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L’utilisation de la PrEP en déclin au début de la pandémie

Un flacon de prescription.

Une bouteille du traitement de la PrEP devant le Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique, à Vancouver.

Photo : Radio-Canada

L’utilisation de la prophylaxie préexposition, mieux connue sous le nom de PrEP, a baissé de 30 % durant les premiers mois de la pandémie de COVID-19, selon le Centre d’excellence du VIH/sida de la Colombie-Britannique (BCCfE).

Ce recul est observé durant les mois d’avril et de mai, tandis que le gouvernement provincial encourageait la population britanno-colombienne à rester à la maison et à limiter les contacts sociaux.

Un peu moins de gens sont revenus pour leur prescription, explique la Dre Junine Toy, gestionnaire du Programme de traitement médical au BCCfE.

Qu’est-ce que la PrEP?

La PrEP, dont l’appellation complète est prophylaxie préexposition, agit comme une barrière contre le virus d’immunodéficience humaine, le VIH. Les formules pharmaceutiques des comprimés de la PrEP varient, et les comprimés sont souvent composés de plusieurs médicaments. À ce jour, plusieurs médicaments antirétroviraux comme l’emtricitabine et le fumarate de ténofovir disoproxil aident à prévenir une infection au VIH.

Sources : Centre d’excellence du VIH/sida de la Colombie-Britannique, Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique

Le Dr Troy Grennan supervise une équipe de médecins qui suivent les patients qui prennent de la PrEP, le traitement préventif financé par le gouvernement de la Colombie-Britannique depuis janvier 2018.

Le médecin spécialisé en VIH/ITS au Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique est d’avis que la pandémie a refroidi les personnes qui prennent le traitement.

Au début de la pandémie [...] il y avait plusieurs patients qui ont pris les recommandations de la santé publique à coeur, et ils sont restés à la maison, constate-t-il. Ce n’est pas surprenant qu’on ait vu des réductions dans les prescriptions de la PrEP.

Bien qu’il n’y ait pas de données disponibles sur les raisons qui ont poussé plusieurs utilisateurs à cesser leur traitement, le Dr Grennan se permet de spéculer.

Les patients ne sortaient pas, peut-être que certains d’entre eux n’avaient pas de relations sexuelles, alors ils ont décidé qu’ils n’allaient pas prendre la PrEP durant ce temps, dit-il.

Qui sont les utilisateurs de la PrEP?

La PrEP s’adresse généralement aux hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes. Les personnes hétérosexuelles ou les utilisateurs de drogues injectables utilisent aussi la PrEP. La posologie la plus répandue est de un comprimé par jour, qui agit à titre préventif. Le traitement est jugé très efficace si la posologie est respectée. Sept jours du traitement sont nécessaires pour obtenir une pleine protection dans la région anale, et 21 jours, pour une pleine protection du vagin. Il est recommandé d'utiliser la PrEP en combinaison avec d’autres moyens de prévention comme l’utilisation du préservatif.

Sources : Centre d’excellence du VIH/sida de la Colombie-Britannique, Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique

En temps normal, plusieurs raisons peuvent mener les personnes à arrêter leur traitement préventif de la PrEP. Si elles déménagent [dans une autre province], elles ne vont plus avoir accès au programme. [...] La raison la plus commune que je vois dans les cliniques, c’est que leur situation relationnelle a changé. Par exemple, si elles sont dans une relation avec une autre personne sans avoir d’autres partenaires, explique le Dr Grennan.

Certains vont même simplement décider qu’ils veulent prendre une pause du traitement. Rares sont les cas d’intolérance aux médicaments de la PrEP, assure le Dr Grennan.

Les adhésions à la PrEP en chute libre

Le BCCfE observe aussi une diminution marquée du nombre d’adhésions de 70 % durant les mois d’avril et de mai. En général, nous avons normalement entre 150 et 200 adhésions par mois, note la Dre Toy. C’est difficile de savoir pourquoi, mais peut-être que c’est en relation avec les recommandations [de la santé publique] entourant la distanciation physique, croit-elle.

Outre le report d’interventions chirurgicales dans la province, la pandémie de COVID-19 a eu l’effet pervers de réduire l’accès aux services de plusieurs cliniques spécialisées en infections transmises sexuellement. Au Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique, de nombreux médecins et infirmières ont été appelés à soutenir les efforts de la santé publique ailleurs dans le réseau de la santé, indique le Dr Grennan, ce qui explique la forte diminution d’adhésions au programme de la PrEP.

Les conséquences de ce ralentissement ont aussi mené plusieurs personnes le Dr Grennan. En Colombie-Britannique, les personnes qui prennent la PrEP doivent subir des tests de dépistage tous les trois mois. Ce dépistage est nécessaire pour renouveler la prescription d’une durée de trois mois.

Un devoir de cesser les rencontres

Denis Laferrière et Tim, qui a préféré ne pas dévoiler son nom de famille, ont accepté de parler de la PrEP en temps de pandémie.

Denis Laferrière a cessé l'utilisation de la PrEP vers la mi-mars parce qu’il jugeait trop risqué de faire des rencontres avec d’autres hommes durant la pandémie. Je me suis demandé pourquoi je prenais un médicament dont je n’avais pas besoin, explique ce célibataire. Il s’est refusé à toute rencontre afin de respecter les recommandations de la santé publique de la Dre Bonnie Henry.

Comme Denis Laferrière et bien d’autres, Tim a commencé à pratiquer l’abstinence et n’a pas vu l’utilité de poursuivre le traitement. Mais, dit-il, il a cessé de prendre le médicament principalement parce que l’accessibilité aux cliniques est devenue plus difficile durant les premiers mois de la pandémie.

La phase 3 du redémarrage de l’économie de la province donne toutefois confiance. Tous deux ont recommencé à prendre la PrEP au cours des dernières semaines.

Comme la province est maintenant en phase 3, je suis plus prêt à faire des rencontres aujourd’hui que je ne l’étais au mois de mars ou d’avril, ou même de mai, affirme Denis Laferrière.

Pour Tim, la réouverture des cliniques a été synonyme de tests de dépistage et de renouvellement de prescription.

Le Dr Grennan se réjouit d’ailleurs de la reprise des traitements de la PrEP. Les patients qui avaient arrêté de prendre la PrEP durant [la pandémie], on les voit dans les cliniques maintenant, ils sont prêts à recommencer, remarque-t-il.

La PrEP en chiffres

  • Nombre d’utilisateurs de la PrEP en Colombie-Britannique : environ 4500 à l'heure actuelle, pour un total de près de 6000 depuis janvier 2018.

  • Nombre de personnes qui vivent avec le VIH dans la province : 7271

Source : Centre d’excellence du VIH/sida de la Colombie-Britannique

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