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Un projet d’exploitation de sable siliceux inquiète dans le sud-est du Manitoba

Image représentant l'usine de traitement de la compagnie CanWhite Sands une fois construite.

Une image conceptuelle du projet de la compagnie CanWhite Sands qui représente un investissement de 80 millions de dollars.

Photo : Environment Act Proposal de la compagnie CanWhite Sands Corp.

Des Manitobains redoutent les conséquences d’une installation de traitement de sable siliceux à Vivian, dans le sud-est de la province, sur le système aquifère de Sandilands, source d’eau potable pour des municipalités rurales de la région.

Le projet de la compagnie albertaine CanWhite Sands vise à forer du sable de silice enfoui à environ 60 m de profondeur dans la municipalité rurale de Springfield, située à l'est de Winnipeg.

Une fois traité, le sable de silice pourra être exporté sur différents marchés afin de produire des panneaux solaires photovoltaïques, des verres de lunettes ou encore des écrans d’ordinateur, indique Brent Bullen, le chef des opérations de la compagnie.

Le potentiel d'exploitation de ce sable est énorme pour la région, selon lui, de par sa qualité.

Il est très propre. Tout ce que nous devons faire, c’est le sécher, et 99 % peuvent être vendus, car ses particules sont déjà de la taille que le marché recherche, dit-il. Il n’y a aucune perte.

La compagnie a déposé une demande de permis auprès de la province pour ce projet, comme l'y oblige la Loi sur l’environnement. Sa demande fait actuellement l’objet d’une révision, à laquelle le public est invité à participer.

La mairesse de la municipalité rurale de Springfield, Tiffany Fell, voit d'un bon oeil ce projet qui conduirait à la création d'emplois dans la région, dans un contexte de pandémie.

Selon Brent Bullen, 50 postes à temps plein seront en effet créés pour faire fonctionner l’usine de traitement, ainsi qu'au moins 250 emplois supplémentaires dans la chaîne de production.

Ils vont détruire la nappe phréatique

Le projet suscite toutefois des oppositions. Selon Dennis LeNeveu, biophysicien retraité et bénévole auprès du groupe What The Frack Manitoba, il ne peut pas être réalisé sans détruire le système aquifère de Sandilands.

Après avoir milité contre un projet similaire à Wanipigow, dans l’est de la province, M. LeNeveu a été appelé par des résidents d’Anola et de Vivian pour participer aux protestations.

La quantité d’eau nécessaire pour retirer ce sable va au-delà des limites de la nappe phréatique. On va la détruire et l’assécher, déplore-t-il.

La compagnie CanWhite Sands prévoit de retirer le sable de silice enfoui sous la forme d’un mélange semi-liquide. Ce mélange est constitué de 15 % de sable de silice, qu’il faudra ensuite sécher, selon le rapport de proposition de projet fait à la province.

Le ratio entre le sable et l'eau est d'environ 1 à 6. Pour la quantité de sable qu'ils veulent retirer [1,36 million de tonnes par année] cela correspond à l'eau utilisée par 64 000 personnes par année, estime Dennis LeNeveu.

Une des zones de test de la compagnie CanWhite Sands Corp. a été inondée en 2019.

Après avoir observé les lieux où la compagnie faisait ses tests de forage l'an dernier, des résidents craignent l'impact environnemental de cette exploitation de sable siliceux.

Photo : Soumise par Anne Wowchuk

Dennis LeNeveu craint également les conséquences du système de forage sur la contamination des eaux de surface, à cause du phénomène de drainage minier acide. Lors des premiers tests effectués par la compagnie à Vivian, du schiste argileux se trouvait sur les piles de sable, alors qu'il ne doit pas être exposé à la surface, selon lui.

Le militant juge la procédure d'évaluation du projet de la part de la province insuffisante. Il sollicite l’implication de la Manitoba Clean Environment Commission pour évaluer les effets réels sur l’environnement dans la région.

Une exploitation verte, affirme CanWhite Sands

Brent Bullen affirme que la compagnie prend la sécurité des résidents des environs et de l'environnement au sérieux.

Le sable récupéré dans le processus est propre et ne contient pas d’éléments minéraux qui pourraient produire de l’acide, affirme-t-il.

