduire au minimum le nombre de patients gravement malades et de décès (y compris ceux atteints de maladies autres que la COVID-19), et d'abaisser au minimum les perturbations sociales, notamment en réduisant le fardeau sur les ressources du réseau de la santé.

Dans le monde entier, les travailleurs de la santé de première ligne qui s'occupent des patients atteints de la COVID-19 auront vraisemblablement une priorité absolue pour obtenir les vaccins, car ils courent un risque élevé, étant exposés au virus.

On s'attend à ce que les pays ciblent les populations qui courent un risque très élevé, voire le plus élevé, de maladie grave et de décès.

Pre Ruth Faden, fondatrice de l'Institut Berman de bioéthique à l'université Johns Hopkins de Baltimore
COVID-19     : ce qu'il faut savoir

La priorisation commence au stade des essais cliniques

Les vaccins peuvent fonctionner différemment selon les groupes.

Pour les essais cliniques de phase précoce (phases 1 et 2), le CCNI recommande de ne pas donner la priorité uniquement aux adultes en bonne santé, qui sont généralement utilisés pour tester l'innocuité, mais aussi aux personnes qui ont besoin d'un vaccin.

Il s’agit notamment des adultes âgés de 60 ans et plus sans problèmes de santé sous-jacents, en raison du risque plus élevé que ces personnes ont de contracter une maladie grave.

Devront également être ajoutés dès que possible : les enfants et les adolescents, les adultes immunodéprimés et les femmes enceintes.

Pour les tests cliniques de phase tardive (phase 3), lorsque l'innocuité a déjà été établie et que l'accent est mis sur l'efficacité, le CCNI recommande de donner la priorité aux personnes souffrant de problèmes de santé qui constituent des facteurs de risque de COVID-19 grave, comme l'asthme, le diabète, l'hypertension, les maladies pulmonaires chroniques et les maladies cardiovasculaires.

Seront aussi concernées les personnes plus vulnérables en raison de la nature de leur travail, comme dans les services d'urgence des hôpitaux et ceux qui ont beaucoup de contacts sociaux dans leur travail ou les voyageurs internationaux. Les personnes qui vivent dans des établissements de soins de longue durée, les sans-abri et les personnes souffrant de troubles liés au tabac, à l'alcool ou à la drogue devraient aussi en faire partie.

Certains groupes ethniques et certains immigrants ou réfugiés pourraient aussi être inclus.

Les groupes les plus vulnérables à la COVID-19, y compris les personnes âgées, diffèrent légèrement de ceux des pandémies de grippe telles que celle de la grippe H1N1 (où les femmes enceintes, les nourrissons et les jeunes enfants étaient les plus à risque). Mais les groupes prioritaires recommandés à ces occasions donnent une idée de ce à quoi pourrait ressembler l'ordre priorité des vaccins contre COVID-19.

Une main pousse une seringue pour faire pénétrer l'aiguille dans une épaule.

Un patient reçoit un vaccin.

Photo : Radio-Canada

Voici comment on a réagi contre la H1N1 en 2009

Lorsque les 7 à 10 millions de doses du vaccin contre la grippe H1N1 ont été distribuées en 2009, voici qui le gouvernement a recommandé de vacciner en premier :

  • les personnes de moins de 65 ans souffrant de maladies chroniques,
  • les femmes enceintes,
  • les enfants de moins de cinq ans (mais pas les nourrissons de moins de six mois),
  • les personnes vivant dans des communautés ou des milieux isolés et éloignés,
  • les travailleurs de la santé qui participent à l'intervention en cas de pandémie ou qui fournissent des services de santé essentiels,
  • les soignants des personnes à haut risque qui ne peuvent pas être immunisées (comme les nourrissons de moins de six mois ou les personnes dont le système immunitaire est affaibli).

Le gouvernement a fait remarquer que la liste n'était pas construite par ordre de priorité, qu'il appartenait aux provinces et aux territoires d'adapter ses lignes directrices à leurs besoins, et qu'elle pourrait être modifiée à mesure que l'on en apprend davantage sur le virus.

Les centres américains de contrôle et de prévention des maladies ont une liste de priorité encore plus détaillée pour les différents niveaux de gravité de la pandémie de grippe (la COVID-19 est considérée comme un équivalent de la plus haute gravité).

Pourquoi serait-ce différent pour la COVID-19?

Les groupes d'âge les plus gravement atteints par la COVID-19 sont, de façon générale, assez différents de ceux qui sont le plus touchés par la grippe pandémique. Le nouveau coronavirus peut aussi se propager plus facilement et présenter un plus large éventail de symptômes – y compris l'absence de symptômes – et il est prouvé qu'il peut se propager de manière asymptomatique.

On pense que c'est l'un des facteurs à l'origine de graves épidémies parmi des groupes tels que les travailleurs agricoles migrants et les travailleurs des usines de conditionnement de la viande.

Ce sont là certains des groupes que le Dr Lexchin privilégierait pour la vaccination, compte tenu de l'historique de l'épidémie au Canada. Il estime qu'elle devrait être proposée à tous ceux qui travaillent dans un établissement où ils sont en contact étroit avec plusieurs personnes.

Il faut partir du principe que tous ceux qui appartiennent à l'un de ces groupes vulnérables peuvent être infectés et qu'il faut donc tous les vacciner.

Dr Joel Lexchin, professeur émérite à l'université de York et médecin urgentiste à Toronto

Aux États-Unis, il est prouvé que les Latinos et les Noirs courent un risque plus élevé de mourir de la COVID-19 que les Blancs ou les Asiatiques. Il est également prouvé que le facteur ethnique peut jouer un rôle au Canada. Par exemple, Toronto a récemment indiqué que les Noirs et les autres personnes de couleur représentaient 83 % des cas de COVID-19 dans la ville, alors qu'ils ne représentent que 50 % de la population.

Le choix du vaccin pourrait avoir une incidence sur l'établissement des priorités.

Au-delà des différences dans l'évolution de la maladie elle-même dans les différents groupes, la situation avec la COVID-19 est unique en raison du nombre énorme de vaccins en cours de développement, qui sont basés sur des stratégies et des technologies différentes.

Cela signifie qu'ils seront probablement différents en termes de taille et de nombre de doses nécessaires, de rapidité de production en grandes quantités, et de facilité de transport et de distribution.

Plusieurs pourraient également être mieux adaptés à certaines populations qu'à d'autres – par exemple, certains peuvent être mieux adaptés aux personnes âgées et d'autres aux jeunes.

La Dre Noni MacDonald donne l'exemple d'un vaccin qui fonctionne bien chez les personnes âgées de 20 à 50 ans, mais très peu chez une personne de 80 ans. Dans ce cas, dit-elle, nous n'allons pas obtenir un très grand effet en essayant de vacciner tout le monde dans un établissement de soins de longue durée. Mais nous ferions très bien de donner le vaccin aux prestataires de soins qui s'occupent d'eux afin qu'ils soient moins susceptibles d'introduire l'infection.

Il est également possible qu'avec certains vaccins, certaines personnes aient besoin d'une dose et d'autres, par exemple les personnes âgées, de deux doses, explique la Dre MacDonald. Il est donc possible de vacciner deux fois plus de personnes dans le premier groupe avec la même quantité de vaccin.

Comment cela va-t-il peser dans la balance? Nous n'avons jamais eu ce genre de considérations dans le passé avec les nouveaux vaccins, souligne la Dre MacDonald.

Elle espère qu'à terme, les multiples vaccins en cours de développement trouveront leur chemin jusqu'à ceux qui en ont besoin.

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