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6e saison de De garde 24/7 : documenter les dégâts de la tempête COVID

Un docteur parle à une patiente sur son lit d'hôpital.

Le Dr François Marquis, lors d'un épisode de « De garde 24/7 »

Photo : Télé-Québec / Groupe Avanti

Angie Landry

Avant que le potentiel ressac de la deuxième vague de COVID-19 frappe le milieu hospitalier, l’équipe derrière la docusérie De garde 24/7 s’affaire à terminer le tournage de sa sixième saison. Le groupe est revenu sur son plateau, où le personnel soignant est fatigué et les malades, à récupérer, mais où la complicité et le professionnalisme viennent à bout de tout, ou presque.

L’équipe avait pris une pause à la fin du mois de février avec l’idée de revenir plus en forme en mars. Le « Grand Confinement » – et surtout la pandémie – a quelque peu brouillé les cartes de la production, ne lui laissant finalement que très peu de choix : il fallait attendre que les choses se calment.

Au début, on était un peu dans le déni, avoue Nadia Ruel, productrice au contenu à Avanti. On se disait qu’on en avait pour quelques semaines [de pause]. Quand on a vu que la situation progressait, mais pas du bon côté; que la fameuse courbe montait; que le nombre de décès et d’hospitalisation augmentait, on s’est dit : ''Ouf, on en a peut-être pour un petit bout''. L’équipe a attendu patiemment le feu vert, puisqu’une directive ministérielle empêchait tout média d’entrer à l’intérieur d’un centre de santé pendant plusieurs mois.

Pour nous, il était hors de question qu’on contrevienne à cette directive, assure la productrice. Certes, il y avait les questions de santé et celles liées à la sécurité, mais Nadia Ruel insiste sur les questions d'ordre éthique.

Quand tu sais qu’il y a des familles qui ne peuvent pas être auprès de leurs proches, qui sont malades et qui, parfois, meurent, ça devient difficile de faire fi de ça et dire : ''Nous, on s'en va tourner!''

Nadia Ruel

Gymnastique sanitaire

En suivant les recommandations sanitaires de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) du Québec, quelques plateaux ont repris au milieu ou à la fin du mois de juillet, comme ceux des dramatiques District 31 et Toute la vie (ICI Télé) ou encore L’échappée (TVA). Le tournage de De garde 24/7, qui a recommencé depuis la mi-juillet, ne néglige aucun détail lié à la santé de tout un chacun.

C’est multiplié par 10, souligne Nadia Ruel en parlant des mesures prises par l’équipe depuis que l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR) leur a enfin rouvert ses portes. 

Deux médecins pratiquent une opération sur un patient, caché par une couverture bleue.

Deux médecins à l'œuvre lors d'un épisode de « De garde 24/7 »

Même si le centre hospitalier est maintenant considéré comme un établissement en zone froide, il n’en reste pas moins que des zones chaudes sont encore érigées entre ses murs, notamment aux soins intensifs. Les artisans et artisanes de De garde 24/7 terminent toutefois le tournage des cinq derniers épisodes en zone froide exclusivement.

De par le lieu, on est doublement vigilants. On ne laisse absolument rien au hasard, assure-t-elle. Et, de fait, la production a acheté des équipements de protection individuelle – visières, lunettes, masques, jaquettes, gants, etc. – pour chaque personne qui travaille sur la série.

On ne s’approche d’aucun patient à moins de deux mètres, et c’est la même chose avec les médecins. On perche [pour le son]. On s’arrange avec le guide de la CNESST et on applique tout ça à la lettre.

Nadia Ruel

Cette dernière admet que tout est différent d’avant la période de confinement. Avant, on se promenait à l’hôpital et il n’y avait pas autant de mesures, sauf quand on allait au bloc opératoire. On a une équipe habituée à tourner dans des conditions où il faut faire attention, mais on ne veut mettre personne à risque.

Pour le retour sur les étages de l’hôpital, Nadia Ruel avoue qu’il était difficile de savoir à quoi s’en tenir, considérant toutes les modifications physiques qui avaient eu lieu dans l’établissement. Mais aussi, on ne savait pas trop comment les gens allaient nous accueillir la première journée. Vont-ils être tellement fatigués qu’ils vont trouver qu’on est dans leurs jambes? Finalement, pas du tout. C’est comme s’ils étaient contents de nous montrer ce qu’ils réalisaient.

