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Les plaisanciers s’organisent pour empêcher la fermeture de la marina de Lachine

Les propriétaires de bateaux souhaitent convaincre la Ville de Montréal de faire marche arrière.

Vue aérienne de la marina de Lachine.

La Ville de Montréal veut transformer la marina de Lachine en parc riverain.

Photo : Radio-Canada

À moins d’un revirement majeur, le panorama sera fort différent l’été prochain dans le Vieux-Lachine.

Le 8 juillet dernier, la Ville de Montréal a annoncé son intention de transformer le port de plaisance en parc riverain. Un communiqué de presse accompagné de maquettes a été publié, faisant état d’un projet de 20 millions de dollars. Les travaux s’étaleront jusqu’en 2025.

Une petite esquisse et puis 20 millions, on a de quoi pour faire quelque chose de bien, dit en souriant la mairesse d’arrondissement Maja Vodanovic.

Une maquette du projet.

L'administration Plante souhaite transformer le port de plaisance de Lachine en une véritable oasis de verdure.

Photo : Ville de Montréal

Mais les plaisanciers, qui n'ont pas été consultés, sont loin de la trouver drôle. Ils ont mis sur pied une association, un site web, une page Facebook. Et ils promettent de se battre. Deux pétitions ont été lancées; l'une d'elles a déjà recueilli près de 3000 noms.

La nouvelle Association des plaisanciers du port de plaisance de Lachine a également retenu les services de Ryan Affaires publiques, une firme de communications stratégiques et de relations gouvernementales.

Nautisme Québec, pour sa part, a confié le dossier au lobbyiste Scott McKay – un ancien conseiller municipal sous Jean Doré, devenu par la suite chef du Parti vert du Québec, puis député péquiste dans le gouvernement Marois.

Selon le Registre des lobbyistes, M. McKay a reçu le mandat le 24 juillet d’effectuer des démarches en vue d'amener la Ville de Montréal à rejeter sa décision [...] de fermer le port de plaisance de Lachine dès 2021, de façon à adopter une nouvelle orientation qui permette la cohabitation des activités nautiques, récréatives et de protection de la nature.

Un dernier été à la marina de Lachine

Photo : Radio-Canada

Des plaisanciers orphelins

Le directeur général de Nautisme Québec, Sylvain Deschênes, est contrarié par la décision de la Ville de Montréal de fermer le port de plaisance de Lachine qui, avec ses 450 places à quai, constitue, en matière de capacité d’accueil, la plus grande marina du Québec, ex æquo avec celle du Vieux-Longueuil.

Toutes les autres marinas sont déjà pleines, dit-il. Il manque 2250 places à quai au Québec, principalement dans la grande région métropolitaine. Donc, pour nous, on vient de créer, ce faisant, 450 orphelins qui n'auront pas de place pour mettre leur bateau à quai pour la prochaine saison.

Les plaisanciers font notamment valoir l'aspect patrimonial de la marina, qui existe depuis presque 100 ans. Éliminer la marina de Lachine détruit une importante page d'histoire, soutiennent-ils dans une lettre acheminée à la mairesse Valérie Plante le 17 juillet dernier.

L'administration de Projet Montréal apporte cependant quelques nuances. Car, depuis sa création en 1927, le port de plaisance de Lachine a changé d'emplacement, de nom et de propriétaire. Autrefois privé, l'Iroquois Yacht Club a fait faillite en 1995. Il doit sa survie à l'ancienne Ville de Lachine.

Des travaux estimés à 16,5 M$

Ses installations nécessiteraient aujourd'hui des travaux urgents qui, selon la mairesse Vodanovic, auraient obligé la Ville de Montréal à fermer au moins temporairement le port de plaisance dès l'an prochain.

La fosse septique tombe en ruine, explique-t-elle; la station d'essence – qui distribue 300 000 litres par an – est en fin de vie; et les berges ont été lourdement endommagées par l'érosion des crues de 2017 et de 2019.

Les coûts pour remettre ça en ordre s'élèvent à 16,5 millions de dollars, selon les estimations qu'on lui a fournies.

Est-ce qu'on va mettre 16,5 millions pour 400 personnes? 450 plaisanciers? Je sais que beaucoup d’entre eux sont extrêmement tristes de perdre leur été. Mais on ne peut pas se permettre comme Ville cet investissement-là pour si peu de monde.

Maja Vodanovic, mairesse de l’arrondissement montréalais de Lachine

Sans compter que le port de plaisance n’est même pas rentable, selon Mme Vodanovic, qui évalue son déficit annuel à plus de 260 000 $. Ça, c’est 600 $ par bateau, souligne-t-elle; 600 $ que les contribuables paient pour garder un bateau à la marina.

La mairesse rêve plutôt d'aménager une aire de baignade sur l'emplacement, comme au début du siècle dernier.

Des centaines de personnes sur une plage.

Il y a eu une époque où les Lachinois pouvaient allègrement se baigner dans le fleuve Saint-Laurent.

Photo : Société d'histoire de Lachine

Mme Vodanovic veut aussi faire plus de place aux sports nautiques non motorisés, comme la voile, le canoë et le kayak. Le club local d’aviron, par exemple, est le plus vieux du Canada. Mais ses installations sont toutes petites.

On est très à l'étroit, confirme Charles Hauss, président d’Aviron Lachine. On doit avoir des bateaux qui sont stockés dehors parce qu'on n'a plus de place à l'intérieur. On est très limités en termes de bâtiments.

Le projet de la Ville de Montréal prévoit par ailleurs le maintien du club des pêcheurs, une autre petite marina de Lachine, qui accueille une cinquantaine de bateaux à moteur. Elle pourrait être agrandie, mais il serait illusoire de penser qu'elle pourrait accueillir 450 embarcations supplémentaires.

Un compromis possible?

Les plaisanciers cherchent donc une solution pour que tous puissent continuer à cohabiter.

On est prêts à faire certaines concessions pour pouvoir conserver la marina, affirme Josée Côté, qui agit comme porte-parole des plaisanciers. Donc, si ça signifie de devoir relocaliser certains quais, de faire plus d'espace, on est prêts à négocier pour voir qu'est-ce qui en est.

Les propriétaires de bateaux rencontreront l'administration Plante au début de la semaine prochaine pour lui présenter leurs arguments. Mais à moins d'un revirement majeur, les plaisanciers devront se résoudre à quitter la marina pour de bon d'ici le 15 octobre.

Aucun changement de zonage ne sera nécessaire pour changer la vocation du site. Mais il faudra résilier le contrat conclu avec l’opérateur de la marina, une entreprise privée, qui vient à échéance à la fin de 2021.

L'île de Montréal compte une douzaine de marinas. Le port de plaisance le plus proche de celui de Lachine se trouve à Dorval, une dizaine de kilomètres à l'ouest.

La Ville de Montréal, en tant que propriétaire, ne possède pas d'autres marinas.

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