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L’appli Yuka : un allié pour mieux consommer, vraiment?

Un client remplit son panier d'épicerie de nourriture.

L'application Yuka se vante de ne pas se laisser influencer par les lobbys.

Photo : Reuters / Alec Jacobson

L’application Yuka, déjà bien implantée en Europe, est disponible au Canada depuis quelques semaines. Elle permet de scanner le code-barre des produits alimentaires et cosmétiques afin de savoir s'ils sont bons ou mauvais pour la santé. Toutefois, les avis divergent sur sa pertinence.

Chaque mois, ils sont plus de 5 millions de Français à se promener dans les allées des supermarchés un panier dans une main, leur téléphone intelligent dans l’autre, prêts à scanner les différents produits des étagères grâce à l’application Yuka.

Lancée en France en 2017 et tout récemment au Canada, Yuka est une application qui permet d'avoir des informations sur les aliments et les produits cosmétiques en scannant leur code-barre. La qualité du produit est indiquée par un macaron de couleur rouge (mauvaise), orange (médiocre) ou verte (bonne) et par une note sur 100.

Cette note est obtenue selon trois critères. Pour les produits alimentaires, elle se base sur la qualité nutritionnelle qui représente 60 % de la note, la présence d’additifs, 30 % de la note, et la dimension biologique, 10 % de la note, énumère Julie Chapon, cofondatrice de l’application.

Une femme devant une porte bleue.

Julie Chapon, cofondatrice de l'application, est une passionnée de nutrition.

Photo : Yuka

La méthode de calcul se base sur celle du Nutri-Score, un système d'étiquetage nutritionnel. Cette méthode prend en compte les éléments suivants : calories, sucre, sel, graisses saturées, protéines, fibres, fruits et légumes, ajoute-t-elle en précisant que son équipe profite des conseils d'un comité scientifique de six personnes présidé par le Pr Laurent Chevallier.

De quoi inquiéter l’industrie agroalimentaire, puisque d’après un sondage commandé par Yuka, 92 % des utilisateurs qui scannent à l'épicerie un produit noté rouge le reposent.

Un cellulaire sur lequel on peut voir un paquet de céréales et ce qu'il contient en termes de fibres, de protéines, de sucres, etc.

Les produits scannés sont notés suivant différents critères, dont la présence d'additifs et la valeur nutritionnelle.

Photo : Yuka

Notation dichotomique

Interrogée par Radio-Canada, la docteure en nutrition Isabelle Huot estime que l’outil est intéressant, car souvent, les consommateurs ne savent pas déchiffrer correctement les étiquettes des produits.

Mais si elle aime l'idée de noter les produits, elle a du mal à comprendre le poids apporté à chacun des trois critères. Est-ce qu’ils reposent sur des études? Je n’accorderais pas 30 % de la note à la présence ou non d’additifs, dit-elle.

Pour arriver à cette répartition des points, nous avons consulté au préalable un panel de consommateurs et divers nutritionnistes. Il en est ressorti que cette répartition était la plus pertinente et reflétait au mieux les besoins des consommateurs aujourd’hui, répond Ophélia Bierschwale, chargée des relations presse chez Yuka.

Elle rappelle par ailleurs que si l’accent est mis sur les additifs, c’est parce que les consommateurs ont de plus en plus recours aux aliments ultra-transformés.

Mme Huot ne comprend pas non plus pourquoi 10 points de plus sont accordés aux produits bio. Aucune étude ne démontre que le bio est plus sain pour la santé. C’est avant tout mieux pour l’environnement, indique-t-elle.

Une femme pose les bras croisés

Isabelle Huot estime que l'application Yuka permet de mieux aiguiller les consommateurs.

Photo : Courtoisie Isabelle Huot

Même son de cloche chez Isabelle Thibault, nutritionniste qui critique la notation des aliments très dichotomique de Yuka.

En plus, l’application ne prend pas en compte le plaisir, l’aspect culturel de certains aliments, les préférences, les moyens économiques des consommateurs ou encore les particularités régionales, affirme-t-elle.

Tests peu concluants

Mme Thibault explique par ailleurs avoir testé l’application sur différents produits. Elle soulève plusieurs points: Le ketchup obtient une note médiocre. Et si j’en mange un peu dans mon hamburger fait maison parce que c’est comme ça que je l’aime, pourquoi je devrais me stresser?, lance-t-elle.