Documenter les dégâts de la tempête COVID

Il peut paraître surréaliste de penser que les cinq premiers épisodes de cette sixième saison ne feront pas référence – ou à peu près pas – à la pandémie de COVID-19. On a 10 épisodes à livrer pour la saison 6. Cinq étaient déjà tournés avant la COVID, explique la productrice Nadia Ruel.

Quatre médecins dans un bloc opératoire se concentrent sur leur tâche.

Des médecins à l'œuvre lors d'un épisode de « De garde 24/7 »

Photo : Télé-Québec / Groupe Avanti

Lors du tournage des premiers épisodes, entre janvier et février, un médecin en consultation à l’urgence suspectait un cas. C’est ce qu’affirmait le réalisateur Paul-Maxime Corbin en entrevue avec Radio-Canada Arts en mai dernier. Mais c’était encore une curiosité, à ce moment.

À l'heure actuelle, ce que l’équipe s’affaire à documenter, ce sont les réelles répercussions qu’a cette pandémie sur le système de la santé, sur les personnes malades et sur le personnel médical.

Évidemment, il y a une espèce d'accalmie à Maisonneuve-Rosemont, parce qu’il y a moins de cas de COVID positifs. Pas mal tout est revenu à une certaine normalité, mais là, les gens qui n’ont pas consulté pendant plusieurs mois à cause de la pandémie, eux, sont de retour à l’hôpital.

Les gens reviennent; les gens sont malades; les gens ne vont pas bien. Et les soignants, eux, sont fatigués.

Nadia Ruel

Si le déconfinement et les vacances estivales donnent l’impression d’un retour au calme, les images, que le public pourra voir lors des cinq derniers épisodes, démontrent pour leur part que la bataille contre le coronavirus – et ses dommages collatéraux – est loin d’être gagnée.

Un docteur, avec une jaquette protectrice jeune, parle à un patient, hors du cadre de la photo.

Le Dr François Marquis, lors d'un épisode de la cinquième saison de « De garde 24/7 »

Photo : Télé-Québec / Groupe Avanti

Désormais habituée des urgences hospitalières, la productrice Nadia Ruel avoue trouver cette situation fort exceptionnelle. Au moment de reprendre le tournage, l’urgence de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont était à 148 % de sa capacité. La semaine dernière, on a vécu une soirée à l’urgence qu’on n'avait jamais vécue en six ans. Ça a été la folie furieuse, soutient la productrice.

On en a pour des mois et des mois. Nous, on voit ça, et c’est comme si la tempête était passée et qu’on est en train de voir les dégâts qu’elle a causés.

Nadia Ruel

Les gens n’ont pas consulté, ils ont eu peur, ils ne voulaient pas venir à l’hôpital par peur d’attraper la COVID et ils ont développé, pendant ce temps, plein d’autres affaires, ajoute-t-elle.

C’est difficile, pour nos médecins, de mesurer s’ils auraient pu diagnostiquer un cancer à telle patiente ou tel patient, si elle ou il était venu avant. Est-ce que ça aurait pu être un stade 3 plutôt qu’un stade 4? Ils ne peuvent pas mesurer, mais ça a fait en sorte que certaines situations se sont détériorées et [que] les gens sont beaucoup plus malades.

Les soignants et soignantes reprennent leur souffle

Les téléspectateurs et téléspectatrices qui ont suivi les médecins, infirmières ou préposés et préposées dans les dernières saisons de De garde 24/7 retrouveront cette année les mêmes protagonistes, dont le Dr François Marquis ou la Dre Sophie Mottard, même si « on sent une fatigue chez plusieurs », dit Nadia Ruel.

On sent un peu de découragement, mais on sent aussi une fierté d’avoir passé au travers une affaire aussi monumentale.

Nadia Ruel

Pendant le confinement, alors que des statistiques funèbres en relation avec la COVID-19 étaient présentées chaque jour, les équipes médicales, elles, étaient au front... sans se douter de la fatigue et des émotions qui les attendaient pendant la période estivale.

Nadia Ruel prévoit que les épisodes où l'on met de l’avant la réalité de la pandémie seront très émotifs.

À ce moment-là, les professionnels se disaient juste qu’il fallait faire leur travail, qu’ils s’en sortent, du mieux qu’ils le pouvaient, avec ce qu’ils avaient sous la main.

La sixième saison de la docusérie De garde 24/7 sera diffusée sur les ondes de Télé-Québec dès l’automne.

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