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Reconstruction de l'église McDougall : réconcilier l'histoire au-delà du bâtiment

Devant l'église McDougall, un panneau annonce un verset biblique traduit en Stoney.

L'église McDougall, construite en 1875 et ayant brûlée en 2017, est en train d'être reconstruite à Morley en Alberta.

Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Pendant 142 ans, l’église McDougall s’est élevée sur une prairie battue par les vents à Morley avant de partir en flammes en 2017. Trois ans plus tard, elle est en train de renaître sur les restes de ce qui a résisté au feu.

C’est le missionnaire George McDougall, l’un des premiers colons de la province, qui l’a érigée avec son fils John en 1875 tout près des terres de la Nation Stoney Nakoda. L’histoire de la famille McDougall est donc intimement liée à celle du peuple autochtone. Aujourd’hui encore, sur le chantier, une descendante des McDougall est présente.

Je suis très fière de ce que l'on réalise avec la restauration, explique Brenda McQueen, mais je suis encore plus fière de la suite du projet : la création d'un sentier d'interprétation.

Brenda McQueen se tient devant l'église en travaux.

Brenda McQueen, la descendante de George et John McDougall, souhaite que ce soit la Nation Stoney Nakoda qui raconte sa relation avec les McDougall.

Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Pour elle, la renaissance de l'église sera une occasion de raconter le passé.

L’histoire ayant toujours été racontée par les colons, la McDougall Stoney Mission Society, propriétaire du site historique, a décidé de casser ce schéma et d'offrir aux visiteurs la vision de la Première Nation : des guides stoney, des témoignages en langue stoney sous-titrés en anglais et non l’inverse, les laisser raconter leurs liens avec les McDougall, ce qui selon eux a été bon, et ce qui a été mal.

George McDougall et son fils John ont vécu sur ces terres jusqu'à leur mort. Ils y ont créé un orphelinat et une école qui a fermé au début des années 1910.

John McDougall meurt en 1917. Quelques années plus tard, la petite église tombe à l’abandon sur sa colline, alors qu'une autre est construite au cœur de la réserve. C’est à côté de cette seconde église que s'écrira la sombre histoire du pensionnat autochtone de Morley de 1926 à 1969.

C’est le souvenir du pensionnat qui pousse certaines voix à s'élever contre la reconstruction de l'église aujourd'hui.

Les McDougall étant des hommes de foi, cet ancien bâtiment est, pour certains, associé à ce que l'Église Unie du Canada et le gouvernement ont fait par la suite.

Quand elle prend la route de Cochrane, Tina Fox, survivante du pensionnat autochtone, voit l'église renaître et avec elle un rappel des terribles choses qu’elle et tant d’autres ont subies.

Les élèves ont été abusés physiquement, spirituellement, sexuellement et mentalement. On ne peut pas cacher ça sous une roche, la vérité doit être racontée sans détour et dans toute sa laideur.

Tina Fox, survivante d'un pensionnat autochtone

Elle se demande si les Stoney qui soutiennent la reconstruction vont pouvoir exprimer sa vérité.

Une réflexion dans l'air du temps

La question de la reconstruction de l'église McDougall touche à une question d'actualité : la société d'aujourd'hui doit-elle démonter certains monuments et symboles controversés du passé?

Tina Fox confie qu’elle en a débattu avec son fils. Il dit que les monuments doivent rester en place pour que les gens connaissent l'histoire, et moi, je dis qu'on doit les détruire dit-elle.

Après un moment de silence, elle affirme d’une voix ferme que ces monuments doivent dire la véritable histoire, sinon qu'ils disparaissent.

L’administration de la Nation Stoney Nakoda s’oppose à la reconstruction. Elle a d’ailleurs fait appel au gouvernement provincial pour faire retirer le classement du site en tant que monument historique. Pour l’heure, cette demande reste sans réponse.

Le ministère de la Culture, du Multiculturalisme et de la Condition féminine a approuvé le projet de restauration du site en février 2019. Il reconnaît que les lieux historiques comme l'église McDougall font partie d'un passé difficile et contesté et qu'il peut y avoir des points de vue divergents au sein de la communauté, mais le ministère continue de reconnaître la valeur historique du site.

Tina Fox, dans son jardin, observe le paysage.

Tina Fox, une aînée de la Nation Stoney Nakoda, s’oppose à la reconstruction de l'église qui représente selon elle, la souffrance liée au pensionnat autochtone de Morley.

Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Même si cette opposition n’est pas unanime au sein de la Nation, elle attriste Brenda McQueen. Pour autant, elle ne veut pas se laisser abattre et espère unir les voix autour du projet qu’elle voit comme un exemple de réconciliation.

Il est important de ne pas effacer les monuments, au nom de la réconciliation justement. C’est ce que nous faisons, dit-elle.

En tant que descendante des McDougall qui n'a pas connu l'époque des pensionnats, elle explique vouloir rapporter l'héritage de ces ancêtres et le poursuivre avec ouverture d'esprit, et en ayant à cœur d'écouter et comprendre. Elle se dit fière d'être celle à qui revient cette tâche.

Les larmes aux yeux, en montrant l'église en travaux derrière elle, elle rappelle que ça, ça n'était que le début, mais ce n'est sûrement pas une fin en soi, il y a tant de choses que l'on peut faire.

Elle reconnaît qu'avec ce chantier, bien au-delà de la reconstruction d'un bâtiment, c'est une histoire qui doit être réconciliée.

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Alberta

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