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Qui voudrait devenir premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador à l’heure actuelle?

Le gagnant de la course à la direction du Parti libéral de Terre-Neuve-et-Labrador sera annoncé lundi soir. Il deviendra automatiquement premier ministre d’une province affaiblie par sa dette et sa dépendance au pétrole.

Dwight Ball.

Le premier ministre sortant de Terre-Neuve-et-Labrador, Dwight Ball, connaîtra bientôt le nom de son successeur. Cette personne prend les rênes de la province à un moment charnière de son histoire.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Qui voudrait être premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador en 2020, à un moment où la province peine à gérer un fardeau financier carrément insoutenable? C’est la question que se pose l'économiste Richard Saillant.

La province la plus à l’est du pays connaîtra le nom de son prochain premier ministre lundi soir, quand le Parti libéral, au pouvoir depuis 2015, dévoilera les résultats de sa course à la direction.

Le successeur du premier ministre sortant, Dwight Ball, hérite d’un déficit monumental de plus de 2 milliards de dollars, d’un mégaprojet hydroélectrique qualifié de fiasco par M. Ball lui-même, et d’une économie qui dépend grandement de la production pétrolière, un secteur ravagé par les impacts de la pandémie.

C'est dévastateur, comme scénario.

Richard Saillant, économiste

Dans un délai d’un an après son élection en tant que chef libéral, le nouveau premier ministre devra également appeler les Terre-Neuviens aux urnes — en vertu de la loi électorale — pour défendre son mandat. Et ce en pleine récession.

Du pain sur la planche

Deux candidats se sont présentés pour devenir le chef libéral et, justement, faire face à ces défis : Andrew Furey, chirurgien et fils du président du Sénat canadien, qui se réjouit du soutien de tout le cabinet libéral actuel; et John Abbott, ancien haut fonctionnaire qu’on a donné perdant, mais qui s’est depuis démarqué aux débats des candidats.

Un montage des photos de John Abbott et d'Andrew Furey.

Le fonctionnaire John Abbott et le chirurgien Andrew Furey se disputent le poste de Dwight Ball.

Photo : Radio-Canada

Ce n'est pas étonnant qu'il n'y ait pas tellement de candidats, affirme Yvon Grenier, politologue à l’Université Saint-François Xavier. Dans d'autres provinces ou d'autres pays, c’est un poste convoité, puis on voit quand même des candidats d'envergure qui se pressent à la porte pour se présenter.

La personne [élue] va devoir faire le ménage dans le parti, mettre sur pied de nouveaux programmes, un nouvel agenda, et faire face à l’électorat en temps vraiment incertain, souligne-t-il.

La province a presque fait faillite

Il y a quelques mois, alors que Terre-Neuve-et-Labrador recensait ses premières contaminations à la COVID-19, la province se trouvait au bord du gouffre. L’économie stagnait, et les redevances pétrolières étaient en chute libre. Quand la province a cherché à emprunter pour payer la fonction publique, il n’y avait personne au rendez-vous.

Seule une bouée de sauvetage d’Ottawa, sous forme d’un soutien de la Banque du Canada pour endosser le crédit de Terre-Neuve-et-Labrador, a réussi à maintenir la province à flot. Mais cette aide n’était que temporaire, rappelle Richard Saillant.

À plus long terme, la question d’un bailout, donc d’aller à la rescousse financière d'une province comme Terre-Neuve, ça va être une question politique, indique-t-il, en ajoutant que le gouvernement minoritaire à Ottawa, sous la loupe des autres provinces, se trouvera obligé de demander en échange des mesures correctrices.

Terre-Neuve, Grèce du Canada?

Alors que l’un des candidats à la direction, John Abbott, adopte un discours plutôt nationaliste et une approche plus énergique envers Ottawa, l'économiste Pierre-Marcel Desjardins soutient que de bonnes relations entre Terre-Neuve-et-Labrador et le gouvernement fédéral sont plus importantes que jamais.

