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La deuxième vague de COVID-19 s'en vient, voici ce qu'anticipent des experts

Un main gantée vise le visage d'un homme avec un thermomètre.

Un homme fait prendre sa température le 25 juillet 2020 à Montréal.

Photo : La Presse canadienne

Radio-Canada

Pour beaucoup de spécialistes de la santé à Montréal, la question n’est pas de savoir s’il y aura une deuxième vague d’infections au coronavirus, mais plutôt quand elle se produira et quels seront ses effets, selon un questionnaire préparé par CBC/Radio-Canada. Des épidémiologistes croient même qu’elle a déjà commencé.

Une lueur d’espoir toutefois : beaucoup d’experts croient que l'ampleur et la durée de cette deuxième vague peuvent être contrôlées et que le Québec ne s’en sortira pas nécessairement plus mal que les autres provinces.

Ces constats proviennent d’un questionnaire rempli par 170 experts à Montréal, début juillet, qui travaillent en épidémiologie, en médecine, en santé publique et en recherche médicale, notamment.

Les deux tiers jugent qu’une deuxième vague est très probable. Un quart environ croient qu’une deuxième vague est assez probable.

Le concept de « deuxième vague » ne fait pas consensus et sa définition varie selon les sources. Elle est entendue ici au sens le plus simple : une nouvelle hausse soutenue des infections.

Des experts croient qu’une deuxième vague est inévitable, si l’on se fie à l’historique d’autres maladies respiratoires comme le SRAS, qui était causé par un virus génétiquement proche du virus qui donne la COVID-19.

Il faut comprendre qu'une deuxième vague n'est pas une chose bien définie qui se produit ou non, précise le Dr Cédric Yansouni, spécialiste des maladies infectieuses au Centre universitaire de santé McGill. Aucune pandémie de maladie respiratoire ne s’est produite en une seule vague. Il y a toujours une transmission sur une base continue pendant un certain temps. Cela peut durer des mois, jusqu’à deux ans.

Un autre facteur qui rend une deuxième vague probable est que seule une très faible proportion de la population a été infectée et a pu ainsi développer une immunité.

Une deuxième vague est attendue pour toute infection virale qui se transmet par l’air, et ce, pour plusieurs raisons, la première étant que nous avons une grande proportion d’hôtes non exposés [et non immuns], affirme Tatiana Scorza, immunologue à l’Université du Québec à Montréal.

Une récente étude montrait que moins de 1 % des Canadiens ont été infectés par la COVID-19 depuis le début de la pandémie, selon les résultats de 10 000 analyses sanguines réalisées à travers le pays, sauf au Québec (les résultats d’une étude québécoise sont attendus prochainement).

À quoi ressemblera cette deuxième vague?

Des indicateurs laissent à penser qu’une deuxième vague est déjà en cours au Québec.

Après avoir atteint un sommet à la fin d'avril et au début de mai, les nouveaux cas quotidiens ont descendu à un creux à la fin de juin.

Mais la moyenne quotidienne est repartie à la hausse en juillet pour se situer maintenant à plus de 150 nouveaux cas par jour.

Si on constate une hausse et que ça ne redescend pas dans les deux prochaines semaines, je dirais que nous sommes dans une deuxième vague, affirme Mark Goldberg, épidémiologiste environnemental et professeur à la faculté de médecine de l’Université McGill.

Le gouvernement du Québec soutient que malgré la hausse du nombre de cas, la situation demeure sous contrôle, en soulignant notamment le faible nombre d’hospitalisations et de décès.

Mais Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, s’attend lui à une hausse des hospitalisations plus tard à l’automne.

Il prévoit une augmentation des infections pendant encore plusieurs semaines. Le danger, selon lui, est qu’en septembre, avec la rentrée scolaire et la reprise du gros des activités à l’intérieur, les risques d’infections seront plus élevés.

On peut s’attendre à une hausse plus substantielle des infections et à une augmentation des hospitalisations d’ici la fin d’octobre et le début de novembre, affirme-t-il dans un échange par courriel.

D’autres experts à Montréal hésitent à faire des prédictions. Ils insistent sur le fait que le virus est nouveau et que l’on manque de données pour avoir une idée claire du nombre d’infections à venir.

