•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les élections législatives reportées d'un an à Hong Kong

Cette décision risque d'alimenter la colère du camp prodémocratie, fortement mobilisé, qui avait enjoint à l'exécutif de ne pas instrumentaliser la pandémie pour se protéger d'une déroute dans les urnes.

Carrie Lam porte un masque.

La cheffe de l'exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, a annoncé vendredi soir le report des législatives qui devaient se tenir en septembre.

Photo : Getty Images / Anthony Kwan

Agence France-Presse

Le mouvement pour la démocratie à Hong Kong a encaissé vendredi une nouvelle gifle avec le report d'un an des législatives pour cause de coronavirus, au terme d'un mois marqué par la disqualification de ses candidats, des arrestations d'étudiants et le départ en exil de figures de l'opposition.

Un an après des manifestations sans précédent dans ce territoire depuis sa rétrocession par Londres en 1997, le pouvoir central chinois a entamé sa reprise en main musclée au moyen d'une loi draconienne sur la sécurité nationale imposée fin juin.

Beaucoup d'opposants l'avaient présentée comme le dernier clou dans le cercueil du principe « Un pays, deux systèmes », qui était censé garantir jusqu'en 2047 des libertés inconnues en Chine continentale.

Les semaines qui ont suivi son adoption ont confirmé cette crispation brutale, avec une répression contre les membres du mouvement pour la démocratie.

Vendredi soir, la cheffe de l'exécutif local Carrie Lam, qui est nommée par Pékin, a annoncé le report des élections qui devaient permettre en septembre de renouveler le Conseil législatif (Legco, le Parlement) dans ce territoire semi-autonome.

Elle a parlé de la décision la plus difficile à prendre depuis l'arrivée en janvier de la pandémie dans sa ville, qui connaît depuis le début du mois une nette remontée du nombre des cas.

Plus de la moitié des 3272 cas de coronavirus enregistrés à Hong Kong l'ont été depuis le début du mois de juillet.

Pékin a immédiatement exprimé vendredi son soutien au report. Ceci est nécessaire, raisonnable et légal, a déclaré le Bureau des affaires de Hong Kong et Macao, dans un bref communiqué. Le gouvernement central comprend totalement cette décision et la soutient.

Une décision vivement dénoncée

Cette mesure a ravivé la colère du mouvement pour la démocratie, qui avait enjoint à Mme Lam de ne pas instrumentaliser le COVID-19 pour se protéger d'une déroute dans les urnes.

 Tiffany Yuen Ka-wai est entourée d'homme et de femmes vêtus de noir qui portent des masques.

La militante prodémocratie Tiffany Yuen Ka-wai faisait circuler cette publicité électorale sur les réseaux sociaux avant l'annonce du report des élections.

Photo : Reuters / TIFFANY YUEN/TWITTER

C'est une décision politique sournoise et méprisable, dont le but est d'empêcher une victoire des démocrates à l'élection telle qu'elle était prévue initialement, a déclaré à l'AFP une parlementaire d'opposition, Claudia Mo, mettant en garde contre le risque d'une explosion de colère populaire.

Jeudi, les autorités avaient annoncé l'invalidation de la candidature de 12 militants prodémocratie à ces élections.

Notre résistance se poursuivra et nous espérons que le monde se tiendra à nos côtés dans les batailles à venir, a déclaré vendredi matin lors d'une conférence de presse Joshua Wong, qui avait en 2014 été le visage du Mouvement des parapluies, et dont la candidature a également été rejetée.

C'est sans aucun doute la période de fraude électorale la plus scandaleuse de l'histoire de Hong Kong, a déclaré celui que les autorités avaient déjà empêché de se présenter aux élections locales de novembre, au cours desquelles le camp prodémocratie avait triomphé.

Joshua Wong, masqué, se fraie un chemin dans un corridor étroit bondé de photographes.

« Ils ne peuvent pas tous nous tuer », pouvait-on lire sur le chandail du militant prodémocratie Joshua Wong, qui s'est adressé à la presse jeudi, après le rejet de sa candidature.

Photo : Getty Images / AFP/Anthony Kwan

Dans un communiqué, l'exécutif a dressé une longue liste des raisons de ces disqualifications, citant le fait que certains candidats aient critiqué la loi sur la sécurité ou refusé de reconnaître la souveraineté chinoise.

Plus ubuesque, il a reproché à certains le fait qu'ils aient l'intention de conquérir la majorité au LegCo.

Le mouvement pour la démocratie espérait capitaliser sur la popularité de la contestation de l'an passé et sur son succès aux scrutins locaux en novembre pour avoir pour la première fois la majorité dans une chambre qui est ainsi composée pour qu'elle penche normalement quasi automatiquement du côté des autorités fidèles à Pékin.

Plus de 600 000 Hongkongais ont participé à la mi-juillet aux primaires organisées par le camp prodémocratie dans cette ville de 7,5 millions d'habitants, une consultation largement analysée comme un grand succès populaire.

L'invalidation des candidatures est tombée moins de 24 heures après l'arrestation mercredi soir de quatre étudiants, trois hommes et une femme âgés de 16 à 21 ans, d'anciens membres d'une organisation prônant l'indépendance et récemment dissoute.

Il s'agissait des premières interpellations par l'unité de la police hongkongaise créée pour faire respecter la loi sur la sécurité. Ces quatre personnes ont été libérées vendredi sous caution.

La police de Hong Kong a en outre ordonné vendredi l'arrestation de six militants vivant en exil, dont Nathan Law, qui s'est récemment réfugié à Londres.

Ce sont des fauteurs de troubles qui ont fui à l'étranger, a commenté la télévision d'État chinoise CCTV.

Sur Facebook, Nathan Law a répondu que son seul crime était de trop aimer Hong Kong.

Après les élections de 2016, plusieurs élus du mouvement pour la démocratie avaient été disqualifiés pour avoir délibérément modifié leur prestation de serment afin de manifester leur hostilité vis-à-vis de l'influence de la Chine.

Condamnations à travers le monde

La Maison-Blanche a condamné cet ajournement du scrutin, estimant, par la voix de son porte-parole, que cette décision est la dernière d'une longue liste de promesses non tenues par Pékin qui avait promis l'autonomie et le respect des libertés aux habitants de Hong Kong.

Ottawa gravement préoccupé

Le Canada est gravement préoccupé par le report des élections législatives à Hong Kong, a commenté sur Twitter le ministre canadien des Affaires étrangères.

Selon François-Philippe Champagne, il s'agit là d' une autre érosion des libertés qui sont censées être garanties aux citoyens de Hong Kong en vertu du principe Un pays, deux systèmes officiellement préconisé par Pékin. Le peuple de Hong Kong s'attend à des élections libres, justes et crédibles. Nous continuerons à défendre les libertés et les droits fondamentaux à Hong Kong, a-t-il ajouté.

Pour sa part, l'Allemagne a annoncé vendredi sa décision de suspendre le traité d'extradition qui la liait à Hong Kong, suivant ainsi une démarche de protestation déjà effectuée par le Canada, l'Australie et la Grande-Bretagne.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !