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Les 50 ans du Festival pop de Manseau : un festival de déceptions

Retour en 1970 à la ferme Napoléon où les jeunes « peace and love » déambulaient désabusés et où les musiciens brillaient par leur absence.

Montage d’archives Festival pop de Manseau du 30 juillet au 3 août 1970

Radio-Canada

Du 31 juillet au 2 août 1970 se tenait le Festival pop de Manseau dans la région des Bois-Francs, au Québec. L’événement se voulait un grand rendez-vous hippie à l’image de Woodstock avec de nombreux groupes à l’affiche, mais sur les lieux du festival, le désenchantement était total.

Le 12 août 2019, les animateurs Philippe Desrosiers et Noémi Mercier s'entretiennent avec Sébastien Desrosiers à l’émission de radio Longueur d’ondes. Sur des images tirées de nos d’archives, Sébastien Desrosiers brosse un portrait de cette très pâle copie de Woodstock.

Nos images témoignent de la désinvolture qui régnait sur place et de l’ennui des festivaliers face aux promesses non tenues des organisateurs.

C’est à la ferme Napoléon, une terre agricole louée pour l'occasion avec un nom créé de toute pièce, que le grand événement doit avoir lieu.

Une pléiade d’artistes, tant américains que québécois, est annoncée dans les jours précédant le Festival de Manseau. Mais la réalité sera tout autre...

Tous ceux qui se sont dérangés, qui ont fait des milliers de milles sur le pouce inutilement, je trouve ça très triste, raconte un concessionnaire interviewé sur place.

Dès le départ, l’organisation de l’événement connaît des ratés. Quelques mois après le très populaire festival de Woodstock aux États-Unis, les productions Woods, formées des frères Filiatrault, promettent trois jours de musique en continu avec des groupes de renom.

On espère de populaires chanteurs et groupes américains tels que Ritchie Havens, Canned Heat, Joe Cocker, Little Richard et même Jimi Hendrix. Du côté des artistes québécois, on évoque les noms de Robert Charlebois, La Révolution Française et L’Infonie. 

Les billets se vendent au coût de 12 $ ou 15 $ à la porte. Un prix très élevé pour le jeune public visé.

C’est Ziggy Wiseman, un proche de la mafia montréalaise, qui s’affichera comme porte-parole de l’événement et sera chargé de la négociation des contrats avec les artistes. Michael Lang, producteur de Woodstock en 1969, agira à titre de consultant.

Il y a un buzz médiatique qui va se développer dès juin 1970 accompagné d’une certaine confusion. Dès le départ, aucun artiste ne sera confirmé.

Sébastien Desrosiers

Les productions Woods n’obtiendront leur permis que quelques jours avant la tenue de l’événement, soit le 22 juillet.

Le 30 juillet 1970 à l’émission de radio Présent 2e édition, Normand Montcalm rapporte à André Payette une conférence de presse donnée par les organisateurs du Festival pop de Manseau.

Une journée avant le début du festival, les organisateurs affirment toujours que 29 groupes ont signé des contrats.

Montage d’archives, Festival pop de Manseau du 30 juillet au 3 août 1970

Les administrateurs ne s’entendent pas entre eux sur la manière de rentabiliser le festival. L’un parle de 17 000 billets qui doivent être vendus, un autre de 35 000 billets et un troisième affirme qu’ils ne souhaitent pas faire d’argent avec le festival pop.

300 policiers sont engagés par la Sûreté du Québec pour assurer la sécurité des lieux.

Le 31 juillet 1970, le journaliste Christian Allegre rend compte des événements qui se passent à Manseau.

Michael Lang visite les lieux et se dit très surpris qu’aucun artiste ne se soit encore produit. C’est alors que la pluie se met de la partie.

Montage d’archives Festival pop de Manseau du 30 juillet au 3 août 1970

Toute la journée, on n'a entendu que des bandes enregistrées. (…) Les gens qui sont venus là pour écouter des musiciens sont évidemment très déçus.

Christian Allegre, journaliste Le Devoir

Des hélicoptères de la SQ survolent les champs de la ferme Napoléon où il ne se passe à peu près rien. Des adeptes de Krishna chantent en frappant sur leur tambourin, des hippies sont couchés dans l’herbe.

Au final, seulement 1400 billets seront vendus. Comme les organisateurs refusent de payer les agents de sécurité, ceux-ci quittent les lieux. La porte devenant grande ouverte et les billets non nécessaires, quelque 8000 festivaliers sont présents sur le site durant cette fin de semaine de juillet 1970.

Seules les formations Lasting Weep et La Révolution Française montent sur scène le 31 juillet 1970.

Le groupe américain Dr John donnera une performance d’une durée de trois heures dans la nuit du samedi au dimanche devant une foule de quelques centaines de personnes. Leurs musiciens ne seront jamais payés.

Le 1er août 1970, le journaliste René Mailhot est à la ferme Napoléon et rend compte des derniers moments du festival.

Téléjournal, 1er août 1970

Le festival pop qui hier devenait un festival flop a finalement pris l’allure aujourd’hui d’un pique-nique somnolent. Les hippies ont laissé la place à des vacanciers en quête d’émotions fortes qu’ils ne trouveront pas.

René Mailhot
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