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Le Japon se met au diapason du télétravail, malgré les réticences

Des Japonais portant des masques à l'extérieur.

Le gouvernement japonais a lancé un programme appelé Workation, qui consiste à se mettre en télétravail dans un lieu généralement réservé aux vacances.

Photo : Reuters / ISSEI KATO

Sarah Laou

Au Japon, la COVID-19 aura donné un coup de fouet au télétravail. Bien que le pays demeure une grande puissance technologique, le recours au télétravail peine à entrer dans les mœurs en raison d’une forte culture organisationnelle du travail. Mais, pandémie oblige, les entreprises japonaises sont contraintes de revoir leur mode de fonctionnement, sous les encouragements du gouvernement.

Au Japon, l'image d'aller au bureau est très forte, il faut montrer que l'on travaille dur et longtemps, et que l'on aide ses collègues. En télétravail, on ne peut pas montrer sa bonne volonté et sa motivation, expliquait, fin mars, Yuki Sato, 35 ans, commercial dans une entreprise à Tokyo.

En effet, les Japonais sont très respectueux d'une culture de groupe qui les retient même de prendre tous les congés auxquels ils ont le droit, dit la journaliste et correspondante du quotidien Libération à Tokyo, Karyn Nishimura, lors d’une entrevue à l'émission L'heure du monde, sur les ondes d'ICI Première.

Ils passent beaucoup de temps en entreprise. La faute revient en partie à la rigidité des entreprises, ajoute-t-elle.

Or, avec l’état d’urgence instauré au début de la pandémie, les grands groupes ont dû redoubler d’efforts pour bousculer leurs habitudes de travail. Et tout comme Yuki Sato, de nombreux salariés japonais ont adopté le télétravail, contribuant à battre en brèche les préjugés locaux sur la pratique.

Jouer avec les traditions

Certaines entreprises, pourtant considérées comme des fleurons technologiques, comme Nintendo, traînent la patte et fonctionnent à l’ancienne, décrit la journaliste Karyn Nishimura, en soulignant l'importance des modèles hiérarchiques.

Il est donc particulièrement difficile de jouer avec la tradition. Au Japon, on progresse en hiérarchie avec l'âge, explique-t-elle. Beaucoup de ces cadres sont âgés et ne sont pas aux faits des avancées numériques.

Il y a plusieurs mois, le ministre japonais chargé de la cybersécurité avouait même ne jamais avoir touché un ordinateur de sa vie.

Même si le Japon n'a pas vécu un confinement à la même échelle que le Canada ou l'Europe, la crise du coronavirus a eu un lourd impact sur ces entreprises et leurs bénéfices, selon la journaliste. C’est pourquoi l’appel au télétravail par le gouvernement a été entendu et le bilan demeure tout de même positif, croit-elle.

La situation a mis les entreprises dos au mur, elles ont dû donner le choix du télétravail à tous leurs salariés. Cela les a forcées à expérimenter cette voie, mentionnait notamment Haruka Kazama, une économiste de l’institut de recherches Mizuho interrogée par l’AFP fin mars.

Un tournant culturel

Du groupe d’informatique et de technologies Fujitsu au groupe publicitaire Dentsu en passant par le géant pharmaceutique Takeda et les fleurons de l’électronique Sony et Panasonic, la plupart des grands groupes nippons ont donc recommandé le travail à distance à leurs employés de bureau en attendant que la situation s’apaise.

Le gouvernement japonais a également lancé un programme appelé Workation : un hybride entre le travail (work) et les vacances (vacations). Ce programme consiste à se mettre en télétravail dans un lieu généralement réservé aux vacances. Le gouvernement s'engage à subventionner les trajets et l'hébergement des salariés en télétravail. En outre, il accompagne les hôtels, les auberges et même les terrains de camping pour qu'ils adaptent leur cadre au travail à distance.

Depuis 2017 les autorités nippones lançaient également chaque été les journées du télétravail , dans l’objectif aussi de décongestionner les transports de la capitale japonaise sur la période initialement prévue des Jeux olympiques de Tokyo 2020. Mais les résultats avaient jusqu’à présent été mitigés, au-delà de la participation symbolique des administrations et de grands groupes privés comme Toyota.

Ainsi ,en 2018, si 19,1 % des entreprises japonaises avaient mis en place des dispositifs de télétravail, seulement 8,5 % des employés avaient déjà expérimenté cette pratique, selon une étude du ministère des Affaires intérieures.

COVID-19 : recrudescence de cas au Japon

Le Japon a connu jusqu'à présent une épidémie de coronavirus relativement limitée, avec 1001 morts et 31 900 cas recensés, mais les infections sont en augmentation, en particulier dans la capitale.

Tokyo a recensé jeudi 367 nouveaux cas de coronavirus, dépassant le record établi une semaine plus tôt. Le Japon avait dénombré mercredi 1264 nouveaux cas sur l'ensemble de son territoire.

Si certains travailleurs étaient de retour au bureau ces derniers jours, ils devront certainement regagner leur domicile en raison de cette recrudescence de cas de COVID-19, selon Karyn Nishimura.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Le Point

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