Notre sable n’est pas différent du sable de Grand Beach, des Sandilands, ou des dunes dans lesquelles les gens jouent, soutient Brent Bullen.

De plus, la matière extraite est déplacée et exploitée mouillée, ce qui est plus sécuritaire, selon lui, pour éviter de générer des particules. Il est incorrect d’associer ce que nous allons faire aux autres mines à ciel ouvert dans le monde, affirme-t-il.

Brent Bullen assure, par ailleurs, que l’eau utilisée sera recyclée dans le processus de déplacement du sable de silice entre le lieu d'extraction et l'usine.

La compagnie tente également d’élaborer une méthodologie pour le retirer du sol sans exploiter l’eau de la nappe phréatique, indique Brent Bullen. Il espère que les résultats de cette analyse pourront être révélés au public cet été.

Notre but est d’avoir une empreinte négligeable.

Brent Bullen, chef des opérations, CanWhite Sands

Nous pensons même que cette exploitation de sable siliceux est l'une des plus vertes du monde : nous le déplaçons mouillé, nous l'exploitons mouillé, le processus est hermétique, et le sable lui-même est très propre et dépourvu d'impuretés minérales , dit-il.

Confiance des résidents à gagner

Une résidente du sud de Vivian, Anne Wowchuk, émet des doutes quant à la crédibilité de la compagnie. Selon elle, ses méthodes de fonctionnement sont vagues et elle a divulgué peu d'information à ce sujet.

Anne Wowchuk a l'air sceptique.

Une des zones de test de la compagnie était située à environ 2 km de chez Anne Wowchuk, à Vivian.

Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

Depuis 2018, CanWhite Sands fait des tests de forage dans la région. Anne Wowchuk raconte qu'elle a commencé à obtenir de l’eau marron coulant de son robinet de jardin l’automne dernier.

Nous avons une petite production de volaille. Nous devions chaque fois laisser couler l’eau avant de lui en donner. J’en ai parlé à la compagnie et elle a évité ma question, évité de me donner une réponse en me disant que ce n’était pas lié à ses activités.

L’arrivée de nouvelles entreprises à Springfield aide la communauté, je suis d’accord avec cela, mais il faut que ce soit des projets responsables et crédibles, ce que la compagnie n’a pas encore prouvé, ajoute Anne Wowchuk.

Inquiétudes au-delà de Springfield

Dans la municipalité de La Broquerie, le préfet Lewis Weiss est lui aussi réticent face à ce projet. Si la nappe phréatique de Sandilands est endommagée, les conséquences se feront sentir dans toute la région et pas seulement à Springfield, explique-t-il.

Lewis Weiss, le préfet de la municipalité rurale de La Broquerie, porte une chemise à carreaux pendant qu'il est debout dans un champ.

Selon Lewis Weiss, la plupart des résidents ignorent que ce projet est en cours et quelles pourraient en être les conséquences sur la nappe phréatique qui s’étend sur des kilomètres en dessous de leurs municipalités.

Photo : Radio-Canada / Rosalie Loiselle

La ville de La Broquerie en dépend pour s'alimenter en eau potable, la ville utilisant essentiellement des puits, explique-t-il.

Rien que l’idée que quelqu’un creuse à [60 m de profondeur] exactement là d’où l’on prend notre eau potable, je ne peux pas l’accepter.

Lewis Weiss, préfet de la municipalité rurale de La Broquerie
Carte où on peut voir la localisation de la nappe phréatique de Sandilands, notamment située sous les municipalités rurales de La Broquerie, Sainte-Anne, Taché, Springfield, Piney et Stuartburn. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La nappe phréatique de Sandilands s'étend sous une partie du sud-est du Manitoba et dessert plusieurs municipalités dans la zone, selon Lewis Weiss.

Photo : Radio-Canada

La province n'a pas pu confirmer la dépendance de certaines municipalités rurales du sud-est à cette nappe d'eau souterraine pour leur approvisionnement en eau potable, n'étant pas au courant du processus.

Lewis Weiss invite les résidents à s’exprimer dans le cadre du processus de révision du projet par le public.

La population manitobaine a jusqu’au 25 août pour donner son avis (Nouvelle fenêtre) sur le sujet.

La construction de l’usine est prévue à compter de l’automne par CanWhite Sands, pour une mise en service en 2021.

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