Janusz Kaczorowski, professeur et directeur de recherche au Département de médecine de famille et médecine d'urgence de l'Université de Montréal, indique que beaucoup de ses collègues s’attendaient à ce que les infections diminuent au courant de l’été, comme pour la grippe, dont le virus, l’influenza, se transmet lui aussi par les gouttelettes.

Mais regardez ce qui se passe aux États-Unis… Les chiffres montent en flèche, remarque-t-il.

La COVID-19 ne semble pas suivre nécessairement le même modèle que la grippe annuelle. On a affaire à autre chose.

Que devrait-on faire?

Même s’ils jugent qu’une autre vague d’infections est inévitable, les experts disent que la gravité de ses effets dépendra des mesures gouvernementales en place et du respect des consignes par la population.

Non seulement les scientifiques ont-ils beaucoup appris sur la COVID-19 au cours des derniers mois, mais le public aussi est mieux informé sur les mesures sanitaires. Les élus disposent également de plusieurs outils.

 Je crois que nous avons tous appris énormément, affirme le Dr Brian White-Guay, spécialisé en santé publique et en médecine familiale et professeur à l’Université de Montréal.

La gestion de la situation sera probablement différente advenant une deuxième vague.

Les autorités de santé publique savent mieux quels groupes de la population sont vulnérables à la COVID-19 et comment mieux les protéger, donne-t-il comme exemple.

On sait aussi comment limiter la transmission dans des milieux comme les Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

Le questionnaire demandait aussi l’avis des experts de la santé sur la stratégie à adopter par le gouvernement du Québec advenant une deuxième vague.

La mesure la plus souvent citée était de rendre le port du masque obligatoire – il faut noter que le questionnaire a été envoyé juste avant l’application de cette mesure par Québec le 18 juillet pour les lieux publics intérieurs.

Les réponses des experts laissent entendre que le gouvernement a tardé à épouser le consensus scientifique sur la question du port du masque.

Cette règle aurait dû être mise en place bien plus tôt dans la pandémie, affirme la Dre Eva Suarthana, épidémiologiste médicale au centre de recherche de l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.

Une affiche indiquant « Masque obligatoire ».

Des affiches pour rappeler l'obligation de porter le masque sont installées dans un centre commercial.

Photo : Radio-Canada / Martin Bilodeau

Une autre réponse fréquente concerne l’importance de protéger les aînés, particulièrement ceux vivant dans les CHSLD, où la majorité des décès s’est produite.

Plusieurs experts se disent heureux de voir que les autorités provinciales ont mis en place des protocoles plus stricts pour le contrôle des infections et forment les 10 000 nouveaux préposés aux bénéficiaires pour travailler dans les CHSLD.

Ils avertissent toutefois que le temps requis pour mettre en oeuvre ces mesures pourrait entraîner des coûts en vies humaines très importants.

Si nous n’arrivons pas à mettre en place des mesures adéquates pour mieux protéger les groupes les plus vulnérables, il y a des raisons de croire qu’on verra un grand nombre de victimes, possiblement comparable à ce qu’on a vu dans la première vague, affirme le Dr Brian White-Guay.

Méthodologie

Le questionnaire a été envoyé par courriel à 907 experts de la santé dans le milieu universitaire et le secteur hospitalier. Les adresses ont été obtenues sur les sites web des institutions. Un premier courriel a été envoyé le 7 juillet et un rappel a été fait le 10 juillet.

L’accent a été mis sur des praticiens et des chercheurs affiliés à des centres universitaires ou à des hôpitaux de recherche qui jouent un rôle direct dans la gestion de la pandémie, particulièrement dans les domaines de la santé publique, de l’épidémiologie ou de la médecine d’urgence.

Sur les 180 réponses obtenues, 10 étaient des doublons. 104 courriels sur les 907 ont envoyé une réponse automatique d’absence ou une réponse d’adresse courriel non valide.

Voici la répartition des 170 répondants selon leur spécialité :

  • Maladies infectieuses (épidémiologie, immunologie, virologie) : 41

  • Médecine d'urgence : 23

  • Santé publique : 20

  • Médecine familiale ou générale : 17

  • Épidémiologie de maladies non infectieuses : 6

  • Biostatistique : 3

  • Autre spécialité médicale : 55

  • Spécialité non médicale : 5

D’après un texte de John MacFarlane, Jonathan Montpetit et Roberto Rocha de CBC

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