Il prévient que la province se dirige vers une situation semblable à celle de la Grèce, en 2008, lors de la dernière crise financière — et soupçonne que Saint-Jean devra négocier avec Ottawa pour adoucir les conditions d’un potentiel renflouement.

[La Grèce] s'est vu imposer des conditions par l'Union européenne et par le FMI pour une aide. Terre-Neuve-et-Labrador est dans cette situation-là. Le gouvernement provincial n’a pas le luxe de dicter ce qu'il veut à Ottawa. C'est plutôt l'inverse, affirme le directeur de l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton.

Dès son investiture, le nouveau premier ministre aura des décisions extrêmement difficiles, voire impossibles, à prendre sans la collaboration d'Ottawa, soutient M. Desjardins. Un programme de sauvetage d’Ottawa est inévitable, affirme-t-il. Mais les modalités du soutien fédéral pourraient varier selon la relation entre la province et le gouvernement fédéral.

La première chose que je ferais si j'étais premier ministre, c'est de prendre l'avion pour aller m'asseoir à Ottawa. [...] Je développerais les meilleures relations possible pour faire en sorte que les conditions imposées par le gouvernement fédéral pour un appui ne soient pas trop difficiles.

Pierre-Marcel Desjardins, économiste
Un homme barbu qui parle sérieusement.

Pierre-Marcel Desjardins, directeur de l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle

Richard Saillant croit cependant qu’il est peu probable que le Canada exige de Terre-Neuve-et-Labrador le genre d’austérité sévère imposée à la Grèce.

La comparaison est moins apte lorsqu'on pense que l'Union européenne n'est pas un pays ou une fédération au sens sociologique du terme, au sens où les gens ont une habitude de transférer d'énormes sommes parce qu'ils considèrent qu'ils sont tous citoyens canadiens, dit-il. Dans le contexte de la Grèce, on a parlé d'une décennie perdue, de taux de chômage à 25 %, 30 %, des coupures drastiques dans tous les services. Je ne vois pas ça pour Terre-Neuve.

Un nouveau budget d’ici la fin septembre

Cependant, le prochain premier ministre devra prendre des décisions déchirantes dans les mois et années à venir, soutiennent tous les experts consultés par Radio-Canada.

Le ministre provincial des Finances a déjà promis de déposer un nouveau budget d’ici la fin septembre. Mais aucun des candidats ne semble vraisemblablement capable de donner une réponse claire sur l’assainissement des finances publiques depuis le début de la campagne — à l’exception des déclarations sur la révision des programmes existants et la création d’un conseil économique pour suggérer les prochaines étapes à suivre, des réponses qualifiées de clichés de politiciens par Yvon Grenier.

Tom Osborne, ministre des Finances de Terre-Neuve-et-Labrador, en point de presse.

Tom Osborne, ministre des Finances de Terre-Neuve-et-Labrador, promet de déposer un budget d'ici la fin du mois de septembre.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Ils n’auront pas le temps de revoir tous les programmes, et quand on leur demande de façon plus précise : "Est-ce que vous pensez baisser les taxes?" ou "Est-ce que vous pensez remonter les taxes?", les réponses, ce sont vraiment des boilerplate, des réponses qui pourraient servir en Bosnie, en Slovaquie, au Costa Rica, n’importe où, observe M. Grenier.

Pierre-Marcel Desjardins observe que la province se retrouve entre l'arbre et l'écorce, avec très peu d'alternatives pour véritablement assainir les finances publiques à très court terme, et ajoute qu’avec si peu de temps avant la fin septembre, le dépôt du prochain budget sera plutôt une occasion de donner le ton et de montrer la direction que le premier ministre veut prendre.

Le nom du nouveau chef libéral sera dévoilé lundi soir à 18 h, lors d’un congrès à la direction virtuel, à Saint-Jean. En raison de la pandémie, très peu de partisans seront présents, et environ la moitié des personnes présentes pour l’annonce seront des représentants de médias.

En vertu du système de vote pondéré adopté par le parti, le vainqueur devra obtenir le plus de voix dans la majorité des 40 circonscriptions.

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