Catégoriser les aliments sans considérer la quantité qui sera consommée ni la fréquence, ça n’a pas de sens, selon moi.

Isabelle Thibault, nutritionniste

La nutritionniste a également scanné son cheddar, qui obtient, sans grande surprise, une mauvaise note. L’application Yuka permet d’ailleurs d’obtenir les informations qui justifient cette note. Ainsi, le cheddar de Mme Thibault est jugé comme médiocre, car il contient trop de gras saturé et trop de sel. Mais le fromage, c’est pas mal ça, souligne-t-elle.

Isabelle Thibault, nutritionniste

Isabelle Thibault est très sceptique quant à la pertinence de l'application Yuka.

Photo : Courtoisie Isabelle Thibault

Enfin, un cottage contenant 430 mg de sel a obtenu une meilleure note que son cheddar, qui en contient deux fois moins.

Sa confiture est également mal notée, car elle contient trop… de sucre. Or, la nutritionniste rappelle que c’est la définition d’une vraie confiture. Elle doit contenir au moins 66 % de sucre selon la Loi sur les aliments et les drogues.

Principe de précaution

Plusieurs questions sont aussi soulevées par rapport aux additifs, dont certains sont acceptés par Santé Canada en dose limitée, rappelle la docteure en nutrition Isabelle Huot.

Ce n’est pas parce qu’une substance est autorisée par la Réglementation européenne ou Santé Canada qu’elle ne présente aucun danger pour la santé.

Ophélia Bierschwale, chargée des relations de presse chez Yuka

Il faut souvent des dizaines d’années pour qu’une substance controversée soit interdite, poursuit Mme Bierschwale.

Elle explique que l’entreprise a donc choisi d’appliquer le principe de précaution.

Les deux spécialistes en nutrition soulignent également le risque que les utilisateurs tombent dans une sorte d'obsession qui les pousse à tout scanner. C’est un outil intéressant, mais il ne faut pas tomber dans l’orthorexie [souci obsessif d'une saine alimentation], fait remarquer Mme Huot.

De manière générale, Mme Thibault est très critique envers l’application. Pour elle, Yuka est trop simpliste.

On donne du tout cuit dans la bouche du consommateur, qui ne réfléchit plus et suit bêtement ce que lui dit l’application. On en fait des consommateurs non autonomes.

Isabelle Thibault, nutritionniste

Yuka analyse pour vous, donc plus besoin de s’éduquer, d’apprendre, d’analyser, de réfléchir, déplore-t-elle encore.

L'équipe de Yuka souligne plutôt que l'application peut offrir un levier d’action pour conduire les industriels de l’agroalimentaire et de la cosmétique à améliorer leur offre de produits.

Les cosmétiques aussi

Car Yuka conseille également les consommateurs pour les produits cosmétiques. La cofondatrice Julie Chapon explique que le système de notation des cosmétiques se base sur l’analyse de l’ensemble des ingrédients entrant dans la composition d’un produit.

Le principe est le même que pour les aliments : les produits obtiennent une note et un macaron de couleur.

Les risques potentiels associés à chaque ingrédient sont affichés dans l’application, avec les sources scientifiques associées, détaille Mme Chapon.

Ainsi, les shampoings, crèmes ou dentifrices qui contiennent des parabènes, du petrolatum ou encore de l’octocrylene, un filtre UV, perdront des points.

Les fabricants remettent parfois en cause la notation de Yuka. Dans un article publié dans le journal Les Échos, la marque L’Oréal défendait la présence de phénoxyéthanol dans certaines de ses crèmes.

Si Yuka rappelle que la concentration de phénoxyéthanol ne peut excéder 1 % du produit fini, L’Oréal indique plutôt que le phénoxyéthanol empêche la prolifération de microbes. Il garantirait donc plutôt la sécurité du consommateur.

Influence des lobbys?

Yuka se veut une application indépendante, qui ne plie pas face aux pressions des lobbys. Un avantage largement souligné par Mme Huot, qui encourage l'équipe à maintenir cette ligne.

Pour se financer, Yuka compte sur trois sources de revenus : la version payante de l’application, un programme en ligne pour acquérir les bases d’une alimentation saine et un calendrier des fruits et légumes de saison qui, pour le moment, n’est offert qu’en France.

De son côté, Mme Thibault estime qu’il appartient plutôt à la santé publique de mieux informer les consommateurs.

Depuis son arrivée au Canada il y a un mois, Yuka a déjà été téléchargée plus de 75 000 fois.

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