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Le Campus Saint-Jean pourrait disparaître

Une pancarte à l'entrée du campus Saint-Jean.

Le campus Saint-Jean, situé à Edmonton, forme notamment des professeurs de français qui travaillent dans les écoles francophones de l'Ouest canadien.

Photo : Radio-Canada / Jessica L'heureux

Audrey Neveu

Aux prises avec d’importants problèmes financiers, l’Université de l’Alberta étudie neuf scénarios de restructuration, dont six pourraient entraîner la disparition du Campus Saint-Jean, le seul campus francophone à l'ouest du Manitoba.

C’est ce qu’affirme le doyen du Campus Saint-Jean, Pierre-Yves Mocquais, dans un courriel envoyé aux membres de la faculté francophone de l’Université et dont Radio-Canada a obtenu copie.

Sous-financé depuis des années, le Campus Saint-Jean est maintenant menacé de disparition, notamment en raison des compressions budgétaires imposées par le gouvernement de Jason Kenney à l’Université de l’Alberta. Des 410 cours offerts au Campus Saint-Jean, 77 seront supprimés. Le Campus Saint-Jean forme notamment des professeurs de français qui travaillent dans les écoles de tout l’Ouest canadien.

Rectificatif :

Une version précédente de l’article affirmait que jusqu’à 180 cours pourraient être supprimés. Or, ce sont 77 cours qui seront supprimés.

Les différents scénarios de restructuration qu’étudie l’Université de l’Alberta impliqueraient notamment une assimilation au sein d’autres facultés ou [une] centralisation de fonctions administratives qui occulteraient totalement l’utilisation du français , écrit Pierre-Yves Mocquais dans son courriel. Celui-ci a refusé de nous accorder une entrevue.

Il écrit également avoir lu, lors de la réunion des doyens de l’université mercredi, un document de cinq pages qu’il avait « préparé pour réfuter certaines des idées présentées », un document qu’il dit avoir ensuite envoyé au comité de restructuration de l’Université.

Le doyen du Campus Saint-Jean, Pierre-Yves Mocquais

Le doyen du Campus Saint-Jean, Pierre-Yves Mocquais, écrit dans son courriel que l'Université de l'Alberta lui a demandé de ne pas parler aux médias des scénarios de restructuration.

Photo : Radio-Canada

Pierre-Yves Mocquais écrit également avoir reçu un courriel du recteur de l’Université d’Ottawa lui offrant son aide. J’ai l’intention de m’en prévaloir, écrit le doyen du Campus Saint-Jean.

Aucune décision n'est encore prise, selon l'Université de l'Alberta

Dans une déclaration écrite, le prévôt et vice-président de l'Université de l'Alberta, Steven Dew, affirme que, face aux difficultés financières de l'université, tout est sur la table, mais qu'aucune décision n'a encore été prise. En ce moment, il n'y a pas de plan spécifique pour relocaliser le Campus Saint-Jean, écrit-il.

Cependant, en ce qui concerne nos campus, facultés et unités, l'Université de l'Alberta évalue toutes les options possibles pour optimiser nos espaces et ressources d'une manière qui appuie l'expérience d'apprentissage de nos étudiants. Si nous devions explorer de telles options, nous nous engageons à consulter de près et discuter avec la communauté francophone, poursuit-il.

De son côté, la porte-parole du ministre de l’Éducation supérieure de l’Alberta, Laurie Chandler, écrit par courriel : Nous encourageons [l'Association canadienne-française de l'Alberta (ACFA)] à travailler directement avec l’administration de l’Université de l’Alberta et son conseil d’administration à ce sujet. Le gouvernement albertain n’interfère pas dans les opérations de ses établissements.

Cette situation déplaît fortement à l'ACFA.

On est très déçus. C’est inacceptable pour notre communauté.

Sheila Risbud, présidente de l'Association canadienne-française de l'Alberta

Éparpiller le Campus Saint-Jean lui enlèverait complètement son mandat et son but, qui est d’offrir une expérience immersive en français aux étudiants, ajoute Sheila Risbud.

L’ACFA envisage un recours devant les tribunaux pour forcer l’Université de l’Alberta à respecter l’entente de 1976 qui l'oblige, ainsi que les gouvernements albertain et canadien, à maintenir l'offre de cours et l’épanouissement du Campus Saint-Jean. L’Association des universitaires de la Faculté Saint-Jean étudie aussi l’option juridique.

Une catastrophe pour la francophonie

Le professeur émérite du Campus Saint-Jean Laurent Godbout voit dans l’assimilation du campus francophone à celui de l’Université de l’Alberta un génocide culturel et linguistique. C’est ce qu’il a écrit au président de l’Université, Bill Flanagan, dans un courriel récemment.

C’est l’équivalent, quant à moi, des écoles résidentielles pour les Autochtones, quand on a essayé d’assimiler les Autochtones. C’est ce qu’on fait maintenant en raison de la situation financière qui pourrait être réglée autrement.

Laurent Godbout, professeur émérite du Campus Saint-Jean

Il souligne que le Campus Saint-Jean a connu ces dernières années une augmentation importante des inscriptions d’étudiants francophones. Il n’y a donc pas raison, selon lui, de fermer la faculté francophone.

Le campus Saint-Jean se porte à merveille, c’est ce qui est un peu ironique, renchérit une autre professeure Valérie Lapointe-Gagnon.

Valérie Lapointe-Gagnon, professeure au Campus Saint-Jean de l'Université de l'Alberta.

Valérie Lapointe-Gagnon, professeure au Campus Saint-Jean de l'Université de l'Alberta

Photo : Radio-Canada / Louis-André Bertrand

Je pense que la disparition du Campus Saint-Jean serait catastrophique non seulement pour la francophonie albertaine, mais de tout l’Ouest canadien , affirme pour sa part le professeur en sciences politiques de l’Université Simon-Fraser, en Colombie-Britannique, Rémi Léger.

Toutes les recherches démontrent, depuis les années 1970, que pour qu’une minorité linguistique se maintienne et s’épanouisse, il faut des institutions, des espaces physiqus où la langue de la minorité prédomine. Le Campus Saint-Jean, c’est le parfait exemple, soutient-il.

Avec les informations d'Andréane Williams

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Éducation